jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101089 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GOMOT-PINARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2021, M. C F, représenté par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Indre a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour circonstances exceptionnelles humanitaires et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Indre, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour pour circonstances exceptionnelles humanitaires sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de condamner l'Etat " aux entiers dépens lesquels seront recouvrés conformément à la loi sur l'aide juridictionnelle ".
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;
- le préfet, en se retranchant derrière l'absence de communication de son passeport méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il pallie à cette insuffisance par la production de documents nationaux officiels traduits ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie de motifs exceptionnels dès lors qu'il a tissé des liens familiaux en France intenses, stables et durables.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2022, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le rejet implicite de sa demande de titre de séjour est seulement né le 18 juillet 2021 ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.
La clôture de l'instruction a été fixée au 29 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'étendue du litige :
1. Aux termes des dispositions de l'article R.* 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et reprises à compter du 1er mai 2021 à l'article R.* 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " et de son article R.* 311-12-1 alors en vigueur et reprises à compter du 1er mai 2021 à l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R.* 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".
2. M. F a déposé une demande de titre de séjour, le 9 janvier 2019, qui a été enregistrée par le préfet de l'Indre sous le n° 33-195501. Suite à cette demande, le requérant s'est vu délivrer des récépissés. Le 30 mars 2021, il a saisi le préfet d'une nouvelle demande de renouvellement de son récépissé, restée sans réponse. Ainsi, un rejet implicite de sa demande est né, en application des dispositions rappelées au point précédent, le 30 juillet 2021. Par une décision explicite du 27 avril 2022, qui a eu nécessairement pour effet le retrait de la décision implicite du 30 juillet 2021, le préfet de l'Indre a refusé l'admission au séjour de M. F et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision préfectorale du 27 avril 2022.
Sur la fin de non-recevoir :
3. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que, si la requête a été introduite prématurément le 29 juin 2021, elle s'est trouvée régularisée par l'intervention de la décision implicite du 30 juillet 2021 à laquelle s'est d'ailleurs substituée en cours d'instance la décision explicite du préfet du 27 avril 2022. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut d'existence de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour à la date d'enregistrement de la requête le 28 juin 2021 doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date du litige : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L.423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. M. F, ressortissant soudanais, né en 1989 à Kassala, est entré en France, selon ses déclarations, le 7 décembre 2009. Il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans enfant. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), le 23 août 2010, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 30 novembre 2011. Il a ensuite présenté une demande de titre de séjour à la préfecture du Doubs, le 19 juin 2012, sous l'identité de M. G E, de nationalité béninoise qui a été rejetée et le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français le 25 juillet 2013. Il a aussi sollicité l'asile, le 20 juin 2012, auprès de la préfecture de la Côte d'or sous le nom de M. D B, de nationalité haïtienne. Cette nouvelle demande a été rejetée par l'Ofpra, le 10 mars 2014, puis par la CNDA, le 25 juin 2015, et le préfet de la Côte d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Il n'établit ni même n'allègue y entretenir des liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité. Il ne démontre pas non plus une insertion sociale ou professionnelle particulière. Dans ces conditions, en refusant de délivrer le titre de séjour demandé, le préfet de l'Indre n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport à ses motifs et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
7. Si M. E demande que lui soient appliquées les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement, il n'établit aucune circonstance pouvant être regardée comme constituant un motif humanitaire ou exceptionnel qui serait de nature à justifier son admission au séjour au sens des dispositions citées au point précédent. Le préfet de l'Indre ne les a donc pas méconnues en refusant de délivrer au requérant un titre de séjour sur leur fondement.
8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. F résidait en France depuis plus de dix ans. Le préfet de l'Indre a, en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi la commission du titre de séjour qui a entendu, le 25 mars 2022, le requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour manque en fait et doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision explicite du 27 avril 2022 par laquelle le préfet de l'Indre a refusé de lui délivrer un titre de séjour pour circonstances exceptionnelles humanitaires et lui faisant obligation par là même de quitter le territoire français dans un délai de trente jours doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. F est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C F, à Me Gomot-Pinard et au préfet de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. DELAGE
La République mande et ordonne
au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
M. DELAGE
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026