mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100995 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | NOUGUES MURIEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin 2021 et le 16 février 2022, Mme B A, représentée par Me Nougues, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier La Valette à lui verser une somme de 18 226,16 euros, avec intérêt au taux légal à compter du 2 avril 2021, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la décision du directeur par intérim du centre hospitalier de La Valette de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée et de la méconnaissance du délai de prévenance ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier La Valette une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- le centre hospitalier La Valette a commis une faute tirée de l'illégalité de la décision de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée pour un emploi d'aide-soignante ; la décision de non-renouvellement de son contrat n'est pas justifiée par un motif tiré de l'intérêt du service et constitue une sanction déguisée ;
- le centre hospitalier La Valette a commis une faute en ne respectant pas le délai de prévenance de deux mois prévu à l'article 41 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 ; la méconnaissance de ce délai est à l'origine pour le moins d'une perte de chance d'obtenir un revenu supérieur à ses allocations chômage puisqu'elle n'a pas pu anticiper ce non- renouvellement en recherchant un nouvel emploi ;
- elle a subi plusieurs préjudices en lien avec l'illégalité de la décision de non-renouvellement de son contrat à durée déterminée et le non-respect du délai de prévenance qui s'élèvent à la somme globale de 18 226,16 euros :
' dont 4 316 euros au titre du préjudice matériel et des troubles dans les conditions d'existence en raison du non-respect du délai de prévenance ;
' dont 12 950,16 euros au titre du préjudice matériel subi en raison du non-renouvellement de son contrat à durée déterminée et 1 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant de ce non renouvellement.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 janvier 2022 et le 19 juillet 2022, le centre hospitalier La Valette, représenté par Me Pauliat-Defaye, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme A de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha,
- les conclusions de M. Pierre-Marie Houssais, rapporteur public,
- et les observations de Me Mons-Bariaud pour l'établissement défendeur.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier La Valette en qualité d'aide-soignante contractuelle à temps plein pour exercer ses fonctions au sein de l'unité de psychiatrie Maurice Dide, par un premier contrat pour une durée d'un mois à compter du 16 juillet 2018. Ce contrat a été renouvelé par plusieurs contrats successifs jusqu'au 1er novembre 2020. Par un courrier du 22 octobre 2020, le directeur du centre hospitalier La Valette a décidé de ne pas renouveler le contrat de travail à son échéance. Mme A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier La Valette, à lui verser une somme de 18 226, 16 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de l'illégalité de la décision du 22 octobre 2020 et de la méconnaissance du délai de prévenance prévu à l'article 41 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 susvisé.
Sur les conclusions indemnitaires présentées au titre de la méconnaissance du délai de prévenance :
2. Aux termes de l'article 41 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : () 3° Deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans. () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux 1°, 2° et 3° sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. () ".
3. Si la méconnaissance de ce délai est sans incidence sur la légalité de la décision de ne pas renouveler le contrat de l'agent, cette illégalité constitue en revanche une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'établissement, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
4. Il résulte de l'instruction que Mme A a été employée de manière continue par le centre hospitalier La Valette entre le 16 juillet 2018 et le 30 octobre 2020, soit pour une période de vingt-sept mois. Ainsi, en application des dispositions précitées de l'article 41 du décret du 6 février 1991 susvisé, le centre hospitalier La Valette aurait dû lui notifier son intention de ne pas renouveler son contrat, le 1er septembre 2020. Or, le centre hospitalier a informé la requérante de son intention de ne pas y procéder par un courrier du 22 octobre 2020, envoyé le 27 octobre suivant. Dans ces conditions, le centre hospitalier a méconnu les dispositions citées au point 2, ce qu'il ne conteste d'ailleurs pas.
5. Toutefois, il appartient à Mme A, qui demande l'indemnisation du préjudice qu'elle aurait subi du fait de cette irrégularité, d'établir l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre ce préjudice et cette faute. En l'espèce, Mme A fait valoir que le non-respect du délai de prévenance lui a causé un préjudice matériel direct ainsi que des troubles dans ses conditions d'existence dont elle demande réparation à hauteur de la somme de 4 316 euros.
6. De première part, il n'est pas certain que l'information tardive de Mme A, laquelle a été rémunérée jusqu'à la fin d'octobre 2020, sur le non-renouvellement de son contrat, lui ait causé un préjudice financier alors qu'elle ne justifie pas avoir, à compter de la fin de son contrat ou de la notification de la décision de non-renouvellement de son contrat, entrepris des recherches d'emploi particulièrement actives, ni même qu'elle aurait retrouvé, à ce jour, un nouvel emploi.
7. De deuxième part, si Mme A soutient que l'inobservation du délai de prévenance a engendré un retard dans l'établissement des documents destinés à Pôle emploi et l'a privée de toutes ressources pendant quinze jours à compter du 1er novembre 2020, date à laquelle son contrat prenait fin, le préjudice invoqué est sans lien direct et certain avec ce manquement. Au demeurant, il résulte de l'instruction que l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi a été établie le 4 novembre 2020 soit seulement trois jours après la fin de son contrat, que la requérante a été inscrite à Pôle emploi dès le 9 novembre suivant et être indemnisée à compter du 16 novembre.
8. De troisième part, si le centre hospitalier a commis une illégalité en omettant de prévenir, dans le délai mentionné au point 2, Mme A que son contrat ne serait pas renouvelé, dans la mesure où une telle omission ne créé pas un droit à renouvellement de contrat, cette dernière ne peut prétendre obtenir réparation d'un préjudice qui résulterait d'une perte de chance de voir renouveler ses contrats ou d'une perte de revenus. Par ailleurs, si Mme A se prévaut de la circonstance qu'elle n'a pu retrouver un emploi en raison de sa grossesse, une telle circonstance est dépourvue de tout lien avec le non-respect du délai de prévenance.
9. De dernière part, alors que l'intéressée a vu son contrat initial être renouvelé à 17 reprises depuis le 16 juillet 2018, la méconnaissance du délai de prévenance, lequel a pour objet d'informer l'agent contractuel de la date précise de fin de ses fonctions afin qu'il puisse disposer d'un délai raisonnable pour prendre ses dispositions tout en restant rémunéré et dans la mesure du possible, de retrouver un emploi avant son départ, a été à l'origine pour Mme A de troubles dans les conditions d'existence qu'il convient de réparer en allouant à celle-ci une somme de 2 000 euros tous intérêts compris.
Sur les conclusions indemnitaires tenant à l'illégalité de la décision du 22 octobre 2020 de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée de Mme A :
10. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service, une telle décision étant soumise au contrôle restreint du juge administratif. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
11. D'une part, la décision de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée de Mme A a été prise au vu de la manière de servir de cette dernière. A cet égard, il résulte de l'instruction que le non-renouvellement décidé le 22 octobre 2020 se fonde sur l'évaluation de Mme A réalisée la veille, laquelle si elle retient des savoirs faire satisfaisants vis-à-vis des patients, fait également état au titre des savoir-être d'" un comportement excessif dans la relation en équipe ", d'" un désengagement pour sa mission d'aide-soignante " ainsi que d'une assiduité et d'une régularité au travail insuffisantes " pour une stabilité durable du planning du personnel de l'unité " avant de proposer le non renouvellement du contrat de l'intéressée. De tels motifs, relatifs à la personne de l'agent et à sa manière de servir, qui ne sont pas sérieusement contestés et qui ne sont entachés ni d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation, ont pu légalement fonder la décision de non-renouvellement du contrat de travail de Mme A.
12. D'autre part, si l'intéressée soutient que la décision du 22 octobre 2020 revêt le caractère d'une sanction déguisée, en tant qu'elle aurait été prise en réalité au regard de ses absences pour maladie pourtant justifiés et en raison de ses désaccords avec sa supérieure hiérarchique, un tel détournement de procédure n'est pas établi alors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que cette décision est fondée sur l'intérêt du service.
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 12 que la décision du 22 octobre 2020 n'est entachée d'aucune des illégalités fautives invoquées par Mme A.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à obtenir réparation de ses préjudices pour un montant de 2 000 euros, tous intérêts compris, résultant de la méconnaissance du délai de prévenance auquel elle avait droit.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances, il y a lieu de mettre à la charge du CH de La Valette une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le centre hospitalier La Valette en application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er: Le centre hospitalier de La valette est condamné à verser à Mme A une somme de 2 000 (deux mille) euros, tous intérêts compris, en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Le CH de La Valette versera à Mme A une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le CH La Valette en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier La Valette.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026