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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101195

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101195

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDUPONTEIL VALÉRIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021, M. C B, représenté par Me Duponteil, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la production de l'entier dossier par le préfet de la Haute-Vienne ;

2°) d'annuler la décision du 5 mars 2021 en tant que le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de 10 ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, de lui délivrer une carte de résident de 10 ans dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 décembre 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à la production du dossier :

1. Il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe qu'il incomberait au tribunal d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de produire l'entier dossier de M. B. En tout état de cause, dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, il n'apparaît pas nécessaire d'ordonner la communication du dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment le visa de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. En outre, elle comporte les éléments relatifs à la situation personnelle de M. B au regard de sa professionnelle et de ses ressources propres. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. ".

5. M. B fait valoir qu'il remplissait les conditions requises par les dispositions précitées pour bénéficier d'une carte de résident de dix ans. S'il justifie d'une résidence ininterrompue en France de trois années, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. B était sans emploi depuis le 13 mars 2020 et que ses seules ressources provenaient de la perception de l'allocation d'aide au retour à l'emploi d'un montant brut journalier de 34,06 euros. Il a ainsi perçu 810,75 euros le 10 novembre 2020, 972,90 euros le 1er décembre 2020, 1005,33 euros les 4 janvier 2021 et 1er février 2021 et 908,04 euros le 2 mars 2021. A la date du 23 mars 2021, il ne disposait plus que d'un droit à 63 euros d'allocations journalières. Ainsi, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas commis d'erreur de fait en estimant que l'intéressé ne disposait pas de moyens d'existence suffisants pour bénéficier d'un certificat de résidence de dix ans. Pour les mêmes motifs, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 5 mars 2021 en tant que le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de 10 ans doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Duponteil et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef

A. BLANCHON

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