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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101095

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101095

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHRISTIAN DELPY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er juillet 2021, le 1er juillet 2022 et le 10 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Delpy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2021 pris par le président du conseil départemental de la Haute-Vienne en tant qu'il porte à 90 km/h la limitation de vitesse sur la route départementale 914 ;

2°) de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une violation directe de la règle de droit dès lors qu'il a méconnu les préconisations de l'instruction du 15 janvier 2020 relative à la mise en œuvre des dispositions de la loi d'orientation des mobilités relatives aux vitesses maximales autorisées sur les routes hors agglomération.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 avril 2022 et le 6 septembre 2022, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté, moyen de légalité externe, soulevé aux termes du mémoire du requérant enregistré le 1er juillet 2022, est irrecevable dès lors qu'il est tiré d'une cause juridique nouvelle et a été présenté après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois ;

- les autres moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- l'instruction du 15 janvier 2020 relative à la mise en œuvre des dispositions de la loi d'orientation des mobilités relatives aux vitesses maximales autorisées sur les routes hors agglomération ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chambellant,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C demande l'annulation de l'arrêté n° 2021-400 du 6 mai 2021 pris par le président du conseil départemental de la Haute-Vienne en tant qu'il porte à 90km/h la limitation de vitesse sur la route départementale 914.

2. En premier lieu, la requête présentée par M. C ne contenait que des moyens relatifs à la légalité interne de l'arrêté en litige. Si, dans son mémoire en réplique enregistré le 10 octobre 2022, M. C a soulevé un moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté, ce moyen, relatif à la légalité externe de la décision contestée a été énoncé dans un mémoire enregistré après l'expiration du délai du recours contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que le moyen selon lequel la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation est irrecevable doit être accueillie.

3. En deuxième lieu, les documents de portée générale émanant d'autorités publiques, matérialisés ou non, tels que les circulaires, instructions, recommandations, notes, présentations ou interprétations du droit positif peuvent être déférés au juge de l'excès de pouvoir lorsqu'ils sont susceptibles d'avoir des effets notables sur les droits ou la situation d'autres personnes que les agents chargés, le cas échéant, de les mettre en œuvre. Ont notamment de tels effets ceux de ces documents qui ont un caractère impératif ou présentent le caractère de lignes directrices.

4. En l'espèce, l'instruction ministérielle du 15 janvier 2020 relative à la mise en œuvre des dispositions de la loi d'orientation des mobilités relatives aux vitesses maximales autorisées sur les routes hors agglomération, a pour objet d'exposer aux président du conseil départemental, maire ou président de l'établissement public de coopération intercommunale, les modalités de modification des limitations de vitesse sur le réseau routier de leur territoire et ce, au terme d'une description de l'état du droit et de la procédure administrative. Dès lors, cette instruction n'est qu'un outil d'aide à la décision d'ordre général et ne fixe aucune règle impérative. Par suite, M. C ne peut s'en prévaloir pour soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité. Le moyen tiré de la violation de la règle de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 3221-4-1 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil départemental ou, lorsqu'il est l'autorité détentrice du pouvoir de police de la circulation, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale peut fixer, pour les sections de routes hors agglomération relevant de sa compétence et ne comportant pas au moins deux voies affectées à un même sens de circulation, une vitesse maximale autorisée supérieure de 10 km/ h à celle prévue par le code de la route. Cette décision prend la forme d'un arrêté motivé, pris après avis de la commission départementale de la sécurité routière, sur la base d'une étude d'accidentalité portant sur chacune des sections de route concernées ".

6. Si M. C soutient que le président du conseil départemental a commis une erreur de droit ainsi qu'une erreur d'appréciation en portant la vitesse à 90km/h sur la route départementale 914 dès lors que cette vitesse est en inadéquation avec l'accidentologie de cette route, ce moyen, qui n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et ses conclusions relatives aux dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B C et au département de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

N. NORMAND

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef

La greffière,

M. A

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