jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100967 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DURANÇON DELPHINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 juin 2021 et le 27 septembre 2023, M. C B, représenté par Me Durançon, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 13 avril 2021 par laquelle le ministre de la justice a décidé la prolongation de sa mise à l'isolement du 20 avril 2021 au 24 juin 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 1 800 euros, au bénéfice de son conseil, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est intervenue en méconnaissance du caractère contradictoire des débats dès lors que le dossier remis à son avocat ne comportait que neuf pages qui n'apportent aucune information sur les documents sur lesquels se fonde la proposition ; le dossier ne comporte pas le rapport du chef d'établissement ;
- la procédure est irrégulière en l'absence de rapports du chef d'établissement et du directeur interrégional des services pénitentiaires ;
- son maintien à l'isolement ne se justifie qu'en raison du fait qu'il aurait une mauvaise gestion de son budget, ce qui le rendrait désagréable ; l'administration pénitentiaire échoue à démontrer qu'il existerait un risque latent d'insécurité ; ses agissements ont pour cause des difficultés personnelles, et la décision met de côté sa santé psychique ; la décision est entachée de détournement de procédure et est mal-fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ou représentée :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été écroué le 24 novembre 2000 et incarcéré au sein de la maison centrale de Saint-Maur le 6 octobre 2020. Par une décision du 13 avril 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a prolongé son placement à l'isolement pour la période du 20 avril 2021 au 24 juin 2021. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de l'aide juridictionnelle :
2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites () ". L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. Aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. / () / Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure () ".
4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'accusé de réception du document intitulé " mise en œuvre de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration " que M. B s'est vu notifier, le 3 mars 2021 à 17h00, un dossier comportant un document intitulé " mise en œuvre de l'article L. 122-1 ", un formulaire de désignation d'avocat et une convocation. Selon les indications de la requête, le même dossier a été remis à son avocat préalablement au débat contradictoire durant lequel tant le requérant que son conseil ont fait part de leurs observations. Si le requérant soutient que les documents fondant la décision ne lui ont pas été communiqués, tels que son inscription au répertoire DPS (détenus particulièrement surveillés), la décision portant renforcement de son mode de gestion et plusieurs observations des membres du personnel, ainsi que le rapport du chef d'établissement, les dispositions précitées ne rendent pas obligatoire la production de l'ensemble de ces éléments, et le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de la circulaire du 14 avril 2011 relative au placement à l'isolement des personnes détenues, qui ne contient aucune mesure impérative mais se borne à adresser des recommandations aux services. En outre, le document de mise en œuvre de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration fait état de ce que la proposition de prolongation avait notamment pour motifs son inscription au répertoire des DPS, la circonstance qu'il faisait l'objet d'une gestion particulière en cellule sécurisée et menottée, les nombreuses prises d'otage dont il a été l'auteur, la décision du 19 février 2021 de renforcer son mode de gestion dès son retour du centre hospitalier où il a été admis à la suite d'une grave automutilation du bras, ainsi que de son incapacité à gérer la frustration en matière de manque de tabac. Ces éléments d'information portés à la connaissance de l'intéressé et de son avocat avant l' " audience " du 10 mars 2021, qui reprennent très largement le contenu du rapport rédigé le 23 février 2021 par la directrice de l'établissement sur son comportement en détention, ont permis au requérant de connaître avec suffisamment de précision les motifs pour lesquels la prolongation de sa mise à l'isolement était envisagée et de présenter utilement ses observations en amont de la décision attaquée. Le moyen tiré d'une méconnaissance du principe du contradictoire doit par suite être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale : " Lorsque la personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. / La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional saisi par le chef d'établissement selon les modalités de l'article R. 57-7-64 () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la cheffe d'établissement a rédigé un rapport le 23 février 2021, lequel a été produit en défense, relatif au comportement du requérant, auquel se réfère expressément le rapport du directeur interrégional de Dijon du 25 mars 2021 comportant une proposition de prolongation de placement à l'isolement de M. B, également produit en défense. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure serait irrégulière en l'absence de rapport établi par le chef d'établissement et de rapport du directeur interrégional des services pénitentiaires, doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire () ". Selon l'article R. 57-7-73 de ce code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé () ". Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a notamment été condamné à une peine de six ans d'emprisonnement par un arrêt d'assises du 1er mars 2002 pour viol et vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail. Par un arrêt d'assises du 12 juin 2007, il a été condamné pour meurtre à une peine de trente ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté de vingt ans. M. B a été condamné à plusieurs reprises pour enlèvement, séquestration ou détention arbitraire d'otage pour obtenir l'exécution d'un ordre ou d'une condition, le ministre de la justice précisant, sans être contredit sur ce point, que le requérant a réalisé six prises d'otage en détention. Une mesure d'isolement a été initiée le 24 juin 2019 concernant le requérant, que la décision attaquée a pour objet de prolonger jusqu'au 24 juin 2021. Selon le rapport du 23 février 2021 de la directrice de l'établissement, M. B est inscrit au répertoire des détenus particulièrement surveillés depuis le 15 octobre 2019. Le 19 février 2021, le requérant a été extrait dans la nuit vers l'hôpital à la suite d'une automutilation. Il avait, dans la journée, et selon la synthèse des observations relatives à sa vie en détention, déclaré commencer une grève de la faim, de la soif et de la parole en invoquant un manque de tabac. Selon le même document, il s'est montré très énervé le 20 février 2021, a tenu des propos menaçant toute la journée et a barricadé l'entrée de sa cellule à l'aide de son frigo, de rallonges électriques et de draps, avant de remettre sa cellule en ordre le soir même. Il résulte de ces éléments que le parcours carcéral de M. B, est émaillé d'actes très violents résultant de multiples prises d'otage, et que son comportement durant la période précédant immédiatement la mesure en litige témoigne d'une instabilité importante caractérisant un risque, tant pour le personnel de l'établissement que pour le requérant lui-même. En outre, le médecin qui a émis un avis sur la prolongation de l'isolement de M. B le 19 mars 2021 a estimé qu'il ne présentait pas de contre-indication, et le requérant ne démontre pas que cette prolongation serait incompatible avec son état psychique. Au vu de ces éléments, la décision en litige, qui n'est pas, contrairement à ce qu'allègue le requérant, justifiée par une mauvaise gestion de son budget dont résulterait un manque de tabac, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit par suite être écarté. Par ailleurs, au vu de ces éléments et de ceux dont fait état le requérant, le détournement de procédure allégué n'est pas démontré. Le moyen sera donc également écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 avril 2021 du garde des sceaux, ministre de la justice doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais de l'instance et aux dépens.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Durançon, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Franck Christophe, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le greffier en chef,
La Greffière,
M. A
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026