mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101054 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LECLER-CHAPERON CÉCILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 juin 2021 et 4 janvier 2022, Mme B C, représentée par Me Lecler-Chaperon, demande au tribunal :
1°) de surseoir à statuer dans l'attente du jugement de la requête qu'elle a formée devant le tribunal administratif de Poitiers tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports l'a admise à la retraite pour invalidité à compter du 25 janvier 2020 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2021 lui concédant une pension de retraite au titre de l'invalidité à compter du 25 janvier 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- conformément à l'article 47 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, son admission à la retraite pour invalidité ne pouvait prendre rétroactivement effet à compter du 25 janvier 2020, soit avant l'avis émis le 26 février 2021 par la commission de réforme ;
- alors que, dès le 24 janvier 2020, cette commission a sursis à statuer dans l'attente d'une expertise par un praticien agréé afin de se prononcer sur le taux d'IPP résultant de son accident de service du 15 janvier 2016, ce n'est que le 11 janvier 2021 que cette expertise a eu lieu ; le retard avec lequel la commission de réforme s'est finalement prononcée au regard de cette expertise le 26 février 2021 est imputable au rectorat de l'académie de Poitiers ;
- sa mise à la retraite à compter du 25 janvier 2020 ne tient compte ni de la décision du 20 février 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Poitiers l'a maintenue en position d'activité à compter du 25 janvier 2020 jusqu'à la date de son admission à la retraite dans l'attente de l'avis de la commission de réforme alors que le comité médical avait déjà émis un avis favorable à sa demande de départ anticipé à la retraite pour invalidité ni de sa promotion au 10ème échelon de son grade à compter du 1er mars 2020 prononcée par un arrêté du 5 février 2020 ;
- l'arrêté du 26 avril 2021 lui concédant une pension au titre de l'invalidité méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs dès lors que son placement initial en activité à compter du 25 janvier 2020 n'était pas irrégulier ;
- par une requête présentée devant le tribunal administratif de Poitiers, elle a demandé l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2021 prononçant son admission à la retraite pour invalidité à compter du 25 janvier 2020 et de la décision portant rejet de son recours gracieux.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- les observations de Me Girard, substituant Me Lecler-Chaperon, pour la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 février 2018, Mme C, membre du corps des personnels de direction d'établissement d'enseignement ou de formation relevant du ministre de l'éducation nationale, a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident survenu le 11 janvier 2018. Cette demande a été rejetée par une décision du 16 novembre 2018 de la rectrice de l'académie de Poitiers. Le 15 mai 2019, elle a sollicité sa mise à la retraite pour invalidité imputable au service. Le 20 janvier 2020, la commission de réforme a sursis à statuer dans l'attente d'une expertise, ainsi que du jugement de la requête formée par Mme C devant le tribunal administratif de Poitiers tendant à l'annulation de la décision du 16 novembre 2018. Par une décision du 20 février 2020, la rectrice de l'académie de Poitiers lui a indiqué que, conformément aux dispositions de l'article 47 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, et à compter du 25 janvier 2020, date d'expiration de ses droits à congés de maladie, elle serait maintenue en " activité " et percevrait un demi-traitement dans l'attente de son admission à la retraite pour invalidité. Par un jugement n° 1801655 du 27 mai 2020, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté le recours formé par l'intéressée à l'encontre de la décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 11 janvier 2018. Par un avis émis le 26 février 2021, la commission de réforme a estimé que Mme C était totalement et définitivement inapte à l'exercice de toutes fonctions et s'est prononcée en faveur d'une admission à la retraite pour invalidité à compter du 25 janvier 2020. Par un premier arrêté du 14 avril 2021, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports l'a admise à faire valoir ses droits à la retraite et l'a radiée des cadres à compter du 1er mai 2021. Par un second arrêté du même jour, le ministre a prononcé le retrait de son premier arrêté du 14 avril 2021 et a prononcé la radiation des cadres pour invalidité de Mme C de manière rétroactive à compter du 25 janvier 2020. A la suite de ce second arrêté, une pension de retraite au titre de l'invalidité a été consentie à l'intéressée à compter du 25 janvier 2020 par un arrêté du 26 avril 2021. Par cette requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 29 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office ; dans ce dernier cas, la radiation des cadres est prononcée sans délai si l'inaptitude résulte d'une maladie ou d'une infirmité que son caractère définitif et stabilisé ne rend pas susceptible de traitement () ". Selon l'article L. 26 de ce code : " La mise en paiement de la pension de retraite ou de la solde de réforme ne peut être antérieure à la date de la décision de radiation des cadres du titulaire sauf dans les cas exceptionnels déterminés par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article de l'article R. 36 du même code : " La mise en paiement de la pension de retraite ou de la solde de réforme peut être antérieure à la date de la décision de radiation des cadres lorsque cette décision doit nécessairement avoir un effet rétroactif en vue soit d'appliquer des dispositions statutaires obligeant à placer l'intéressé dans une position administrative régulière, soit de tenir compte de la survenance de la limite d'âge, soit de redresser une illégalité ".
3. Selon l'article 42 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " Si, au vu du ou des avis prévus ci-dessus, le fonctionnaire est reconnu inapte à exercer ses fonctions, le congé continue à courir ou est renouvelé. Il en est ainsi jusqu'au moment où le fonctionnaire sollicite l'octroi de l'ultime période de congé rétribué à laquelle il peut prétendre. / Le comité médical doit alors, en même temps qu'il se prononce sur la prolongation du congé, donner son avis sur l'aptitude ou l'inaptitude présumée du fonctionnaire à reprendre ses fonctions à l'issue de cette prolongation. / Si le fonctionnaire n'est pas présumé définitivement inapte, il appartient au comité médical de se prononcer, à l'expiration de la période de congé rémunéré, sur l'aptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. () / S'il est présumé définitivement inapte, son cas est soumis à la commission de réforme qui se prononce, à l'expiration de la période de congé rémunéré, sur l'application de l'article 47 ci-dessous ". Aux termes de l'article 47 de ce décret : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme. / Pendant toute la durée de la procédure requérant soit l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ". Selon l'article 48 du même décret : " La mise en disponibilité prévue aux articles 27 et 47 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission de réforme sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. / Elle est accordée pour une durée maximale d'un an et peut être renouvelée à deux reprises pour une durée égale. / Toutefois, si à l'expiration de la troisième année de disponibilité le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, mais s'il résulte d'un avis du comité médical qu'il doit normalement pouvoir reprendre ses fonctions avant l'expiration d'une nouvelle année, la disponibilité peut faire l'objet d'un troisième renouvellement ".
4. Les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. Par suite, en l'absence de disposition législative l'y autorisant, l'administration ne peut, même lorsqu'elle est saisie d'une demande de l'intéressé en ce sens, déroger à cette règle générale et conférer un effet rétroactif à une décision d'admission à la retraite, à moins qu'il ne soit nécessaire de prendre une mesure rétroactive pour tirer les conséquences de la survenance de la limite d'âge, pour placer l'agent dans une situation régulière ou pour remédier à une illégalité.
5. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.
6. Premièrement, s'il a rétroactivement pris effet à compter du 25 janvier 2020, l'arrêté du 14 avril 2021 du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports admettant Mme C à la retraite pour invalidité a bien été pris à la suite d'un avis du 26 février 2021 de la commission de réforme, conformément au premier alinéa de l'article 47 du décret du 14 mars 1986. Deuxièmement, à supposer même que la circonstance que la commission de réforme ne se soit prononcée que le 26 février 2021 résulterait d'une forme de retard des services du rectorat de l'académie de Poitiers dans la gestion de la situation administrative de la requérante, ce retard est sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 14 avril 2021 du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Troisièmement, dès lors qu'au 25 janvier 2020, les droits à congés de maladie de Mme C avaient expiré et qu'elle ne pouvait être placée en disponibilité d'office compte tenu de son inaptitude totale et définitive à toutes fonctions, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports était tenu de donner à son arrêté du 14 avril 2021 une portée rétroactive à compter du 25 janvier 2020 afin de placer l'intéressée dans une situation régulière. A cet égard, les seules circonstances, d'une part, que Mme C a continué de percevoir un demi-traitement à compter du 25 janvier 2020 en vertu des dispositions spécifiques du second alinéa de l'article 47 du décret du 14 mars 1986 dans l'attente de l'intervention de la décision d'admission à la retraite pour invalidité, d'autre part, que, par un arrêté du 5 février 2020, elle a bénéficié d'un avancement au 10ème échelon de son grade à compter du 1er mars 2020, n'étaient pas par elles-mêmes de nature à placer la requérante dans une situation régulière à compter du 25 janvier 2020. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée, par voie d'exception, à se prévaloir de l'illégalité de l'arrêté du 14 avril 2021 prononçant son admission à la retraite pour invalidité à compter du 25 janvier 2020.
7. En second lieu, la décision par laquelle Mme C a été radiée des cadres en raison de son admission à la retraite pour invalidité devant nécessairement avoir un effet rétroactif à compter du 25 janvier 2020 en vue de la placer en situation régulière, la mise en paiement de sa pension de retraite au titre de l'invalidité pouvait donc légalement intervenir, en vertu de l'article R. 36 du code des pensions civiles et militaires de retraite, de manière rétroactive à compter de cette même date.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 avril 2021 lui concédant une pension de retraite au titre de l'invalidité à compter du 25 janvier 2020 et, par voie de conséquence, les conclusions présentées par Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Normand, président,
M. Martha, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
N. NORMANDLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière,
M. A
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026