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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101187

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101187

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2021, Mme C B, représentée par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de prendre une décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, lequel a renoncé à l'indemnité de l'aide juridictionnelle, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'une erreur de droit, le préfet n'ayant pas exercé son entier pouvoir d'appréciation en s'estimant lié par l'insuffisance de ses ressources ;

- porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne née en 1976, est entrée en France en 2008 afin d'y solliciter l'asile. A la suite de son mariage avec un compatriote dont a elle depuis divorcé, elle a été mise en possession d'un titre de séjour " vie privée et familiale " en 2010, régulièrement renouvelé depuis. Le 30 octobre 2020, elle a sollicité la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par une décision du 17 mars 2021 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a opposé un refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 314-8 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Une carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : / 1° D'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre de l'une des cartes de séjour temporaires ou pluriannuelles ou de l'une des cartes de résident prévues au présent code () / 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ". L'article R. 314-1-1 du même code dispose : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8-1 ou L. 314-8-2 en présentant () les pièces suivantes : () / 2° La justification qu'il dispose de ressources propres, stables et régulières, suffisant à son entretien, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées au 2° de l'article L. 314-8, appréciées sur la période des cinq années précédant sa demande, par référence au montant du salaire minimum de croissance ; lorsque les ressources du demandeur ne sont pas suffisantes ou ne sont pas stables et régulières pour la période des cinq années précédant la demande, une décision favorable peut être prise, soit si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, soit en tenant compte de l'évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de carte de résident sur le fondement des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger ne justifierait pas remplir les conditions requises notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale.

4. En premier lieu, pour refuser de délivrer à Mme B le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé sur l'absence de ressources suffisantes déclarées par l'intéressée au titre de l'année 2019 avec un revenu fiscal de 230 euros. Si la requérante, mère d'un enfant né en 2002, justifie d'une résidence régulière sur le territoire de plus de cinq ans, en revanche elle n'atteste de revenus suffisants que pour la seule année 2020 au titre de deux contrats de travail, l'un à durée indéterminée conclut le 1er août 2020 et l'autre à durée déterminé en remplacement d'un salarié absent. Si elle soutient avoir suivi des formations et accepté des contrats à temps partiels, elle n'établit pas pour les quatre années précédentes l'existence de ressources. L'intéressée ne dispose dès lors pas de ressources suffisantes, stables et régulières au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, la circonstance que le préfet s'est borné à indiquer ce motif de refus dans sa décision ne permet pas de le regarder comme s'étant cru à tort en situation de compétence liée ou comme n'ayant pas procédé à l'examen de la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit sera écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Le refus de délivrance du titre de séjour de résident de longue durée, qui n'a pas fait obstacle à la délivrance à Mme B d'une carte de séjour pluriannuel valable jusqu'au 16 mars 2023 n'emporte, par lui-même, aucune conséquence sur le droit au séjour de l'intéressée et ne porte pas atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui ne saurait être regardé comme imposant à un Etat de délivrer un type particulier de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation la décision du 17 mars 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Marty et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

D. ARTUS

La greffière d'audience,

M. FAURE

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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