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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101103

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101103

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 2 juillet 2021, 26 mai 2023 et 20 juillet 2023, M. D A B, représenté par Me Maret, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a procédé au retrait de sa nomination en qualité d'éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse stagiaire à compter du 1er mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision du 26 avril 2021 ;

- la décision du 26 avril 2021 est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- la décision du 26 avril 2021 est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans la mesure où les conditions permettant de retirer cette décision créatrice de droits n'étaient pas réunies ;

- la seule circonstance qu'il aurait une mention portée au bulletin n° 2 du casier judiciaire n'est pas de nature a justifié la décision en litige ; il appartient au garde des sceaux d'établir dans quelle mesure une telle mention est incompatible avec l'exercice de ses fonctions, conformément aux dispositions du 3° de l'article 5 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 2019-49 du 30 janvier 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me Maret, pour M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. Educateur territorial des activités physiques et sportives de 1ère classe à la commune de Guéret, M. A B a été admis à la session 2020 du concours externe d'accès au corps des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse. Par un arrêté du 19 février 2021, la maire de la commune de Guéret l'a placé en position de détachement auprès du ministère de la justice afin qu'il puisse effectuer son stage d'une durée d'un an dans le corps des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse à compter du 1er mars 2021. Parallèlement, le garde des sceaux, ministre de la justice, l'a nommé en qualité d'éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse à compter du 1er mars 2021 par un arrêté du 15 février 2021. Toutefois, par une décision du 26 avril 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a procédé au retrait de cette nomination. M. A B demande l'annulation de cette décision du 26 avril 2021.

2. En premier lieu, par une décision du 27 mars 2019 portant délégation de signature, Mme E C, attachée principale hors classe, cheffe du bureau des carrières et du développement professionnel a reçu délégation, de la directrice de la protection judiciaire de la jeunesse, pour signer au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, tous actes, arrêtés et décisions à l'exclusion des décrets, " dans les limites de ses attributions " qui incluent, eu égard à l'article 32 du décret du 30 décembre 2019 relatif à l'organisation du secrétariat général et des directions du ministère de la justice, la politique de recrutement et de formation des personnels de la protection judiciaire de la jeunesse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Contrairement à ce que fait valoir M. A B, la décision du 26 avril 2021 procédant au retrait de sa nomination en qualité d'éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse stagiaire à compter du 1er mars 2021, qui cite le 3° de l'article 5 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, et qui fait notamment état de ce que, postérieurement à la date de la décision de nomination, il a été porté à la connaissance des services du ministère de la justice, lors d'une seconde vérification, que le bulletin n° 2 de son casier judiciaire mentionnait l'existence d'une condamnation pénale prononcée à son encontre en 2020 à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis assortie d'un sursis probatoire d'une durée de deux ans en raison de faits de violences conjugales, comporte l'énoncé des motifs de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Cette décision de retrait satisfait donc aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

6. Aux termes de l'article 5 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Sous réserve des dispositions de l'article 5 bis, Nul ne peut avoir la qualité de fonctionnaire : () / 3° Le cas échéant, si les mentions portées au bulletin n° 2 de son casier judiciaire sont incompatibles avec l'exercice des fonctions ". L'autorité administrative peut se fonder sur ces dispositions pour refuser de nommer ou titulariser un agent public. Le juge contrôle si les faits à raison desquels l'intéressé a encouru les condamnations inscrites au bulletin n° 2 de son casier judiciaire sont incompatibles avec l'exercice des fonctions auxquelles il postule.

7. Aux termes de l'article 3 du décret du 30 janvier 2019 portant statut particulier du corps des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse : " Les éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse concourent à la préparation et à la mise en œuvre des décisions civiles et pénales prononcées par les juridictions à l'égard des mineurs et des jeunes majeurs. / Ils conduisent des mesures d'investigation, des évaluations, des actions éducatives et d'insertion auprès des mineurs délinquants ou en danger et des jeunes majeurs faisant l'objet d'une décision judiciaire. / Ils participent à l'organisation et à la mise en œuvre d'actions de prévention auprès des mineurs et des jeunes majeurs. Ils assurent l'accueil des mineurs et de leurs familles. / Ils contribuent à l'élaboration du projet individuel du mineur en vue de favoriser son évolution, son insertion et de prévenir la réitération de nouvelles infractions. / Ils peuvent, en outre, conduire toutes autres actions concourant à l'insertion scolaire et professionnelle. / Les éducateurs peuvent exercer leurs activités dans l'ensemble des juridictions, organismes, établissements et services du ministère de la justice et, le cas échéant, dans tous les lieux où se déroulent des actions relevant des missions définies au présent article ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, le 3 juin 2020, M. A B a été condamné par le tribunal correctionnel de Guéret à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis assortie d'un sursis probatoire d'une durée de deux ans en raison de faits de violences conjugales sans incapacité commis du 1er mars 2018 au 14 octobre 2019 et suivies d'une incapacité n'excédant pas huit jours commis le 29 octobre 2019, et que cette condamnation était inscrite au bulletin n° 2 de son casier judiciaire lors de sa nomination en qualité d'éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse stagiaire. Eu égard, d'une part, à la nature et à la gravité de ces faits, d'autre part, aux caractéristiques des fonctions exercées par les éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse auprès de mineurs ou de jeunes majeurs délinquants ou en difficulté, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation que le garde des sceaux, ministre de la justice, a estimé que ces mentions étaient incompatibles avec l'exercice de ces fonctions, sans qu'ait à cet égard d'incidence la circonstance que le requérant ait, antérieurement, pu donner satisfaction à la commune de Guéret en qualité d'éducateur territorial des activités physiques et sportives ou que, postérieurement, par un courrier du 12 août 2022, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Guéret lui a indiqué que cette condamnation ne figurait dorénavant plus au bulletin n°2 de son casier judiciaire. Il s'ensuit que le garde des sceaux, ministre de la justice, était fondé, par sa décision du 26 avril 2021, à procéder au retrait de son arrêté du 15 février 2021 par lequel il avait nommé M. A B en qualité d'éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse stagiaire à compter du 1er mars 2021.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par M. A B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

No 2101103

mf

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