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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101111

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101111

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le n° 2101111, par une requête et des pièces enregistrées les 4 et 22 juillet 2021, Mme C D, représentée par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-05-GF du 4 mai 2021 par lequel le maire de la commune du Vigen l'a placée en congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 3 mai au 6 juin 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune du Vigen de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune du Vigen à lui rembourser les retenues effectuées sur son salaire à partir du mois d'avril 2021 ;

4°) à titre subsidiaire, avant dire droit, d'ordonner une expertise médicale ;

5°) de mettre à la charge de la commune du Vigen une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 4 mai 2021 du maire de la commune du Vigen est insuffisamment motivé en droit et en fait et est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 19 mai 2022, 9 juin 2023 et 13 juin 2023, la commune du Vigen, représentée par Me Martin, conclut au non-lieu à statuer sur la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

II. Sous le n° 2101402, par une requête et des pièces enregistrées les 5 et 9 septembre 2021, Mme C D, représentée par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés n° 2021-03-GF et n° 2021-04-GF des 8 et 30 mars 2021 par lesquels le maire de la commune du Vigen l'a placée en congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 1er au 28 mars 2021 et du 29 mars au 2 mai 2021, ainsi que la décision portant rejet implicite du recours gracieux qu'elle a formé par un courrier du 4 mai 2021 à l'encontre de ces deux arrêtés ;

2°) d'enjoindre à la commune du Vigen de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune du Vigen à lui rembourser les retenues effectuées sur son salaire à partir du mois d'avril 2021 ;

4°) à titre subsidiaire, avant dire droit, d'ordonner une expertise médicale ;

5°) de mettre à la charge de la commune du Vigen une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les arrêtés des 8 et 30 mars 2020 du maire de la commune du Vigen sont insuffisamment motivés en droit et en fait et sont entachés d'une erreur d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 19 mai 2022, 9 juin 2023 et 13 juin 2023, la commune du Vigen, représentée par Me Martin, conclut au non-lieu à statuer sur la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me Faré, substituant Me Dounies, pour Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Adjoint administratif principal de 2ème classe à la commune du Vigen, Mme C D a été victime, le 13 avril 2018, d'un premier accident de service lui occasionnant un traumatisme au genou droit et, le 10 février 2020, d'un second accident de service à l'origine d'un traumatisme au coude droit. A la suite, notamment, d'un rapport d'expertise établi le 29 décembre 2020 dans lequel le docteur B, chirurgien orthopédique et traumatologique, a estimé que l'état du genou droit en lien avec le premier accident de service était consolidé sans séquelle au 13 août 2018 et que l'état du coude droit en lien avec le second accident de service était consolidé avec une IPP de 3 % au 10 août 2020, le maire de la commune du Vigen, par des arrêtés n° 2021-03-GF, n° 2021-04-GF et n° 2021-05-GF des 8 mars, 30 mars et 4 mai 2021, a respectivement placé l'intéressée, qui s'était vu prescrire par son médecin traitant pour ces périodes des certificats médicaux de prolongation d'arrêts de travail, en congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 1er au 28 mars 2021, du 29 mars au 2 mai 2021 et du 3 mai au 6 juin 2021. Par deux requêtes enregistrées sous les nos 2101111 et 2101402, qu'il y a lieu de joindre, Mme D demande au tribunal d'annuler ces trois arrêtés ainsi que la décision portant rejet implicite du recours gracieux qu'elle a formé contre les arrêtés des 8 et 30 mars 2021. Elle demande aussi au tribunal de condamner la commune du Vigen " à lui rembourser les retenues effectuées sur son salaire à partir du mois d'avril 2021 ".

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le non-lieu à statuer :

2. En premier lieu, si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté n° 2021-23-GF du 6 août 2021 produit en défense a procédé au retrait non pas de l'arrêté en litige n° 2021-03-GF du 8 mars 2021 par lequel Mme D a été placée en congé de maladie ordinaire à demi-traitement pour la période du 1er au 28 mars 2021 mais d'un autre arrêté n° 2021-01-GF du 8 mars 2021 plaçant l'intéressée en congé de maladie ordinaire pour une autre période du 13 août 2018 au 28 juillet 2019. Par suite, à supposer que la commune du Vigen ait entendu faire valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté n° 2021-03-GF du 8 mars 2021 au motif que cet acte aurait été retiré par l'arrêté n° 2021-23-GF du 6 août 2021, cette exception de non-lieu doit être écartée.

4. En second lieu, pour l'application des règles relatives au retrait des actes administratifs, doit être assimilée à une décision explicite accordant un avantage financier celle qui, sans avoir été formalisée, est révélée par des agissements ultérieurs ayant pour objet d'en assurer l'exécution. L'existence d'une décision de cette nature peut par exemple, en fonction des circonstances de chaque espèce, être manifestée par le versement à l'intéressé des sommes correspondantes, telles qu'elles apparaissent sur son bulletin de paye.

5. Contrairement à ce que fait valoir la commune du Vigen, les diverses sommes qui sont mentionnées sur les bulletins de paie produits pour la période de mars à août 2021, ainsi que les seules explications données dans son mémoire en défense, ne sont pas de nature à démontrer que Mme D a effectivement été rétablie dans son plein traitement au titre des périodes en litige. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu opposée en défense, selon laquelle les sommes versées à l'intéressée mentionnées sur ces bulletins de paie traduiraient un retrait des arrêtés litigieux, doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité des arrêtés en litige :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision plaçant un agent en congé de maladie ordinaire à demi-traitement ou sans traitement, qui refuse dès lors un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, constitue une décision qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

7. Les arrêtés des 8 mars, 30 mars et 4 mai 2021, qui visent les textes dont il a été fait application, et notamment l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, rappellent les jours au titre desquels Mme D avait déjà bénéficié d'un congé de maladie ordinaire non imputable au service à plein traitement puis à demi-traitement et fait mention des certificats médicaux du médecin traitant prescrivant les arrêts de travail pour les périodes litigieuses. Alors que ces arrêtés s'inscrivaient dans les suites d'une série d'arrêtés plaçant Mme D en congé de maladie ordinaire non imputable au service à plein traitement puis à demi-traitement, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait expressément saisi la commune du Vigen d'une demande de reconnaissance d'imputabilité au service des arrêts de travail en cause, ces arrêtés n'avaient pas à rappeler les raisons pour lesquelles un lien entre ces arrêts de travail et les accidents de service survenus les 13 avril 2018 et 10 février 2020 n'était pas retenu. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des arrêtés des 8 mars, 30 mars et 4 mai 2021 du maire de la commune du Vigen doit être écarté.

7. En second lieu, selon l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

8. Lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice des dispositions précitées du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 est subordonné non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions.

9. Il ressort des pièces du dossier que les certificats médicaux du médecin traitant de Mme D prescrivant une prolongation des arrêts de travail que ce médecin traitant impute à l'accident de service survenu le 13 avril 2018, mentionnent comme motifs de cette prolongation la suite d'un traumatisme au niveau du genou droit avec persistance de douleurs avec impotence fonctionnelle et limitation de la flexion à 90°. Cependant, dans ses conclusions administratives établies le 29 décembre 2020, le docteur B, expert sollicité par la commune du Vigen, a expressément indiqué que l'état du genou droit résultant de l'accident de service du 13 avril 2018 était consolidé sans IPP, donc sans séquelle, au 13 août 2018, et que les arrêts de travail prescrits à compter de cette date à Mme D, qui avait antérieurement subi pour ce même genou droit en 2012 une méniscectomie partielle, n'étaient pas liés à l'accident de service survenu le 13 avril 2018 car " la symptomatologie [était] causée par [une] gonarthrose avec méniscopathie dégénérative associée et non par l'accident du travail ". En outre, ni le certificat médical du 8 avril 2021, dans lequel le médecin traitant de Mme D se contente, s'agissant du traumatisme au genou droit, à rappeler qu'un médecin orthopédiste de la clinique Chénieux à Limoges a préconisé un examen par rayon X du genou, ni le compte rendu d'examen médical du 17 mars 2021 du docteur A, médecin généraliste, qui rappelle notamment, s'agissant de l'état antérieur, qu' " en octobre 2020 une IRM du genou droit retrouvait les traces de la menistectomie interne ainsi qu'une gonarthrose femoro tibiale interne marquée " et qui conclut sans aucune explication ou précision quant à une éventuelle imputabilité au service que " l'arrêt de travail est justifié et peut être prolongé pour la problématique du genou ", ne permettent de contredire sérieusement l'appréciation portée par cet expert et ainsi de démontrer que les arrêts de travail prescrits par le médecin traitant seraient liés de manière directe et certaine à l'accident de service survenu le 13 avril 2018 et non à l'état pathologique antérieur du genou droit. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il existerait un tel lien direct et certain entre ces arrêts de travail et l'accident de service survenu le 10 février 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que, par ses arrêtés des 8 mars, 30 mars et 4 mai 2021, le maire de la commune du Vigen a fait une inexacte application des dispositions du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 en plaçant Mme D en congé de maladie ordinaire à demi-traitement doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés des 8 mars, 30 mars et 4 mai 2021 du maire de la commune du Vigen.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

11. Si Mme D demande au tribunal, d'ailleurs sans chiffrer ses conclusions, de condamner la commune du Vigen à lui rembourser " les retenues sur salaire effectuées à partir du mois d'avril 2021 ", elle ne précise ni quelles retenues elle entend effectivement contester dans leur principe ou dans leur étendue ni en quoi ces retenues auraient été infondées. Par suite, et alors également que l'intéressée n'établit pas l'existence d'un lien direct et certain entre les arrêts de travail en litige et les accidents de service dont elle a été victime, ces conclusions aux fins d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Vigen sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la commune du Vigen.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

No 2101111,210140mf

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