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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101165

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101165

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 13 juillet 2021 et le 18 mai 2022, Mme B C épouse D, représentée par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé d'admettre son époux, M. D, au bénéfice du regroupement familial ;

2°) de lui accorder le bénéfice du regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- ses revenus sont suffisants sur les douze derniers mois précédant sa demande dès lors qu'elle a perçu au cours de l'année 2019 la somme de 1 570 euros nets par mois, le minimum exigé étant de 1 219 euros par mois ; sur l'année 2020, elle a perçu la somme de 1 404 euros mensuels ; par ailleurs, contrairement à ce que le préfet indique, une communauté de vie a existé entre elle et son époux avant le mariage ; le couple justifie d'une communauté de vie et d'un attachement certain qui perdure à ce jour.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 19 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans () ". Aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; - cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; - cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ". Aux termes de l'article R. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " A l'appui de sa demande de regroupement, le ressortissant étranger présente les copies intégrales des pièces énumérées au 1° et joint les copies des pièces énumérées aux 2° à 4° des pièces suivantes : () 3° Les justificatifs des ressources du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint, tels que le contrat de travail dont il est titulaire ou, à défaut, une attestation d'activité de son employeur, les bulletins de paie afférents à la période des douze mois précédant le dépôt de sa demande, ainsi que le dernier avis d'imposition sur le revenu en sa possession, dès lors que sa durée de présence en France lui permet de produire un tel document, et sa dernière déclaration de revenus. La preuve des revenus non salariaux est établie par tous moyens () ".

2. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. En outre, en application du décret du 19 décembre 2018 portant relèvement du salaire minimum de croissance, le montant mensuel brut du salaire minimum interprofessionnel de croissance était de 1 521,22 euros pour l'année 2019, porté à 1 539,42 euros mensuels à compter du 1er janvier 2020 par le décret du 18 décembre 2019 portant relèvement du salaire minimum de croissance.

3. La décision de refus en litige est fondée sur le motif selon lequel la moyenne mensuelle des revenus de la requérante, sur les douze mois précédant sa demande, est inférieure au minimum exigé par les dispositions précitées. La demande ayant été présentée le 30 juin 2020, et mentionnant deux enfants, les ressources de la requérante doivent être appréciées entre les mois de juin 2019 à mai 2020, au regard des montants mensuels bruts du salaire minimum interprofessionnel de croissance applicables en 2019 et 2020, majorés d'un dixième s'agissant d'une famille d'au moins quatre membres. Mme D fait valoir que le préfet de la Haute-Vienne aurait porté une appréciation erronée sur le montant de ses ressources. Toutefois, d'une part, si elle soutient sur ce point qu'elle a travaillé toute l'année 2019, et a perçu au cours de cette année la somme de 1 570,58 nets par mois, cette période ne correspond pas dans son intégralité à celle que le préfet de la Haute-Vienne devait prendre en considération pour apprécier ses ressources au vu de la date de dépôt de sa demande, et la requérante, en produisant un unique avis d'impôt pour la période correspondant à l'année 2019, ne permet pas d'apprécier le montant de ses revenus au cours des mois de juin à décembre 2019, une estimation d'un revenu mensuel par proratisation ne pouvant être réalisée à partir de ce seul document dès lors que l'enquête relative aux ressources de la requérante produite en défense mentionne une absence de ressources aux mois d'août à octobre 2019 et qu'il n'est pas fait état de revenus de remplacement au cours de cette période. D'autre part, si elle soutient qu'à la suite d'une période de chômage au cours de l'année 2020, elle a perçu des allocations à hauteur de 4 413,23 euros nets, ainsi qu'une somme de 17 242,16 euros bruts au titre de salaires, elle se borne à produire pour la période pertinente au titre de l'examen de sa demande une attestation de pôle emploi faisant état d'une indemnisation correspondant à 97 jours pour la période du 25 février 2020 au 31 mai 2020, soit un montant brut de 3 881 euros, les fiches de paie produites par ailleurs étant postérieures au mois de mai 2020 et ne pouvant dès lors être prises en considération. Dans ces conditions, la requérante ne démontre pas, en l'état des éléments produits au soutien de sa requête, que le préfet de la Haute-Vienne aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en rejetant sa demande de regroupement familial au motif qu'elle ne disposait pas de ressources suffisantes et stables pour subvenir aux besoins de sa famille. Enfin, si la requérante soutient qu'elle justifie d'une communauté de vie et d'un attachement certain qui perdure avec son époux, cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation de la condition tenant à ses ressources et Mme D ne soulève pas à l'appui de sa requête un moyen tiré de ce que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que ses ressources étaient insuffisantes doit être écarté.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de la décision du 25 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé d'admettre son époux au bénéfice du regroupement familial doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence et sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, ses conclusions tendant à ce que le bénéfice du regroupement familial lui soit accordé. Par suite, la requête de Mme D doit être rejetée dans son ensemble, y compris ses conclusions tendant au remboursement des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C épouse D est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D, à Me Karakus et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. A

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