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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100732

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100732

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 4 et 10 mai 2021, M. B C, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2021, par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Ofii de rétablir, à son bénéfice, les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Ofii une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il n'a pas été tenu compte de sa situation de vulnérabilité ; il est seul en France et atteint par une hépatite B.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen né en 1980, a présenté une demande d'asile le 5 octobre 2016. Il a été réacheminé vers l'Italie en exécution d'un arrêté de transfert, puis est revenu sur le territoire français et a présenté une nouvelle demande le 24 septembre 2020, date à laquelle il a été placé en " procédure Dublin ". Par une décision du 20 octobre 2020, les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ont été suspendues au motif qu'il a présenté une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Italie, pays responsable de l'instruction de sa demande. Sa requête introduite contre cette décision a été rejetée par un jugement du 18 mars 2021 du tribunal administratif de Limoges. Toutefois, avant cette date et en exécution d'une ordonnance du juge des référés du tribunal du 13 janvier 2021, la situation du requérant a été réexaminée et a donné lieu à une décision du 2 février 2021, par laquelle les conditions matérielles d'accueil lui ont été refusées. M. C sollicite l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi qu'une ordonnance rendue par le juge des référés du Conseil d'Etat le 24 avril 2020 n° 440177. Elle rappelle la situation de M. C et indique notamment que ce dernier a été transféré vers l'Italie à la suite d'une première demande déposée en France, puis que la demande de protection déposée en Italie a fait l'objet d'une décision négative. Elle ajoute qu'un entretien de vulnérabilité a été organisé dans les locaux de l'Ofii le 20 janvier 2021 et qu'à la suite de cette évaluation, sa demande a été rejetée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être " 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 723-15 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 744-6 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a été transféré vers l'Italie à la suite d'une première demande d'asile déposée en France, et que la demande de protection qu'il avait déposée en Italie a fait l'objet d'une décision négative. Dans ces conditions, la nouvelle demande d'asile qu'il a présentée, après son retour en France, doit être regardée comme une demande de réexamen et l'Ofii pouvait, contrairement à ce qu'il soutient, lui refuser, en application des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil si l'évaluation de sa vulnérabilité n'y faisait pas obstacle.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C vit seul et sans liens familiaux en France. S'il produit, s'agissant de son état de santé, un bilan d'analyse de sang daté du 20 avril 2017, faisant état d'une recherche d'anticorps relatifs à l'hépatite B positive, cette seule circonstance ne permet pas d'établir qu'il se trouvait, à la date de la décision attaquée, dans une situation de particulière vulnérabilité au sens des dispositions précitées, alors d'ailleurs qu'il produit un autre certificat daté du 28 avril 2017 qui énonce qu'un gastro-entérologue a estimé que " dans la situation nous ne pouvons pas grand-chose avec un anti HBc isolé qui ne nécessite pas de surveillance particulière " et qu'il n'établit pas qu'il aurait besoin d'un traitement médical particulier. Par suite, le moyen tiré de ce qu'une erreur d'appréciation aurait été commise concernant sa situation personnelle et sa vulnérabilité doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 2 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder les conditions matérielles d'accueil à M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Toulouse et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le greffier en chef,

La Greffière,

M. A

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