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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101263

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101263

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPASCAL AUDREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 28 juillet 2021 et le 4 octobre 2021, Mme C B épouse A, représentée par Me Pascal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé d'admettre ses enfants au bénéfice du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne d'autoriser le regroupement familial sollicité dans le délai de deux mois.

Elle soutient que :

- la décision de refus de regroupement familial méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire à la directive européenne du 22 septembre 2003 visant à faciliter l'intégration des ressortissants de pays tiers au sein de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née en 1987, dispose d'une carte de résident de dix ans, valable du 22 septembre 2018 au 21 septembre 2028. Elle a épousé M. A en 2005 en Guinée, lequel est titulaire d'une carte de résident valable du 13 août 2017 au 12 août 2027. Le 29 juin 2020, Mme A a présenté une demande de regroupement familial au profit de deux de ses enfants, l'un né en 2006 et l'autre en 2010. Elle demande l'annulation de la décision du 21 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Mme A déclare être entrée sur le territoire français en 2013, et avoir été admise au séjour en 2015. Si elle soutient que la décision de refus de regroupement familial qui lui a été opposée constitue une entrave à son droit à une vie privée et familiale, au vu de l'éloignement géographique qu'il implique, elle ne démontre pas par les seuls éléments produits, tenant en une liste de virements adressés à des bénéficiaires dont le lien avec ses enfants n'est pas explicité, qu'elle aurait maintenu des liens étroits avec ces derniers. En outre, si la requérante fait valoir que l'un de ses enfants serait gravement malade, ce qui aurait conduit son époux à retourner en Guinée pour s'occuper de lui, les éléments produits ne permettent pas de l'établir. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le préfet de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ; 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ".

5. En soutenant que les revenus de son foyer étaient, dans les douze mois précédant la demande, de 1 405,12 euros, et que le minimum exigé était de 1 452,30 euros, Mme A ne démontre pas qu'elle remplissait la condition de ressources stables et suffisantes posée par les dispositions précitées, alors même que son mari est " en capacité de travailler et de participer aux besoins financiers de sa famille ". En outre, Mme A ne conteste pas qu'à la date de la décision attaquée, la superficie de son logement était de 75,52 m2, alors que la surface requise est de 84 m2, et en produisant une attestation d'enregistrement départemental d'une demande de logement locatif social, la requérante ne démontre pas qu'elle disposerait d'un logement considéré comme normal par les dispositions précitées à la date d'arrivée en France de ses enfants. Dans ces conditions, il n'est pas démontré que la décision attaquée serait intervenue en méconnaissance de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Enfin, Mme A ne peut pas plus utilement invoquer la directive 2003/86/CE du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial, dès lors que celle-ci a été transposée en droit national. En tout état de cause, en se bornant à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée aux objectifs de cette directive, elle n'assortit pas le moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 21 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé d'admettre ses enfants au bénéfice du regroupement familial doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée dans son ensemble.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B épouse A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef

A. BLANCHON

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