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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101137

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101137

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2021, Mme B C épouse D, représentée par Me Douniès, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel la préfète de la Creuse a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Creuse, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de sursoir à statuer et poser à la Cour de justice de l'Union européenne la question préjudicielle suivante :

- quel est, pour un étranger ressortissant d'un pays tiers en situation irrégulière qui a la qualité de " membre de la famille " devant faire l'objet d'une décision de retour, le contenu du droit reconnu à " tous les citoyens de l'Union de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres " qui " devrait, pour qu'il puisse s'exercer dans des conditions objectives de liberté et de dignité, être également accordé aux membres de leur famille quelle que soit leur nationalité " tel que défini par l'article 5 de la directive 2004/38 '

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les considérants 5 et 6 de la directive 2004/38 ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés respectivement le 7 septembre 2021 et le 6 février 2024, le préfet de la Creuse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

2. La décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment le visa des articles L. 423-2, L. 432-13, L. 435-1 et L. 425-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle comporte les éléments relatifs à la situation personnelle de Mme C au regard de sa situation familiale et notamment de son mariage avec un ressortissant français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, dès lors que ces dernières ont été intégralement transposées en droit interne et qu'elle ne fait valoir aucune insuffisance dans cette transposition.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme C, ressortissante marocaine née en 1976 à Meknès, est entrée régulièrement en France le 4 juin 2015. Toutefois, la seule production d'une ordonnance établie par un praticien du centre hospitalier de Rumilly, le 13 décembre 2016, et d'une attestation de l'organisme C'Faire du 26 juin 2017 justifiant de cours de français n'est pas de nature à prouver que la requérante résidait en France avant 2020, année à compter de laquelle cette dernière produit un ensemble d'attestations au demeurant très peu circonstanciées. Elle s'est mariée, le 18 décembre 2020, avec un ressortissant français et n'a pas d'enfant. La requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'elle vivait maritalement avec son conjoint et la fille de celui-ci avant la date de son mariage. Dans ces conditions, à la date de la décision attaquée, le 6 mai 2021, la durée de la vie commune était inférieure à six mois. En outre, elle n'établit pas entretenir des relations personnelles et familiales d'une particulière intensité en France. Elle ne prouve ni même n'allègue qu'elle serait isolée au Maroc où elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Par suite, en refusant de délivrer à Mme C le titre de séjour demandé, la préfète de la Creuse n'a pas porté, à la date de sa décision, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la préfète de la Creuse a commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de sursoir à statuer en posant à la Cour de justice de l'Union européenne une question préjudicielle, que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D et au préfet de la Creuse.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Creuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef

A. BLANCHON

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