lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101248 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GOMOT-PINARD |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2021, sous le numéro n° 2101248, M. B D, représenté par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de rejet du 17 juin 2021 de son recours gracieux formé le 27 avril 2021 contre la décision du 15 avril 2021 par laquelle le préfet de l'Indre lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Indre de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 412-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est en droit d'obtenir l'admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 alinéa 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de ses liens personnels sur le territoire français ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, le préfet de l'Indre conclut rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2021.
II. Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2021, sous le numéro n° 2101249, Mme C E épouse D, représentée par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de rejet du 17 juin 2021 de son recours gracieux formé le 27 avril 2021 contre la décision du 15 avril 2021 par laquelle le préfet de l'Indre lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Indre de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Elle soutient que :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 412-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est en droit d'obtenir l'admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 alinéa 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de ses liens personnels sur le territoire français ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2022, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chambellant, conseiller,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E et M. D, ressortissants canadiens respectivement nés en 1976 et 1981, sont entrés en France les 22 et 27 juillet 2020, dépourvus de visas, avec leurs enfants. Le 1er décembre 2020, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour afin de régulariser leur situation. Par deux décisions du 15 avril 2021, le préfet de l'Indre a rejeté leurs demandes. Le 27 avril 2021, ils ont formé des recours gracieux contre ces décisions de refus. Par une décision du 17 juin 2021, le préfet de l'Indre a confirmé ses décisions et rejeté leurs demandes de titre séjour. Ils sollicitent l'annulation de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes de Mme E et M. D n° 2101248 et n° 2101249 concernent la situation des membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, pour contester les décisions attaquées, les époux D doivent être regardés comme invoquant une erreur de droit tirée de ce que le préfet leur a opposé à tort leur absence de visa long séjour lors de leur entrée sur le territoire national.
4. Aux termes de l'article L. 412-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'étranger est exempté de la production du visa de long séjour mentionné au même article pour la première délivrance des cartes de séjour suivantes : () 2° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue aux articles L. 423-7, L. 423-13, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 ; 6° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " délivrée sur le fondement des articles L. 435-1 ou L. 435-2 () ". Les articles L. 435-1 et L. 435-2 de ce code définissent, pour les personnes qui ne satisfont pas aux conditions fixées par le code pour la délivrance des cartes de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" sur le fondement des articles L. 423-1 à L. 423-23 du même code ou portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 421-3 de ce code et qui sollicitent leur régularisation, un régime d'admission exceptionnelle au séjour en France. Et, les points 37 et 66 de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixent la liste des pièces devant être présentées respectivement à l'appui d'une première demande de titre de séjour fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles ne figure pas le visa de long séjour.
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la délivrance des titres de séjour prévus par l'article L. 412-2 précité et délivrés sur le fondement de l'article L. 435-1 n'est pas conditionnée par la production d'un visa long séjour. Il ressort des pièces du dossier que les requérants doivent être regardés comme ayant sollicité leur admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le préfet de l'Indre a entaché ses décisions d'une erreur de droit en leur opposant le défaut de détention de visa long séjour.
6. Toutefois, le préfet de l'Indre s'est également fondé pour rejeter les demandes des requérants sur un second motif.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
8. Les requérants soutiennent, d'une part, avoir suivi leurs études universitaires sur le territoire national au cours des années 2010 à 2012 et, d'autre part, avoir tissé des liens particuliers avec la France où ils souhaitent désormais s'intégrer professionnellement et y résider depuis leur retour en juillet 2020. Le simple fait de se prévaloir d'une ancienneté de résidence au cours de leurs études et d'un attachement particulier avec le territoire français ne constitue pas en soi un motif exceptionnel ou une considération humanitaire au sens des dispositions précitées. Si Mme E se prévaut en outre d'une promesse d'embauche pour un contrat de travail à durée déterminée et à temps partiel établie par le directeur académique de l'école privée Saint-Michel portant sur un emploi d'intervenant en éducation physique et sportive auprès des élèves du primaire, un tel élément est insuffisant pour établir une particulière insertion professionnelle à la société française. Enfin, les époux D n'établissent pas être démunis d'attaches familiales au Canada pays dont ils ont la nationalité et où ils ont vécu de l'année 2012 à l'année 2020. Dans ces conditions, les intéressés, qui ne justifient d'aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire, ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de l'Indre aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le motif tiré du défaut de détention d'un visa long séjour est entaché d'erreur de droit. Toutefois, le préfet de l'Indre s'est également fondé, pour rejeter les demandes des requérants sur le motif tiré de l'absence d'atteinte disproportionnée à leur situation personnelle et familiale et de ce que leur situation de ne caractérisait pas de considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Il résulte de l'instruction que le préfet de l'Indre aurait pris les mêmes décisions s'il s'était fondé seulement sur ce second motif.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
11. Si les requérants invoquent la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils n'ont toutefois formulé aucune demande de titre de séjour sur ce fondement. Par suite, ce moyen est inopérant. En tout état de cause, les requérants soutiennent, d'une part, avoir vécu en France de 2010 à 2012 et qu'au cours de cette période ils ont obtenu leurs diplômes universitaires de grade master pour Mme E et de grade doctorat pour M. D et qu'ils ont depuis lors souhaité y fixer le centre de leurs intérêts personnels et familiaux. Toutefois, et ainsi qu'il l'a été dit au point 8, les pièces versées au dossier sont insuffisantes pour établir la réalité de leur intégration sur le territoire national dès lors qu'ils ne justifient d'aucune intégration personnelle ou familiale particulière, hormis la scolarité de leurs enfants depuis leur retour en France en juillet 2020. Par ailleurs, la circonstance que Mme E bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité d'intervenante en éducation physique et sportive, laquelle ne correspond pas aux études qu'elle a menées, n'est pas de nature à caractériser une intégration sociale ou professionnelle particulière de l'intéressée au sein de la société française. Dans ces conditions et nonobstant la présence en France de leurs trois enfants, les décisions leur refusant la délivrance d'un titre de séjour n'ont pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au regard des objectifs poursuivis par cette mesure. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que ces décisions ont méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E et M. D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 17 juin 2021. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: Les requêtes de M. D et Mme E sont rejetées.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B D, Mme C E épouse D, à Me Gomot-Pinard et au préfet de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
La rapporteure,
J. CHAMBELLANT
Le président,
D. ARTUS
La greffière d'audience,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
Nos 2101248, 2101249
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026