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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100890

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100890

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DEMOSTHENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2021, Mme B E, représentée par Me Dhaeze Laboudie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur à son fils D C ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de ce dernier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision méconnait les dispositions de la loi du 10 septembre 2018 dès lors qu'elle réside en France sous couvert d'un titre de séjour valable jusqu'au 5 juillet 2028 ;

- elle méconnait les stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant, empêchant son fils de voir son père résidant en Algérie et de revenir auprès de sa mère sans difficulté.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.

La clôture de l'instruction a été fixée au 29 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur la recevabilité de la requête :

1. Aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. (). ". Aux termes des dispositions de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. (). ".

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été notifiée à Mme E le 1er avril 2021. Elle disposait ainsi d'un délai expirant le 2 juin 2021 pour saisir le tribunal afin de contester cette décision. Par suite, la requête a été enregistrée le 1er juin 2021, dans le délai de recours contentieux. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-algérien : " Les mineurs algériens de dix-huit ans résidents en France, qui ne sont pas titulaires d'un certificat de résidence reçoivent sur leur demande un document de circulation pour étrangers mineurs qui tient lieu de visa lorsqu'ils relèvent de l'une des catégories mentionnées ci-après : a) Le mineur algérien dont l'un au moins des parents et est titulaire du certificat de résidence de dix ans ou du certificat d'un an et qui a été autorisé à séjourner en France au titre de regroupement familial ; b) Le mineur qui justifie, par tous moyens, avoir sa résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans et pendant une durée d'au moins six ans ; c) Le mineur algérien entré en France pour y suivre des études sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois ; d) Le mineur algérien né en France dont l'un au moins des parents réside régulièrement en France. ".

4. Mme E se prévaut de l'application des dispositions de la loi du 10 septembre 2018, reprises par les dispositions de l'article L. 321-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Or, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour et documents de circulation qui peuvent leur être délivrés. Les conditions de circulation des algériens mineurs sont ainsi exclusivement régies par les stipulations précitées de l'article 10 de cet accord. Dans ces conditions, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 321-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être utilement invoquée.

5. En deuxième lieu, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de délivrance d'un document de circulation pour étrangers mineurs au bénéfice d'un étranger mineur algérien qui n'appartient pas à l'une des catégories mentionnées par l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'un refus de délivrance d'un tel document ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant. L'intérêt supérieur d'un étranger mineur qui ne remplit pas les conditions conventionnelles pour bénéficier du document de circulation prévu par l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 s'apprécie au regard de son intérêt à se rendre hors de France et à pouvoir y revenir sans être soumis à l'obligation de présenter un visa.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme E, ressortissante algérienne, est la mère d'un enfant, D C, né en février 2008 en Algérie dont le père réside toujours dans ce pays. Il ressort de la décision attaquée que le jeune D ne remplit aucune des conditions fixées à l'article 10 de l'accord franco-algérien et la requérante n'apporte à l'appui de sa requête aucun élément de nature à prouver le contraire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-algérien modifié, à le supposer soulevé, doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort du jugement algérien " attribution de droit de garde et désignation d'un responsable légal " du 12 avril 2017 que Mme E s'est vu confier la garde de son fils D et que le père de ce dernier a obtenu un droit de visite hebdomadaire ainsi que pendant les jours fériés, les vacances scolaires, les fêtes nationales et religieuses à partager. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le père de l'enfant exercerait son droit de visite pas plus qu'il réclamerait exercer ce droit. Dans ces conditions, en ne délivrant pas de document de circulation afin que D puisse rendre visite à son père qui réside en Algérie, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de D C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme E est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Dhaeze Laboudie et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. A

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