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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101206

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101206

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantROUILLE-MIRZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2021, Mme B C, représentée par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour née du silence gardé par le préfet de l'Indre la suite de sa demande de titre de séjour pour soins formée le 22 octobre 2019, réitérée le 9 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Indre de lui délivrer un titre de séjour mention " étranger malade ", dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient qu'elle est éligible à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet se contente de renouveler ses autorisations provisoires de séjour ; elle souffre du VIH et dispose d'un traitement quotidien et d'un suivi spécialisé ; il ne fait aucun doute que l'absence de traitement aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, menaçant directement sa vie ; la délivrance d'un titre de séjour est de plein droit dans cette hypothèse.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2022, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Il soutient que la situation de Mme C a fait l'objet d'un examen attentif ; Mme C a déposé une demande de titre de séjour pour raison de santé, mais son dossier a été clôturé pour " non-conformité " le 17 décembre 2019 ; Mme C a, à nouveau, déposé une demande de titre de séjour le 9 janvier 2020 ; l'Ofii a émis un avis le 3 juin 2020 selon lequel l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié et voyager sans risque ; sa situation ne relève pas de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la demande est sans fondement dès lors que l'intéressée a bénéficié d'autorisations provisoires afin de se maintenir sur le territoire compte tenu de sa situation familiale.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante russe née en 1987, est entrée sur le territoire français au mois de juillet 2019 selon ses indications. Sa demande d'asile a été rejetée le 13 février 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 2 novembre 2020 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 22 octobre 2019, Mme C avait présenté une demande de titre de séjour en raison de son état de santé, qui a été clôturée le 17 décembre 2019 en raison de l'absence de réception d'un certificat médical conforme. Le 9 janvier 2020, Mme C a réitéré sa demande de titre de séjour sur le même fondement. Mme C s'est vu délivrer plusieurs autorisations provisoires de séjour au cours de l'année 2021. Le silence gardé sur sa demande de titre de séjour a fait naître une décision implicite de rejet dont Mme C doit être regardée comme sollicitant l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date à laquelle une décision implicite est née du silence gardé par l'administration sur la demande présentée le 9 janvier 2020 par Mme C : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Ofii venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Par un avis du 3 juin 2020, le collège des médecins de l'Ofii a estimé que si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait effectivement bénéficier du traitement approprié dans le pays dont elle est originaire. Mme C, qui a levé le secret médical, produit plusieurs certificats médicaux dont il résulte qu'elle est atteinte d'une séropositivité au VIH. Si ces éléments confirment que l'état de santé de la requérante nécessite des soins dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle ne présente aucun document qui établirait qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont elle est originaire. Le moyen tiré d'une violation du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C dirigées contre la décision implicite par laquelle le préfet de l'Indre a rejeté sa demande de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Rouillé-Mirza, et au préfet de l'Indre.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère.

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière d'audience,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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