mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100673 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AVOCAT FREYSSINET JULIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 avril 2021, Mme A C, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2020 du directeur de l'établissement public autonome le foyer d'accueil de Boulou les Roses en tant qu'elle n'a que partiellement fait droit à sa demande d'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) ;
2°) d'enjoindre à cet établissement de recalculer ses droits à l'ARE sur une base journalière de 50,16 euros correspondant à un salaire journalier de référence de 87,39 euros, à compter du 25 janvier 2020, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de 30 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de cet établissement la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- cette décision est entachée d'une erreur de droit " résultant de l'absence de prise en compte par l'établissement de la condition d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi et de recherche d'emploi ", ainsi que d'une erreur d'appréciation quant " à la date de réexamen de la situation de la requérante " ;
- le quantum de la base journalière d'allocation retenue est erroné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2021, l'établissement public autonome foyer d'accueil de Boulou Les Roses, représentée par Me Freyssinet, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme C la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- l'arrêté du ministre du travail du 4 mai 2017 portant agrément de la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, adjointe des cadres hospitaliers, a été radiée des cadres à compter du 24 septembre 2019 par un arrêté de la directrice de l'établissement public autonome (EPA) foyer d'accueil de Boulou Les Roses du 20 septembre 2019, pris au vu d'un courrier du 15 septembre précédent par lequel l'intéressée a confirmé son souhait de démissionner de ses fonctions. Par une décision modificative du 4 décembre 2019, la date d'effet de cette démission a été portée au 25 septembre 2019. Par une correspondance du 29 février 2020, l'intéressée a sollicité de l'EPA foyer d'accueil de Boulou Les Roses, son indemnisation au titre de la perte involontaire d'emploi. Par une décision du 19 mars 2020, l'établissement a refusé de faire droit à cette demande, estimant que Mme C n'avait pas été privée involontairement d'emploi. Puis, par une décision du 23 juillet 2020, le directeur de l'établissement a accepté d'admettre Mme C au bénéfice du dispositif de l'allocation de retour à l'emploi (ARE), eu égard à sa reprise d'activité de plus de 455 heures sur la période d'affiliation. Mme C demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle l'a conduit à n'être indemnisée qu'à compter du 2 juin 2020 et non du 25 janvier ou du 12 février 2020 et qu'elle a retenu une base journalière d'allocation de seulement 39,06 euros pour un salaire journalier de référence de seulement 66, 97 euros.
Sur la date d'ouverture des droits à l'allocations de retour à l'emploi de Mme C :
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : " 1° les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; () ". Aux termes de l'article L. 5422-1 du même code dans sa rédaction en vigueur à la même date : " Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs involontairement privés d'emploi () ". Aux termes de l'article L. 5424-2 du même code : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance () ". Aux termes de l'article L. 5422-2 du même code : " L'allocation d'assurance est accordée pour des durées limitées qui tiennent compte de l'âge des intéressés et de leurs conditions d'activité professionnelle antérieure () ". Aux termes de l'article R. 5424-2 du même code : " Lorsque, au cours de la période retenue pour l'application de l'article L. 5422-2, la durée totale d'emploi accomplie pour le compte d'un ou plusieurs employeurs affiliés au régime d'assurance a été plus longue que l'ensemble des périodes d'emploi accomplies pour le compte d'un ou plusieurs employeurs relevant de l'article L. 5424-1, la charge de l'indemnisation incombe à Pôle emploi (). Dans le cas contraire, cette charge incombe à l'employeur relevant de l'article L. 5424-1, ou à celui des employeurs relevant de cet article qui a employé l'intéressé durant la période la plus longue ".
4. D'autre part, l'accord n° 12 du 14 avril 2017, pris pour l'application de l'article 46 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage, prévoit en son paragraphe 1 applicable au moment des faits que : " Une ouverture de droit aux allocations ou un rechargement ou une reprise des droits peut être accordé au salarié qui a quitté volontairement son emploi, et dont l'état de chômage se prolonge contre sa volonté, sous réserve que les conditions suivantes soient réunies : / a) l'intéressé doit avoir quitté l'emploi au titre duquel les allocations lui ont été refusées, depuis au moins 121 jours ou lorsqu'il s'agit d'une demande de rechargement des droits au titre de l'article 28, avoir épuisé ses droits depuis au moins 121 jours ; / b) il doit remplir toutes les conditions auxquelles le règlement général annexé subordonne l'ouverture d'une période d'indemnisation, à l'exception de celle prévue à l'article 4 e) ; / c) il doit enfin apporter des éléments attestant ses recherches actives d'emploi, ainsi que ses éventuelles reprises d'emploi de courte durée et ses démarches pour entreprendre des actions de formation. ". En outre, aux termes de l'article 1 du règlement général susmentionné alors applicable : " Le régime d'assurance chômage assure un revenu de remplacement dénommé " allocation d'aide au retour à l'emploi ", pendant une durée déterminée, aux salariés involontairement privés d'emploi qui remplissent des conditions d'activité désignées période d'affiliation, ainsi que des conditions d'âge, d'aptitude physique, de chômage, d'inscription comme demandeur d'emploi, de recherche d'emploi ". Aux termes de l'article 2 de ce règlement : " Sont involontairement privés d'emploi ou assimilés, les salariés dont la cessation du contrat de travail résulte : () d'une fin de contrat de travail à durée déterminée ; () d'une démission considérée comme légitime, dans les conditions fixées par un accord d'application () ". Aux termes de l'article 4 du même règlement : " Les salariés privés d'emploi justifiant d'une durée d'affiliation telle que définie aux articles 3 et 28 doivent : a) être inscrits comme demandeur d'emploi ; b) être à la recherche effective et permanente d'un emploi ; () d) être physiquement aptes à l'exercice d'un emploi ; e) n'avoir pas quitté volontairement, sauf cas prévus par un accord d'application, leur dernière activité professionnelle salariée, ou une activité professionnelle salariée autre que la dernière dès lors que, depuis le départ volontaire, il ne peut être justifié d'une durée d'affiliation d'au moins 65 jours travaillés ou 455 heures travaillées () ". Il en résulte que lorsqu'un salarié a, après avoir quitté volontairement un emploi, retrouvé un autre emploi dont il a été involontairement privé, il est attributaire de droits à indemnisation au titre de l'assurance-chômage dès lors qu'il a travaillé au moins 65 jours ou quatre cent cinquante-cinq heures dans ce dernier emploi. Aux termes de l'article 23 du même règlement : " Le point de départ du versement des allocations ne peut intervenir au plus tôt qu'à la date d'inscription comme demandeur d'emploi ou de l'actualisation précédant le dépôt de la demande d'allocations. ". Aux termes de l'article 30 de ce règlement : " Le salarié privé d'emploi qui remplit les conditions fixées au Titre I peut cumuler les rémunérations issues d'une ou plusieurs activité(s) professionnelle(s) salariée(s) ou non et l'allocation d'aide au retour à l'emploi.() ".
5. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de sa démission dont la prise d'effet a été fixée au 25 septembre 2019 et dont le caractère volontaire n'est pas contesté par la requérante, cette dernière a été engagée en contrat à durée déterminée par la CPAM de la Corrèze du 16 octobre 2019 au 31 décembre 2019, puis du 7 février 2020 au 7 mai 2020 en qualité d'agent de saisie. Elle a ainsi réalisé au bénéfice de cet organisme 93 heures et 36 minutes en octobre 2019, 163 heures et 48 minutes en novembre 2019, 171 heures et 36 minutes en décembre 2019, 124 heures et 48 minutes en février 2020 et a atteint, comme elle le soutient sans être contestée, 455 heures de travail dès le 12 février 2020. Dans ces conditions, eu égard aux dispositions citées au point précédent, Mme C, qui a fait parvenir dès le 29 février 2020 à l'EPA les documents nécessaires à son indemnisation et qui est inscrite à Pôle Emploi depuis le 25 septembre 2019 avait droit à voir sa demande d'allocation de retour à l'emploi être examinée à compter du 12 février 2020 et non pas seulement à compter du 7 mai 2020 comme l'a fait l'établissement défendeur.
6. En revanche, Mme C, qui ne peut utilement se prévaloir des démarches de recherches d'emplois qu'elle a initiées avant la date à laquelle elle a été radiée des cadres, ne justifie pas, par les seuls éléments qu'elle produit, avoir porté à la connaissance de l'EPA ses recherches actives d'emploi dans son courrier du 29 février 2020 ni ultérieurement, notamment pendant le mois de janvier 2020, en complément de sa reprise d'activité à la CPAM de la Corrèze de sorte qu'elle n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'accord n° 12 du 14 avril 2017 cité au point 4 et une ouverture de ses droits à indemnisation dès le 25 janvier 2020.
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 23 juillet 2020 en tant que cette dernière a fixé au 7 mai 2020 et non pas au 12 février 2020, avant prise en compte du délai d'attente et de différé d'indemnisation, la date d'ouverture de son droit à indemnisation.
Sur le montant de l'indemnisation :
8. Il résulte de l'instruction que pour calculer le montant de l'indemnisation due à Mme C à compter du 2 juin 2020, l'établissement défendeur s'est basé sur un salaire journalier de référence calculé sur les 12 mois précédant le 7 mai 2020, date de la dernière fin de contrat de l'intéressée avec la CPAM de la Corrèze.
9. D'une part, aux termes de l'article 11 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 : " § 1er - Le salaire de référence pris en considération pour fixer le montant de la partie proportionnelle de l'allocation journalière est établi, sous réserve de l'article 12 , à partir des rémunérations des 12 mois civils précédant le dernier jour de travail payé à l'intéressé, entrant dans l'assiette des contributions, dès lors qu'elles n'ont pas déjà servi pour un précédent calcul. ". D'autre part, selon l'article 31 du même règlement : " Les rémunérations issues de l'activité professionnelle réduite ou occasionnelle reprise sont cumulables, pour un mois civil donné, avec une partie des allocations journalières au cours du même mois, dans la limite du salaire brut antérieurement perçu par l'allocataire, selon les modalités ci-dessous. Le nombre de jours indemnisables au cours du mois est déterminé comme suit :70 % des rémunérations brutes des activités exercées au cours d'un mois civil sont soustraites du montant total des allocations journalières qui auraient été versées pour le mois considéré en l'absence de reprise d'emploi ;le résultat ainsi obtenu est divisé par le montant de l'allocation journalière déterminée aux articles 14 à 18 ;le quotient ainsi obtenu, arrondi à l'entier le plus proche, correspond au nombre de jours indemnisables du mois ;le cumul des allocations et des rémunérations ne peut excéder le montant mensuel du salaire de référence. ".
10. Eu égard à ce qui a été dit au point 9, en fixant l'allocation journalière due à Mme C à 39, 06 euros après s'être fondé sur un salaire journalier de référence estimé à 66, 97 euros calculé sur les douze mois précédant le 7 mai 2020, alors qu'il aurait dû prendre en compte pour ce calcul, les salaires perçus par l'intéressée sur les douze mois précédant le 25 septembre 2019, date d'effet de sa radiation des cadres, laquelle prise en compte aurait été plus favorable à Mme C, l'établissement défendeur a commis une erreur de droit.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer, en application de la convention relative à l'indemnisation du chômage, et alors que l'intéressée a repris une activité occasionnelle au sens de l'article 31 du règlement général susmentionné auprès de la CPAM jusqu'au 7 mai 2020, le montant de l'allocation, ni la durée de son versement , Mme C doit être renvoyée devant l'EPA Foyer d'accueil de Boulou les Roses pour que soient calculées et versées, dans un délai de trois mois, les allocations qui lui sont dues en complément de celles déjà versées par cet établissement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de justice :
12. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme C le versement de la somme demandée par l'établissement défendeur au titre des frais de justice. En revanche, il y a lieu de faire droit à la demande présentée par la requérante sur ce même fondement en mettant à la charge de l'EPA Foyer d'accueil de Boulou les Roses une somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 23 juillet 2020 du directeur de l'établissement public autonome le foyer d'accueil de Boulou les Roses en tant qu'elle n'a que partiellement fait droit à la demande d'allocation d'aide au retour à l'emploi de Mme C est annulée.
Article 2:Mme C est renvoyée devant cet établissement pour le calcul de ses droits et le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, lesquels seront effectués en tenant compte des motifs exposés aux points 5 et 10. Un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement est imparti à l'établissement public autonome le foyer d'accueil de Boulou les Roses pour procéder à ce calcul et à ce versement.
Article 3 : L'établissement public autonome le foyer d'accueil de Boulou les Roses versera à Mme C la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de l'établissement public autonome le foyer d'accueil de Boulou les Roses tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'établissement public autonome le foyer d'accueil de Boulou les Roses.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023 où siégeaient :
- M. Gensac, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le rapporteur,
F. Martha
Le président,
P. GENSAC
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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