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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101044

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101044

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2021, M. B A, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-13 11° du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il soutient que la décision :

- est illégale en l'absence de signature de son auteur ;

- a été prise en méconnaissance du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un arrêt de sa prise en charge et des thérapeutiques en cours peuvent entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né en 1992, est entré en France le 12 mai 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 23 avril 2020 contre laquelle le requérant a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Le 7 décembre 2020, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par une décision du 6 mai 2021 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a opposé un refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris, à compter du 1er mai 2021, l'article L. 313-11 11° : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. La partie, qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) venant au soutien de ses dires, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A en raison de son état de santé, le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé sur l'avis du 3 mars 2021 du collège de médecins du service médical de l'Ofii qui a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

5. Pour contester cette appréciation, M. A qui a levé le secret médical produit un certificat médical du 17 juin 2021 émanant d'un praticien hospitalier psychiatre du centre hospitalier d'Esquirol, établi trois mois après l'avis de l'Ofii mais révélant un état antérieur, selon lequel le requérant est pris en charge pour une schizophrénie paranoïde, qu'il a déjà fait l'objet de trois hospitalisations sous contrainte le 19 mars 2020, le 24 février 2021 et le 8 avril 2021, qu'il bénéficie d'une prise en charge psychiatrique ambulatoire avec suivi en consultation psychiatrique tous les mois ainsi que du passage de l'équipe ambulatoire de proximité du centre hospitalier et d'une infirmière pour la distribution des traitements journaliers. Son traitement comprend des antipsychotiques sous forme d'injections de 150 milligrammes de Palideridone, tous les 28 jours et d'un comprimé de Loxapine 25 milligrammes tous les jours. Il est également indiqué que la prise en charge psychiatrique est impérative et nécessaire au long cours et qu'un défaut d'un tel suivi et d'un arrêt des thérapeutiques en cours peuvent entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressé.

6. Il est donc établi que le requérant suit de manière régulière, à raison de son affection, un traitement dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une extrême gravité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce traitement pourrait être assuré dans son pays d'origine. Par suite, la décision en litige a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit être annulée.

7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à soutenir que la décision du préfet de la Haute-Vienne du 6 mai 2021 lui refusant le séjour doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'annulation ainsi prononcée implique nécessairement que le préfet délivre le titre de séjour sollicité par le requérant en qualité d'étranger malade. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de délivrer ce titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du préfet de la Haute-Vienne du 6 mai 2021 est annulée.

Article 2:Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer un titre de séjour à M. A, en qualité d'étranger malade, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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