jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101223 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2021, M. A D, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juin 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement au centre pénitentiaire de Châteauroux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ; il n'est en effet pas justifié que son signataire disposait d'une délégation à cette fin du ministre de la justice, seule autorité compétente lorsque l'isolement dépasse un an ;
- elle est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne précise pas le prénom et le nom de son signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale, dès lors, d'une part, qu'elle n'a pas été prise au vu du rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires, exigé en cas de prolongation de l'isolement au-delà d'une durée d'un an et, d'autre part, que ce rapport ne lui a pas été communiqué préalablement au débat contradictoire ;
- les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'il n'a pas été informé de la possibilité d'être assisté par un avocat lors de la procédure contradictoire ni de celle de pouvoir présenter ses observations écrites ou orales ; il n'a pas bénéficié d'un délai suffisant pour que des observations écrites ou orales soient jointes au dossier transmis par le chef d'établissement au directeur interrégional des services pénitentiaires ;
- la décision qui se borne à mentionner des faits est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît les articles R. 57-7-66, R. 57-7-67, R. 57-7-68 et R. 57-7-74 du code de procédure pénale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'administration n'a apporté aucun élément circonstancié et actualisé justifiant de la nécessité de prolonger de trois mois supplémentaires la mesure d'isolement ; par ailleurs, elle n'explicite pas en quoi le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement ; l'avis du médecin du 18 juin 2021 indique que son état de santé somatique est compatible avec une " mise à l'isolement ".
Par un mémoire en défense enregistré 18 décembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. En premier lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. () ".
2. Il ressort des pièces du dossier, d'une part que M. D est placé à l'isolement depuis plus d'un an et, d'autre part, que la décision attaquée a été prise par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon. Par un arrêté du 25 juin 2021, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 28 juin 2021, le ministre de la justice a donné délégation à Mme E C, directrice des services pénitentiaires hors classe, cheffe du pôle isolement et signataire de la décision contestée, à l'effet de signer l'ensemble des actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite de ses attributions, actes au nombre desquels figure la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".
4. La décision attaquée est signée, comme elle le mentionne en caractères lisibles, par P. C, DSP au bureau SP2. Si le nom patronymique de cette dernière est précédé de la seule initiale de son prénom, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que son auteur peut être identifié sans ambiguïté. En outre, le requérant qui, dans ses écritures indique seulement que rien ne permet de s'assurer que la personne ayant signé la décision disposait des pouvoirs pour le faire, ne peut être regardé comme contestant sérieusement la qualité de Mme C. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale alors en vigueur : " () Le chef d'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du ministre de la justice () ". Aux termes de l'article R. 57-7-68 du même code alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. /La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional saisi par le chef d'établissement selon les modalités de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale () ".
6. D'une part, le garde des sceaux, ministre de la justice produit en défense le rapport du directeur interrégional des services pénitentiaires du 28 juin 2021. D'autre part, aucune disposition n'impose que ce rapport soit communiqué à l'intéressé. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. / Si la personne détenue ne comprend pas la langue française, les informations sont présentées par l'intermédiaire d'un interprète désigné par le chef d'établissement. Il en est de même de ses observations, si elle n'est pas en mesure de s'exprimer en langue française. / Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du document intitulé " mise en œuvre de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration " que M. D a été informé de ce que la prolongation de la mesure d'isolement dont il faisait l'objet était envisagée, ainsi que des motifs de cette prolongation. L'accusé de réception de cette mesure d'information mentionne qu'elle lui a été remise le 21 juin 2021 à 10 heures 50, que le requérant a sollicité la présence d'un avocat et qu'il a souhaité présenter des observations orales. Une mention apposée sur l'accusé de réception indique que l'intéressé a reçu notification de cette mesure et qu'il a refusé d'y apposer sa signature. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'un document informant l'avocat désigné par le requérant de la mesure envisagée, précisant ses motifs, a été transmis à ce dernier le 21 juin 2021 à 12 heures 51 par télécopie. De plus, l'administration pénitentiaire produit un accusé de réception du dossier portant reconnaissance de la réception d'une copie de la procédure d'isolement le 21 juin 2021 à 11 heures et sur lequel est mentionné " Refuse de signer " et, le 21 juin 2021 à 11 heures 40, le requérant a été informé que l'audience se tiendrait le 25 juin 2021 à 11 heures et la notification porte aussi la mention " Refuse de signer ". Ces mentions font foi jusqu'à preuve contraire. Enfin, le rapport du directeur interrégional des services pénitentiaires reprend les observations orales du requérant lors de l'audience qui s'est tenue le 25 juin 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance des droits de la défense protégés par les dispositions précitées doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
10. En l'espèce, la décision en litige vise les articles R. 57-7-64 et R. 57-7-73 et suivants du code de procédure pénale. Elle mentionne également les faits sur lesquels le garde des sceaux, ministre de la justice, s'est fondé pour prononcer la prolongation de la mise à l'isolement et notamment que M. D est écroué depuis le 14 février 2013, qu'il a été condamné le 12 décembre 2015 par la cour d'assises de l'Isère pour des faits d'assassinat, comme le confirme d'ailleurs la fiche pénale produite en défense, qu'il a été aussi condamné à plusieurs peines correctionnelles pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion, violence aggravée, destruction de bien d'autrui, recel de bien provenant d'un délit et menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique. Elle mentionne aussi que son parcours carcéral est émaillé d'incidents disciplinaires, en refusant de réintégrer sa cellule, en proférant des menaces et des insultes à l'encontre des personnels de surveillance, en détenant des objets prohibés tels que des téléphones portables, un chargeur et des armes artisanales, qu'il a été replacé à l'isolement le 31 août 2020 suite à des menaces de prise d'otage, que le 21 novembre 2020 il a refusé de réintégrer sa cellule, que le 14 décembre 2020 il a insulté un personnel pénitentiaire, que de manière répétée les 27 août 2020, 6 septembre 2020, 13 décembre 2020 et 14 décembre 2020 il a bouché l'œilleton de sa cellule. Le rapport du directeur interrégional des services pénitentiaires fait état d'un comportement que le requérant ne parvient pas à stabiliser durant une période significative en 2020. Elle mentionne enfin que les rapports d'observation des 13 janvier 2021, 27 janvier 2021 et 4 avril 2021 démontrent que M. D s'emporte rapidement et provoque des altercations et que lors de l'audience avec le chef de détention, le requérant a confirmé préférer rester au quartier d'isolement en attendant son transfert. Ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, la décision se fonde sur des évènements factuels récents. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision doit être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes des dispositions des articles R. 57-7-66 à R. 57-6-68 du code de procédure pénale alors en vigueur, la durée de chaque de placement à l'isolement ne peut excéder trois mois. Aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-69 de ce code alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue faisant l'objet d'une mesure d'isolement d'office est transférée, le placement à l'isolement est maintenu provisoirement à l'arrivée de la personne détenue dans le nouvel établissement. / A l'issue d'un délai de quinze jours, si aucune décision d'isolement n'a été prise, il est mis fin à l'isolement. / Si la période restant à courir est inférieure à quinze jours, la mesure d'isolement prend fin à la date prévue dans la décision initiale ou de prolongation. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-74 du même code alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue a déjà été placée à l'isolement et si cette mesure a fait l'objet d'une interruption inférieure à un an, la durée de l'isolement antérieur s'impute sur la durée de la nouvelle mesure. / Si l'interruption est supérieure à un an, la nouvelle mesure constitue une décision initiale de placement à l'isolement qui relève de la compétence du chef d'établissement. ".
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D a été placé à l'isolement du 6 avril 2020 au 6 juillet 2020 puis à compter du 31 août 2020 jusqu'au 28 mai 2021. En vertu des dispositions de l'article R. 57-7-69 du code de procédure pénale alors en vigueur, le transfert du requérant à la maison d'arrêt d'Auxerre le 12 mai 2021 a eu pour effet de permettre son maintien à l'isolement pour une durée de seulement quinze jours à compter de son transfert, qui s'achevait le 27 mai 2021. Ainsi, la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires du 26 mai 2021 prolongeant la mise à l'isolement pour une nouvelle période de deux jours, précédent la décision du 28 mai 2021 prolongeant pour une nouvelle période de trois mois, a été prise dans le délai requis de quinze jours. Ensuite, le requérant a de nouveau fait l'objet d'un transfert le 17 juin 2021 au centre pénitentiaire de Châteauroux, ce qui a eu pour effet de permettre le maintien de son placement à l'isolement pour une nouvelle durée de quinze jours jusqu'au 1er juillet 2021. Par conséquent, la nouvelle décision de prolongation du placement à l'isolement de M. D le 1er juillet 2021 a été prise dans le délai imparti. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été maintenu dans cette position d'isolement en l'absence de toute décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance et de l'article R. 57-7-66 à R. 57-6-68 et R. 57-7-74 du code de procédure pénale doit être écarté.
13. En dernier lieu, eu égard aux faits ayant conduit à la décision attaquée de maintenir M. D à l'isolement pour une nouvelle période de trois mois à compter du 1er juillet 2021 décrits au point 10 du présent jugement, et sans que le requérant puisse se prévaloir de l'éloignement de sa famille, qu'au demeurant il ne démontre pas, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 29 juin 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement au centre pénitentiaire de Châteauroux doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. D est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef
A. BLANCHON
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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01/06/2026
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