jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100644 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DEMOSTHENE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 24 mars 2021, sous le n° 2100510, M. B A, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté ses recours gracieux des 25 août 2020 et 16 novembre 2020 formulés à l'encontre de sa décision du 23 juillet 2020 par laquelle il lui a opposé un refus à sa demande de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui accorder le regroupement familial dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée en ce qu'elle n'indique pas clairement les raisons pour lesquelles elle est édictée ;
- elle emporte des conséquences disproportionnées à l'égard du droit à la vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2021.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 avril 2021 et le 4 août 2021, sous le n° 2100644, M. B A, représenté par Me Pecaud, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a opposé un refus à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme D ;
2°) d'annuler la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté son recours gracieux et la décision du 10 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à Mme D un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, celui-ci renonçant dans ce cas à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision de refus est entachée d'une erreur de droit en ce que l'article L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permet exceptionnellement le regroupement familial sur place sans que le membre de la famille bénéficiaire ait à revenir dans son pays d'origine ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit à une vie privée et familiale normale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il justifie percevoir un salaire supérieur au Smic soit près de 1 300 euros mensuels ;
- son épouse dispose d'une promesse d'embauche.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021 le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant syrien né en 1988, est entré en France en 2016 afin d'y solliciter l'asile. Par une décision du 30 décembre 2016, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a accordé la protection subsidiaire. Le 29 novembre 2019, il a sollicité le regroupement familial au bénéfice de son épouse. Par une décision du 23 juillet 2020, le préfet de la Haute-Vienne lui a opposé un refus aux motifs tirés d'une part, de l'insuffisance de ses ressources pour subvenir aux besoins de sa famille, et d'autre part du défaut de justification d'une vie commune antérieure depuis la date de son mariage le 25 août 2018. Par deux courriers des 25 août 2020 et 16 novembre 2020, M. A a formé deux recours gracieux contre cette décision, lesquels ont fait l'objet de deux rejets les 17 décembre 2020 et 17 février 2021. Le requérant a formé le 11 janvier 2021 un recours hiérarchique auprès du ministre de l'intérieur qui l'a rejeté par une décision du 10 mars 2021. Par une première requête n° 2100510, M. A demande l'annulation de la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté son recours gracieux contre la décision de refus de regroupement familial du 23 juillet 2020. Par une seconde requête n° 2100644, M. A demande l'annulation de la décision initiale du 23 juillet 2020 et des décisions subséquentes.
Sur la jonction :
2. Le préfet de la Haute-Vienne a rejeté les deux recours gracieux de M. A dirigés contre sa décision initiale de refus de regroupement familial du 23 juillet 2020 dont l'annulation est également demandée. Les requêtes nos 2100510 et 210644 relatives à la situation d'un même requérant, posent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 décembre 2020 :
3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. M. A doit, par suite, être regardé comme demandant également l'annulation de la décision initiale de rejet du 23 juillet 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 juillet 2020 :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° un membre de la famille résidant en France. ". Aux termes de l'article R. 411-6 de ce code alors en vigueur : " Le bénéfice du regroupement familial ne peut être refusé à un ou plusieurs membres de la famille résidant sur le territoire français dans le cas où l'étranger qui réside régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 411-1 et R. 411-2 contracte mariage avec une personne de nationalité étrangère régulièrement autorisée à séjourner sur le territoire national sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'un an. Le bénéfice du droit au regroupement familial est alors accordé sans recours à la procédure d'introduction. Peuvent en bénéficier le conjoint et, le cas échéant, les enfants de moins de dix-huit ans de celui-ci résidant en France, sauf si l'un des motifs de refus ou d'exclusion mentionnés aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-5 leur est opposé ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence irrégulière sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. M. A soutient qu'en refusant de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, le préfet de la Haute-Vienne a porté à son droit de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il fait notamment valoir qu'il dispose d'un logement adéquat ainsi que d'une activité professionnelle régulière et constante et qu'il réside en France depuis 2016 et y a entamé début 2017 une vie de couple avec sa future épouse de nationalité algérienne. Toutefois, les documents produits ne permettent pas d'attester d'une réalité de leur vie commune suffisamment ancienne, laquelle demeure d'ailleurs relativement récente à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, si M. A fait valoir que son épouse dispose d'une promesse d'embauche pour un contrat de travail à durée indéterminée comme vendeuse, d'une part cette promesse du 15 juin 2021 est postérieure au refus de regroupement familial et d'autre part, elle ne caractérise pas une intégration professionnelle ou sociale particulière de cette dernière en France. Dans ces conditions, alors que le couple n'a pas d'enfant et que l'épouse de M. A a fait l'objet par un arrêté du 12 juin 2019 d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français confirmé en dernier lieu par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux le 9 juillet 2020 qu'elle s'est abstenue d'exécuter, sa séparation temporaire avec son épouse, le temps que se déroule la procédure du regroupement, n'apparaît pas excessive au regard des buts de la mesure. Dans ces conditions, la décision de refus de regroupement familial ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. () "
9. M. A ne conteste pas qu'au cours de la période de référence ses ressources étaient inférieures au Smic net. S'il soutient percevoir désormais un salaire supérieur à ce seuil, de près de 1 300 euros mensuels, cette circonstance est postérieure à la période de référence et il ne produit à l'appui de ses allégations que deux bulletins de salaire, pour les mois de mai et juin 2021. Dans ces conditions, il ne ressort pas du dossier que les revenus du requérant sur la période des douze mois ayant précédé la décision attaquée, ou même ultérieurement, atteignent de façon stable le niveau minimum requis. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de lui accorder, pour ce motif, le bénéfice du regroupement familial.
10. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er: Les requêtes de M. A présentées respectivement sous les nos 2100510 et 2100644 sont rejetées.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Pecaud, à Me Karakus, au préfet de la Haute-Vienne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- M. Christophe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. DELAGE
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. DELAGE
Nos 2100510,2100644
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026