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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101251

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101251

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGAFFET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet 2021 et le 3 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Gaffet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 avril 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation et de prendre une décision dans le délai de deux mois.

Elle soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- la directive 2004/38/CE du parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 qui autorise le droit au séjour du membre de la famille d'un ressortissant européen qui déménage ou séjourne dans un autre Etat membre doit s'appliquer par analogie dans l'Etat de nationalité de ce ressortissant ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née en 1964, est entrée en France le 31 décembre 2013 munie d'un visa court séjour. Elle a sollicité à trois reprises la délivrance d'une carte de résident algérien en raison de son état de santé et de ses liens familiaux auxquelles le préfet de la Haute-Vienne a opposé des arrêtés portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi, le dernier en date du 13 octobre 2020. Le 23 mars 2021, elle a de nouveau sollicité la délivrance d'une carte de résident algérien au titre de ses liens privés et familiaux. Par une décision du 30 avril 2021 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a opposé un refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, M. Jérôme Decours, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision contestée, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 6 août 2020, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2020-001 de la même date, " à l'effet de signer les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; () ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " Bénéficiaires 1. La présente directive s'applique à tout citoyen de l'Union qui se rend ou séjourne dans un Etat membre autre que celui dont il a la nationalité, ainsi qu'aux membres de sa famille, tels que définis à l'article 2, point 2), qui l'accompagnent ou le rejoignent. (). ".

4. En application de ces dispositions, un ressortissant français, lorsqu'il réside en France, n'exerce pas un droit qui lui serait ouvert en qualité de citoyen de l'Union européenne au sens et pour l'application de la directive 2004/38/CE transposée par l'article L. 121-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette directive ne s'appliquant qu'aux citoyens de l'Union qui, faisant usage de leur droit de libre circulation, se rendent ou séjournent dans un Etat membre autre que celui dont ils ont la nationalité, ainsi qu'aux membres de leur famille qui les accompagnent ou les rejoignent. Par suite, le moyen tiré de ce qu'aucune raison ne s'oppose à l'application de la directive dans l'état membre de la nationalité du frère de la requérante doit être écarté comme inopérant.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, divorcée et sans enfant à charge, est entrée en France en 2013. Toutefois, sa durée de séjour sur le territoire se justifie uniquement au regard de l'instruction de ses demandes de titre de séjour en raison de son état de santé puis de son maintien irrégulier en dépit de trois mesures d'éloignement prises par le préfet de la Haute-Vienne le 7 décembre 2015, le 5 octobre 2017 et le 13 octobre 2020. Si elle soutient qu'elle n'est pas autonome en raison des séquelles de sa maladie et vit chez son frère, de nationalité française, qui l'héberge et la prend en charge, elle n'atteste pas de cette absence d'autonomie alors d'ailleurs qu'à trois reprises le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé sur sa pathologie et a considéré que son état de santé nécessitait certes une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle pouvait y bénéficier d'un traitement approprié. La circonstance que son frère atteste l'héberger sans préciser depuis quand ne suffit pas à justifier de son droit au séjour. En outre, il n'est pas contesté que la fille de la requérante, âgée de vingt-trois ans au jour de la décision attaquée, fait également l'objet d'un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour d'un an sur le territoire français et fixant le pays de renvoi du 13 octobre 2020. Dans ces conditions, et alors que l'intéressée n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-neuf ans et où résident ses deux sœurs, le préfet de la Haute-Vienne, en lui refusant le séjour, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 30 avril 2021 et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction présentées par Mme C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

D. ARTUS

La greffière d'audience,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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