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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100779

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100779

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2021, M. A B, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Ofii de lui attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Il soutient que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, l'Ofii conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chambellant,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né en 1994, a sollicité le bénéfice de l'asile le 7 août 2020. Il a accepté, le 10 août 2020, les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Ofii. Par un arrêté du 12 mars 2021, le préfet de la Haute-Vienne a décidé le transfert de l'intéressé vers l'Allemagne, dont les autorités ont été considérées comme étant celles qui étaient responsables de l'examen de cette demande d'asile. La décision de transfert a été exécutée mais l'intéressé est entré à nouveau, le même jour, sur le territoire national. Il a sollicité le bénéfice de l'asile le 19 mars 2021 et a accepté, le même jour, les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Ofii. Par une décision du 12 avril 2021, l'Ofii a décidé de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté ses obligations en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans ces dispositions en vigueur le 12 avril 2021 : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être :/ 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / () ". Aux termes de l'article D. 744-38 du même code, dans sa version applicable : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L.'744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / () ".

3. En premier lieu, compte-tenu des motifs qui fondent la décision contestée, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui régissent les cas de refus ou de retrait non prévus par les dispositions de l'article L. 744-7 du même code.

4. En deuxième lieu, lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'Ofii peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

5. En l'espèce, M. B a méconnu son obligation de respecter les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'examen de cette demande. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été empêché d'introduire sa demande d'asile en Allemagne qui se trouve pourtant être l'Etat membre responsable de l'instruction de celle-ci, ainsi qu'il en a été dument informé au cours de la procédure. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que sa nouvelle demande d'asile déposée en France a été enregistrée en procédure Dublin et non en procédure normale ou accélérée, il doit être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur d'appréciation en prenant la décision contestée sur le fondement du 2° de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième et dernier lieu, il n'est pas contesté que la vulnérabilité de M. B a été évaluée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 19 mars 2021. Si l'intéressé fait valoir qu'il se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité dès lors qu'il est sans logement et sans ressource, l'attestation en ce sens produite par le requérant n'est pas de nature à révéler une situation de vulnérabilité susceptible de faire obstacle à la suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, alors que l'intéressé était, à la date de la décision en litige, âgée de 27 ans, célibataire et sans enfant à charge, le directeur général de l'Ofii n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

D. ARTUS

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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