jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100868 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AVOC'ARENES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces enregistrés le 28 mai 2021, le 22 novembre 2021, le 7 avril 2022, et les 10 et 11 août 2023, Mme D C, représentée par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Veyrac à la suite de sa demande du 1er mars 2021 tendant à ce que la commune procède à des travaux de raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité de sa propriété située 141 route de Saint-Junien la Barre, sur le territoire de la commune de Veyrac ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Veyrac, à titre principal, de procéder à sa charge aux travaux de raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Veyrac la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle dispose de la qualité pour agir dès lors qu'elle est propriétaire par donation des terrains en litige ;
- la liaison du contentieux est acquise ;
- la transformation du garage en maison d'habitation a été tacitement autorisée en raison du silence gardé par la commune sur la déclaration préalable déposée le 19 octobre 2011 ; elle est fondée à se prévaloir de l'autorisation tacite née du silence gardé par la commune pour justifier de son occupation ;
- le raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité sollicité correspond à un linéaire de 135 mètres, si bien qu'un tel raccordement ne peut pas être regardé comme un équipement propre ;
- une obligation de raccordement pèse sur la commune en application de l'article L. 332-6 du code de l'urbanisme, de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme, de l'article N III-1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune et du deuxième alinéa de l'article L. 210-1 du code de l'environnement.
Par des mémoires en défense et des pièces enregistrés le 1er septembre 2021, le 2 février 2022, le 24 mai 2022 et le 5 avril 2024, la commune de Veyrac, représentée par Me Soltner, sollicite le rejet de la requête et demande que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requérante ne démontre pas sa qualité à agir ; sa requête est également irrecevable en application de l'article R. 420-1 du code de justice administrative ;
- la requérante ne peut se prévaloir d'une décision de non-opposition tacite à la suite du dépôt de sa demande enregistrée le 2 novembre 2011 dès lors que le changement de destination d'un garage en habitation nécessite la délivrance d'un permis de construire ;
- le changement de destination n'ayant pas été autorisé, la commune n'est pas tenue de procéder aux travaux liés à ce raccordement ; en tout état de cause, la circonstance que la construction du pavillon ait été autorisée ne confère pas un droit à obtenir l'extension des réseaux d'eau et d'électricité aux frais de la commune ; la desserte du projet nécessite des travaux d'extension du réseau électrique sur une distance dépassant 100 mètres linéaires, si bien que la commune est en droit de refuser l'extension sollicitée sur le fondement de l'article
L. 111-11 du code de l'urbanisme.
Par une ordonnance en date du 11 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
11 septembre 2023 à 17 heures.
Par un courrier du 5 avril 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administratif, que la solution du litige était susceptible de reposer sur les dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme, pouvant être substituées à la base légale de la décision attaquée.
Des observations sur la communication d'un moyen d'ordre public ont été présentées le 8 avril 2024 par Mme C, qui soutient que l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme n'est pas applicable en l'espèce.
Des observations sur la communication d'un moyen d'ordre public ont été présentées le 9 avril 2024 par la commune de Veyrac, qui soutient que l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme doit s'appliquer au cas d'espèce.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Toulouse pour Mme C et les observations de Me Soltner pour la commune de Veyrac.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 novembre 2003, le maire de la commune de Veyrac a délivré, au nom de l'Etat, un permis de construire autorisant M. C à agrandir un bâtiment à usage de " remise ". M. C a déposé une déclaration préalable le 26 août 2011 portant sur la transformation d'un " garage avec dépendances en maison d'habitation ", qui a fait l'objet d'un arrêté d'opposition en raison de l'absence de desserte du terrain d'assiette par un réseau public d'électricité. Par un arrêté du 7 octobre 2011, la commune de Veyrac a formé une opposition à la déclaration préalable au motif que " le terrain d'assiette du projet n'est pas desservi par un réseau public d'électricité et que l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire les travaux d'extension doivent être exécutés ". Une nouvelle déclaration préalable a été déposée le 19 octobre 2011 par M. C, mentionnant une SHON (surface hors œuvre nette) créée par transformation de SHOB en SHON (surface hors œuvre nette) de 90 m2. Mme C s'est vu attribuer, par une donation du 20 août 2012, la pleine propriété d'un bien situé 141 route de Saint-Junien la Barre, sur le territoire de la commune de Veyrac, composé des parcelles cadastrées section E, nos 1407 et 1893, anciennement parcelle 1228 (en partie). Par un courrier du 1er mars 2021, Mme C a demandé au maire de la commune de Veyrac de revenir sur le refus opposé oralement lors d'un entretien intervenu le 26 février 2021, de procéder aux travaux d'extension des réseaux d'eau et d'électricité afin de permettre le raccordement de sa maison d'habitation. Mme C sollicite l'annulation de la décision implicite du maire refusant de faire droit à sa demande de raccordement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme, base légale qui doit être substituée à celle de la décision contestée : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1, ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions ".
3. Il résulte des dispositions précitées que le maire peut s'opposer, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale, et alors même que l'infraction pénale constituée par la construction sans autorisation serait prescrite, à un raccordement définitif aux réseaux publics des bâtiments, locaux ou installations dont la construction ou la transformation n'a pas été régulièrement autorisée ou agréée selon la législation en vigueur à la date de leur édification ou de leur transformation, ni régularisée depuis lors. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'apprécier, au regard des éléments apportés par le pétitionnaire, et le cas échéant des éléments que lui soumet l'administration, si la construction dont le raccordement aux réseaux est demandé peut être regardée, compte tenu de la date de son édification et des exigences applicables à cette date en matière d'autorisation de construire, comme ayant été régulièrement édifiée.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la construction dont la requérante sollicite le raccordement est une maison d'habitation composée d'un séjour, d'une cuisine, de deux chambres, et d'un garage, édifiée sur des parcelles cadastrées section E, n° 1407 et 1893, anciennement parcelle 1228 (en partie). Afin de justifier de la légalité de cette construction, la requérante se prévaut, d'une part, d'un permis de construire délivré le 13 novembre 2003 à son père dont l'objet était seulement l'agrandissement d'un " bâtiment à usage de remise ", et d'autre part, d'une autorisation tacite qui serait née du silence gardé par la commune à la suite du dépôt d'une déclaration préalable enregistrée sous le n° DP08720211D0551 le 19 octobre 2011, laquelle aurait autorisé la " transformation d'un garage en maison d'habitation ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la déclaration préalable dont se prévaut la requérante a été déposée seulement douze jours après l'intervention, sans changement de circonstances, le 7 octobre 2011, d'un arrêté par lequel le maire de la commune avait fait opposition, au motif qu'il n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai une extension des réseaux pourrait être réalisée, à une première déclaration préalable déposée le 26 août 2011 et complétée le 23 septembre 2011, dont la requérante souligne qu'elle avait le même objet que la seconde, les deux formulaires déposés comportant les mêmes indications dans la description des travaux et dans le tableau de " destination des constructions et tableau des surfaces ". Dans ces conditions, la déclaration préalable déposée le 19 octobre 2011 doit être regardée comme un recours gracieux dirigé contre l'arrêté d'opposition à déclaration préalable du 7 octobre 2011, et non comme une nouvelle déclaration préalable qui aurait fait naître une décision tacite de non-opposition. La requérante n'étant pas fondée à se prévaloir d'une autorisation tacite intervenue en 2011 ayant eu pour objet d'autoriser les travaux intervenus sur le bâtiment à usage de remise dont seul l'agrandissement avait été autorisé par un permis de construire délivré le 13 novembre 2003, le maire de la commune de Veyrac pouvait, sans erreur de droit, refuser à la requérante le raccordement de cette construction en application de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme en vigueur à la date à laquelle la requérante se prévaut d'une décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 19 octobre 2011 : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : a) Les travaux ayant pour effet la création d'une surface hors œuvre brute supérieure à vingt mètres carrés ; / b) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations définies à l'article R. 123-9 ; c) Les travaux ayant pour effet de modifier le volume du bâtiment et de percer ou d'agrandir une ouverture sur un mur extérieur ; () Pour l'application du b du présent article, les locaux accessoires d'un bâtiment sont réputés avoir la même destination que le local principal ".
6. Au surplus, il ressort du permis de construire délivré en 2003, ainsi que des documents composant le dossier ayant donné lieu à la délivrance de cette autorisation, que le maire de la commune avait alors seulement autorisé l'agrandissement, pour une surface de 64 m2, d'un " bâtiment à usage de remise ", lequel comportait une unique baie en façade sud, et était implanté à plusieurs mètres de la limite séparant la parcelle d'implantation du projet et la parcelle cadastrée section E n°1227. Or les documents joints à la " déclaration préalable " déposée le 19 octobre 2011 représentent une construction implantée le long de la limite séparative du côté de la parcelle cadastrée section E, n° 1228, soit une emprise au sol plus importante que la construction autorisée en 2003, ce que vient confirmer la mention de 57 m2 de " surface nouvelle hors œuvre nette construite " reportée en page 6 du formulaire de déclaration préalable déposé le 19 octobre 2020, comportant de multiples baies en façade sud, et dont les structures porteuses apparaissent modifiées en comparaison des plans de la " remise " dont l'extension avait été autorisée en 2003. Par suite et en tout état de cause, la seule déclaration préalable dont se prévaut la requérante était insuffisante pour régulariser les travaux effectués sur la construction dont le raccordement aux réseaux a été sollicité.
7. En troisième lieu, et dès lors qu'il résulte des éléments qui précèdent que les dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme font obstacle au raccordement de la construction en litige, laquelle n'a pas été autorisée en application des dispositions du code de l'urbanisme précitées, la requérante ne peut se prévaloir utilement, ni du droit d'accéder à l'eau consacré à l'article L. 210-1 du code de l'environnement, qui ne consacre pas une obligation de raccordement de toute construction à l'eau à la charge des communes, dont se prévaut la requérante, ni des dispositions des articles L. 332-6 et L. 332-15 du code de l'urbanisme qui régissent les obligations des " bénéficiaires d'autorisation de construire " afin d'en déduire une obligation de raccordement pesant en l'espèce sur la commune. Enfin, et dès lors que seule l'extension d'un " bâtiment à usage de remise " a fait l'objet d'une autorisation, la requérante n'est pas davantage fondée à se prévaloir des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la commune relatives à la " desserte par les réseaux " imposant le raccordement au réseau public d'eau potable de " toute construction ou installation à usage d'habitation ou d'activité qui requiert une alimentation en eau ". Les moyens doivent par suite être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C à l'encontre de la décision implicite du maire de la commune de Veyrac refusant de faire droit à sa demande de raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Veyrac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme d'argent que la requérante demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de Mme C la somme de 500 euros sollicitée par la commune de Veyrac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera à la commune de Veyrac la somme de 500 (cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au maire de la commune de Veyrac.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef,
La Greffière,
M. B
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026