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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100986

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100986

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 16 juin 2021, les 3 et 30 mars 2022, et le

8 février 2024, M. A C, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 février 2021, par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il incombe au préfet de produire l'avis du collège des médecins de l'Ofii du 16 février 2021 et de démontrer qu'il a été émis par un collège de trois médecins compétents ayant délibéré et qu'ils ont statué au regard, notamment, du rapport médical établi par un quatrième médecin ;

- en ce qui concerne l'accessibilité aux soins, il ne peut pas bénéficier du traitement et du suivi médical spécialisé qui lui sont indispensables en Côte d'Ivoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,

- les observations de Me Toulouse, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né en 1980, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée le 29 mars 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 2 novembre 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé le 1er décembre 2020. Par une décision du 26 février 2021, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande. M. C sollicite l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées à la quatrième phrase du 11° de l'article L. 313-11 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article

R. 313-23 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22 (). / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé. Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. Il peut être assisté d'un interprète et d'un médecin. Lorsque l'étranger est mineur, il est accompagné de son représentant légal () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du bordereau de transmission du directeur territorial de l'Ofii de Limoges du 8 février 2021, qu'un rapport médical établi le 29 janvier 2021 par un médecin de l'Office dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour de M. C a été transmis au collège de médecins le 3 février 2021. Ce dernier a rendu son avis le 8 février 2021, dans une formation composée de trois médecins dont les signatures figurent sur l'avis. En outre, la décision comporte la mention " après en avoir délibéré ", qui indique le caractère collégial de cet avis et fait foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est pas apportée par le requérant. Enfin, il ressort des mentions de l'avis et du bordereau de transmission que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège. Dès lors, le moyen tiré de ce que la procédure médicale et administrative devant le collège des médecins de l'Ofii aurait été viciée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent 11° par le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Ofii venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Par un avis du 8 février 2021, le collège des médecins de l'Ofii a estimé que si l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait effectivement bénéficier du traitement approprié dans le pays dont il est originaire. M. C qui lève le secret médical présente des documents démontrant qu'il souffre d'une insuffisance rénale chronique et d'une hypertension. Il produit également un document de l'Organisation mondiale de la santé faisant état d'une " faible performance des services de santé " en Côte d'Ivoire, ainsi qu'un document de la Conférence internationale des ordres de pharmaciens francophones, indiquant que ce pays dénombrait seulement 6 850 médecins en 2015. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisamment précis pour démontrer qu'il ne pourrait, eu égard à sa pathologie et au traitement qu'elle nécessite, avoir effectivement accès aux soins nécessaires à son état de santé en Côte d'Ivoire à la date de la décision attaquée. En outre, le certificat médical produit, daté du 30 janvier 2023, selon lequel l'atteinte rénale du patient permettrait " de prédire une progression vers l'insuffisance chronique terminale ", et selon lequel ce patient " a besoin de résider en France pour poursuivre sa prise en charge thérapeutique ", est postérieur d'environ deux ans à la décision attaquée et ne saurait dès lors démontrer une erreur d'appréciation du préfet de la Haute-Vienne quant à l'état de santé du requérant et son accès à un traitement effectif dans son pays d'origine au mois de février 2021. Le moyen tiré d'une violation de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C dirigées contre la décision du 26 février 2021, par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Toulouse et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère.

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le greffier en chef,

La Greffière,

M. B

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