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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101245

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101245

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2021, par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour tendant à un changement de statut ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande, alors qu'elle relevait des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain, et que les motifs de refus qui lui sont opposés ne sont pas prévus par ces stipulations ;

- c'est au prix d'une erreur de fait que le préfet indique qu'il n'a pas respecté des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son frère réside en France et il dispose donc de liens privés et familiaux sur le territoire ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préambule de la Constitution de 1946 et l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile garantissant le droit à une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés à l'appui de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1978, est entré sur le territoire français le 15 juillet 2019 muni d'un visa valable du 8 juillet 2019 au 6 octobre 2019. Il s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable du 2 septembre 2019 au 1er septembre 2022. Par un courrier du 21 décembre 2020, il a sollicité un changement de statut et le bénéfice d'un titre de séjour mention " salarié ". Par une décision du 24 juin 2021, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de changement de statut. M. B sollicite l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas de l'article 1er du présent accord, reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention salarié () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'accord franco-marocain renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans (). / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an () ".

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour mention " salarié " dont il était saisi, le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 421-34 du même code et a relevé que malgré un avis favorable émis par la plateforme de la main d'œuvre étrangère le 19 mai 2021, le requérant n'avait pas respecté les dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se maintenant pour une durée cumulée de plus de six mois sur le territoire français, si bien qu'il ne pouvait pas solliciter la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Toutefois, la demande présentée par M. B, fondée sur la circonstance que le contrat à durée déterminée dont il était titulaire se transformait en contrat à durée indéterminée, ne relevait pas des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visées par le préfet, et la circonstance que M. B n'ait pas respecté les conditions de délivrance de son titre de séjour mention " travailleur saisonnier " n'était pas au nombre des motifs permettant, à lui seul, à l'autorité compétente de rejeter une demande d'autorisation de travail portant la mention " salarié ". Par suite, en retenant un tel motif, le préfet de la Haute-Vienne, qui ne sollicite aucune substitution de motifs au soutien de ses écritures en défense en se bornant à faire état de ce qu'il ne peut résider en France que pour une période maximale de six mois en application du titre dont il est titulaire, a commis une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 24 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de procéder au changement de statut sollicité par M. B doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 24 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté la demande de titre de séjour par laquelle M. B sollicitait un changement de statut est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tierney-Hancock et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller.

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le greffier en chef,

La Greffière,

M. C

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