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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100865

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100865

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100865
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCLERC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, respectivement enregistrées les 26 mai 2021, 4 avril 2022 et 10 mai 2022, Mme D B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 avril 2021 par laquelle le président de la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus a rejeté sa demande tendant à la révision du PLUi adopté le 1er octobre 2020 en tant qu'il classe sa parcelle ZP0049 située à Janailhac en zone agricole non constructible ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus de rétablir la constructibilité de cette parcelle ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir ;

- la décision attaquée est entachée d'illégalité dès lors que :

' l'arrêté du 9 mai 2019 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de déroger à la règle de non constructibilité ne lui est pas opposable puisqu'il ne lui a pas été notifié et qu'il ne figure pas au recueil des actes administratifs ; il en va de même de l'avis de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers sur lequel elle se fonde ; ces deux documents sont par suite insuffisamment motivés dès lors qu'elle n'en a pas eu communication ;

' elle devait être consultée sur le déclassement de la parcelle ; le commissaire enquêteur avait émis un avis favorable au projet de plan local d'urbanisme intercommunal dans lequel la parcelle était constructible ;

' l'arrêté préfectoral méconnait le principe d'égalité par rapport aux autres propriétaires ;

- le président de la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus n'a pas motivé la décision de déclassement de la parcelle dont elle est propriétaire dans son courrier du 2 avril 2021, pas plus que le maire de Janailhac à l'occasion de sa demande de certificat d'urbanisme le 2 mars 2021 ;

- le rapport du commissaire enquêteur montre à la fois les incohérences et le manque de transparence et de cohérence sur le classement des zones proposées à l'urbanisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022 et un mémoire en production de pièces enregistré le 23 janvier 2024, la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus, représentée en dernier lieu par Me Douniès, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que Mme B ne justifie pas de sa capacité et de son intérêt à agir ; elle ne justifie ni d'un mandat de sa mère ni d'un titre de propriété ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire et une pièce complémentaire enregistrés respectivement les 24 octobre 2022 et 14 décembre 2023, Mme B a informé le tribunal du décès de sa mère, Mme C, a précisé qu'elle avait introduit sa requête en son nom propre et celui de sa mère, qu'elle est la seule héritière de cette dernière et sollicite le maintien de l'instance.

La clôture de l'instruction a été fixée au 31 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est propriétaire d'une parcelle n° ZP0049 située sur la commune de Jarnailhac dont elle avait demandé, lors de la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du pays de Nexon, le classement en zone constructible. Sa demande a été reçue favorablement par les auteurs du PLUi et la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus, qui ont proposé, lors de l'enquête publique, le classement de la parcelle en zone Ah, constructible. Le territoire de l'établissement public de coopération intercommunale n'étant pas couvert par un schéma de cohérence territoriale, une demande de dérogation a été adressée au préfet de la Haute-Vienne par le président de la communauté de communes en application des articles L. 142-4 et R. 142-2 du code de l'urbanisme. Par un arrêté du 9 mai 2019, le préfet a refusé de délivrer, pour cette parcelle, une dérogation à la règle de constructibilité limitée. En conséquence de ce refus, le projet de PLUi a été adopté en maintenant la parcelle en zone agricole, non constructible. Mme B a saisi le président de la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus d'une demande tendant à la modification du zonage de sa parcelle afin de la rendre constructible. Sa demande, qui doit être regardée comme tendant à l'abrogation des dispositions du PLUI approuvé le 1er octobre 2020 en tant qu'il classe la parcelle ZP0049 en zone agricole non constructible, a été rejetée le 2 avril 2021. La requérante demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".

3. Si, dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger un acte réglementaire, la légalité des règles fixées par celui-ci, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

4. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité de l'avis de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, du défaut d'opposabilité de l'arrêté préfectoral du 9 mai 2019 portant dérogation à l'urbanisation limitée dans le cadre de l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal du pays de Nexon, de la non opposabilité de cet arrêté préfectoral à la situation personnelle de la requérante, du défaut de consultation préalable des propriétaires des parcelles concernées par la demande de dérogation et du défaut de motivation de l'arrêté préfectoral du 9 mai 2019, doivent être tous écartés.

5. En deuxième lieu, si Mme B soutient que le préfet aurait méconnu le principe d'égalité, elle ne démontre pas que les parcelles de ses voisins seraient placées dans une situation identique à celle dont elle est propriétaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte illégale au principe d'égalité par rapport aux autres propriétaires doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort de la décision attaquée du 2 avril 2021 que le président de la communauté de communes, après avoir confirmé que lors de l'enquête publique réalisée en 2019 sur le projet de PLUi, la parcelle de la requérante figurait en zone Ah, constructible, indique que l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne a contraint la communauté de communes à placer la parcelle en cause en zone non constructible lors de l'approbation finale du PLUi et que, par suite, il ne peut donner une suite favorable à la demande de la requérante de modification de zonage. Dans ces conditions, le président de la communauté de communes ayant clairement exposé les motifs de son refus a suffisamment motivé sa décision.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 de ce code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

8. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

9. A supposer que la requérante puisse être regardée comme contestant le classement de sa parcelle en zone agricole, non constructible, il ressort des pièces du dossier que cette parcelle supporte une prairie qui s'ouvre sur de vastes espaces agricoles. Les circonstances qu'elle ait sollicité, à l'occasion de la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal, le classement de la parcelle en zone constructible dès lors que des projets de construction étaient en cours de réalisation sur des parcelles limitrophes, que lors de l'enquête publique la parcelle était classée en zone Ah, constructible du futur PLUi, que la parcelle est desservie par une voirie et les réseaux d'eau et d'électricité, que les transports scolaires passent à proximité de cette parcelle et qui est couverte par le réseau internet, que sa construction contribuera à la revitalisation du tissu local et de l'économie locale, que des voisins aient antérieurement obtenu l'autorisation de construire et que Mme B ait été sollicitée par Enedis pour la signature d'une convention de servitudes afin que la parcelle voisine puisse bénéficier d'un raccordement électrique ne suffisent pas à démontrer une erreur manifeste d'appréciation du classement en zone A et, au demeurant, nul n'a de droit acquis lors de l'élaboration d'un texte réglementaire.

10. Il résulte de ce qui précède que le président de la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus était fondé à refuser l'abrogation du PLUi du Pays de Nexon et de procéder à l'inscription de la parcelle cadastrée section ZP n° 00049 en zone constructible.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 2 avril 2021 par laquelle le président de la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus a rejeté sa demande tendant à l'abrogation des dispositions du PLUi approuvé le 1er octobre 2020 en tant qu'il classe la parcelle ZP0049 en zone agricole non constructible doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. ".

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme d'argent soit versée à Mme B qui est la partie perdante.

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme d'argent en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2:Les conclusions de la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la communauté de communes du Pays de Nexon - Monts de Châlus.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. A

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