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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100538

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100538

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantARMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2021, Mme B E, représentée par Me Armand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental a refusé de reconnaître comme imputable à l'accident de service qu'elle a subi le 11 janvier 2017 " la rechute " de cet accident qu'elle a déclarée le 6 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Corrèze de prendre une nouvelle décision dans le délai de 2 mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département de la Corrèze une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'accident dont elle a été victime le 11 janvier 2017 a bien été reconnu imputable au service ;

- sa rechute d'octobre 2020 est en relation directe et certaine avec la pathologie ayant justifié une reconnaissance en accident de service le 27 juin 2027 ainsi que l'a estimé le dr A D, médecin expert, le 21 décembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, le département de la Corrèze, représenté par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, adjointe administrative territoriale employée par le conseil départemental de la Corrèze depuis 2011, a été placée en congé de maladie à compter du 11 janvier 2017, à la suite d'un accident qui a été reconnu imputable au service le 27 juin 2017. Le 6 octobre 2020, alors qu'elle avait repris ses nouvelles fonctions la veille, elle a été arrêtée par son médecin traitant au titre d'une " rechute " de son accident de service du 11 janvier 2017. Par une décision du 9 février 2021, le président du département de la Corrèze a refusé de reconnaître l'arrêt du 6 octobre 2020 comme une " rechute " en l'absence " de lien direct certain et essentiel avec les faits du 11 janvier 2017 ". L'intéressée demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles () ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ". Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction issue de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. () / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () ".

3. En l'absence de dispositions contraires, les dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, qui sont suffisamment claires et précises, sont d'application immédiate. Elles ont donc vocation à régir les situations en cours, sous réserve des exigences attachées au principe de sécurité juridique, qui exclut qu'elles s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur intervenue le 21 janvier 2017. Les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.

4. En l'espèce, l'accident de service initial de Mme E est survenu le 11 janvier 2017, soit antérieurement au 21 janvier 2017. Dans ces conditions, la situation de la requérante doit être regardée comme entièrement régie par les dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984.

5. Lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 citées au point 2 est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain, mais non nécessairement exclusif, avec l'accident de service. En outre, l'existence d'un état antérieur, fût-il évolutif, ne permet d'écarter l'imputabilité au service de l'état d'un agent que lorsqu'il apparaît que cet état a déterminé, à lui seul, l'incapacité professionnelle de l'intéressé.

6. En l'espèce, Mme E a été victime d'un accident de service le 11 janvier 2017 alors qu'elle était affectée au musée de Saran, constitué par un choc psychologique au travail résultant de problèmes relationnels avec sa hiérarchie. Le dr D, médecin psychiatre expert, a relevé, à cet égard, dans son rapport d'expertise du 23 mars 2017 l'existence d'un état anxio-dépressif à l'exclusion de tout état antérieur. Par ailleurs, le même expert dans un rapport du 10 décembre 2018 a estimé que l'état de santé de Mme E pouvait être consolidé au 16 novembre 2018 malgré " la persistance de troubles du sommeil, avec des difficultés d'endormissement associées à des persévérations anxieuses, une aboulie, et des difficultés à se projeter ", que les soins médicamenteux et psychothérapeutiques devaient se poursuivre, qu'elle était inapte de façon totale et définitive à la reprise de son poste de travail au musée de Saran mais pouvait exercer des fonctions différentes sous réserve d'un reclassement professionnel et d'un aménagement de son poste de travail, enfin qu'une rechute dans les mois à venir n'était pas à exclure. Mme E, a repris ses fonctions le 23 décembre 2019 au sein du service de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique. Elle y a exercé ses fonctions jusqu'au 17 mars 2020, date à laquelle elle a été placée en autorisation spéciale d'absence en raison de la crise sanitaire. Après la prise de ses congés entre le 9 juillet et le 2 octobre 2020, elle a réintégré son poste de travail le 5 octobre 2020, avant d'être arrêtée par son médecin traitant dès le lendemain au titre d'une rechute de son accident de service du 11 janvier 2017.

7. Il ressort du rapport d'expertise du dr D du 4 janvier 2021 que l'arrêt du 6 octobre 2020 est consécutif et toujours en lien avec l'évènement du 11 janvier 2017, que la symptomatologie présentée par Mme E, à savoir " tonalité de l'humeur sur un versant anxio-dépressif, réapparition des troubles du sommeil avec des accès d'angoisse " est analogue à celle ayant donné lieu à la reconnaissance d'accident de service en 2017 pour troubles anxieux et dépressifs mixtes réactionnels. Ce même dr D dans son rapport d'expertise du 10 décembre 2018, ainsi que dit au point 6, avait estimé qu'une rechute n'était pas à exclure, que Mme E, si elle avait cessé le suivi pyscho-thérapeutique dont elle faisait l'objet continuait d'être traitée sur le plan médicamenteux pour ses troubles anxio-dépressifs. De plus, aucun état antérieur ni cause extérieure de nature à déterminer à eux seuls l'incapacité professionnelle de l'intéressée ne sont établis par le département, lequel ne justifie pas davantage que la persistance de la pathologie psychique de Mme E résulterait d'une évolution " autonome " de sa maladie. Dès lors, cette dernière dont l'état de santé psychologique est demeuré très fragile nonobstant le fait qu'elle a pu exercer ses nouvelles fonctions en mi-temps thérapeutique entre le 23 décembre 2019 et le 17 mars 2020 sans connaître d'arrêts de travail, doit être regardée comme ayant présenté, à la faveur de sa reprise le 5 octobre 2020 sur son lieu de travail, des troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service dont elle a été victime le 11 janvier 2017, quand bien même la commission de réforme, dans un avis du 4 février 2021 rendu sans la présence d'un médecin spécialiste, a conclu à l'absence de lien direct et certain entre la journée du 5 octobre 2020 et les faits du 11 janvier 2017. Dans ces conditions, Mme E est fondée à demander l'annulation de la décision du 9 février 2021 par laquelle le département de la Corrèze a refusé de reconnaître imputable à l'accident de service du 11 janvier 2017, la " rechute " du 5 octobre 2020, déclarée le lendemain.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Ainsi qu'il est demandé par Mme E, il y a lieu d'enjoindre au président du département de la Corrèze de prendre une nouvelle décision, tendant à la reconnaissance de l'imputabilité des faits survenus le 5 octobre 2020 et des arrêts de travail en découlant à l'accident du 11 janvier 2017, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme E qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens, la somme que le département de la Corrèze demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche de faire application de ces dispositions et, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Corrèze une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme E et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 9 février 2021 du président du département de la Corrèze est annulée.

Article 2:Il est enjoint au président du département de la Corrèze de prendre une nouvelle décision, tendant à la reconnaissance de l'imputabilité des faits survenus le 5 octobre 2020 à l'accident du 11 janvier 2017, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3:Le département de la Corrèze versera à Mme E la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le département de la Corrèze sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au département de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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