jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101276 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DUBROCA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er août et 14 septembre 2021, le 29 avril 2022 et le 27 octobre 2022, M. AZ K, Mme AG F, M. R L, M. AP M, M. BH AA, M. I BF, Mme BK AO, M. Q BG, Mme AQ BG, M. E AX, Mme A AX, M. BC AB, Mme AR AB, M. AJ H, M. AZ AF, M. AL P, Olivier Letort, R Luneau, M. O AY, Mme BB AY, M. B AH, M. AD S, M. G T, Mme AI T, M. D U, M. R AS, M. V W, M. AP AV, Mme BJ AV, M. AT AV, M. BL BE, M. AW J, M. N AK, Mme AU X, M. B BI, Mme BD BI, M. C BA, M. Z Y, Mme AE Y et M. AN AM, représentés par Me Dubroca, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2020 du préfet de l'Indre portant enregistrement au profit de la société Bioénergies 123 d'une installation de méthanisation agricole au lieu-dit " pièce David " sur le territoire de la commune de Vatan (36150) et la décision implicite rejetant leur recours gracieux formé le 2 février 2021 ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer l'arrêté du 8 décembre 2020 en l'assortissant de prescriptions nécessaires pour protéger les intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement et d'annuler la décision implicite rejetant leur recours gracieux contre l'arrêté du 8 décembre 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt pour agir à l'encontre de l'arrêté ;
- leur requête n'est pas tardive car il n'est pas démontré que l'arrêté aurait été affiché et publié dans des conditions régulières ; les dispositions de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement doivent s'entendre comme permettant, si un recours gracieux a été introduit dans le délai de deux mois, d'introduire un recours contentieux dans un délai de quatre mois à compter de la décision implicite de rejet du recours gracieux ; une interprétation des dispositions de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement comme ne prorogeant pas le délai de recours contentieux serait contraire aux dispositions de l'article 16 de la DDHC et aux stipulations de l'article 6 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; aucun délai n'a pu courir à l'encontre du rejet implicite de leur recours gracieux à défaut d'accusé réception délivré par le préfet de l'Indre ;
- le dossier de demande d'enregistrement et son instruction étaient incomplets, irréguliers et insuffisants ;
- la publicité relative à la consultation du public était insuffisante, aucun affichage portant sur l'information du public n'ayant été réalisé sur le lieu d'implantation de l'unité de méthanisation en méconnaissance de l'article L. 512-7-1 du code de l'environnement ;
- la procédure suivie est irrégulière en raison du nécessaire dépassement du seuil de 100 tonnes de matière traitée par jour, qui conduit à considérer que l'unité de méthanisation relève du régime de l'autorisation ;
- l'installation porte atteinte aux intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement au regard de ses effets sur la sécurité publique, sur la commodité du voisinage, sur la protection des paysages, des effets de l'ensilage et de l'épandage des digestats et de ses effets sur la ressource en eau.
Par des mémoires en défense enregistrés le 9 août 2021 et le 21 octobre 2021, la société Bioénergies 123, représentée par Me Gandet, conclut au rejet de la requête, à titre principal comme irrecevable et à titre subsidiaire comme infondée et demande que la somme de
4 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête qui est tardive est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2021, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 31 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2022 à 17h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sicoli, représentant la société Bioénergies 123.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 16 juillet 2019, le préfet de l'Indre a délivré à la société Bioénergies 123 un permis de construire en vue de l'édification de plusieurs bâtiments, au lieu-dit " Pièce David " sur le territoire de la commune de Vatan, ayant vocation à accueillir une unité de méthanisation. La société a déposé un dossier d'enregistrement au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement le 13 novembre 2019, complété le 27 avril 2020. Un arrêté portant enregistrement d'une installation de méthanisation agricole lui a été délivré par le préfet de l'Indre le 8 décembre 2020. Plusieurs personnes physiques résidant à proximité de l'unité de méthanisation ont formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, lequel a été reçu le 3 avril 2021 par le préfet de l'Indre. Ils demandent l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite née du silence gardé sur leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir invoquée en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement : " Les décisions mentionnées aux articles L. 211-6 et L. 214-10 et au I de l'article L. 514-6 peuvent être déférées à la juridiction administrative : 1° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers que le fonctionnement de l'installation présente pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 dans un délai de quatre mois à compter du premier jour de la publication ou de l'affichage de ces décisions ; () / Sans préjudice du recours gracieux mentionné à l'article R. 214-36, les décisions mentionnées au premier alinéa peuvent faire l'objet d'un recours gracieux ou hiérarchique dans le délai de deux mois. Ce recours administratif prolonge de deux mois les délais mentionnés aux 1° et 2° ". Aux termes de l'article R. 512-46-24 du code de l'environnement : " En vue de l'information des tiers, l'arrêté d'enregistrement ou l'arrêté de refus fait l'objet des mêmes mesures de publicité que celles prévues par l'article R. 181-44 pour l'arrêté d'autorisation environnementale ". Aux termes de l'article R. 181-44 du code de l'environnement : " En vue de l'information des tiers : () 2° Un extrait de ces arrêtés est affiché à la mairie de la commune d'implantation du projet pendant une durée minimum d'un mois ; procès-verbal de l'accomplissement de cette formalité est dressé par les soins du maire ; () / 4° L'arrêté est publié sur le site internet des services de l'Etat dans le département où il a été délivré, pendant une durée minimale de quatre mois ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Aux termes de l'article L. 110-1 du même code : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration ".
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier d'un certificat d'affichage qui fait foi du maire de la commune de Vatan du 8 février 2021, ainsi que d'un courrier du 7 octobre 2021 du préfet de l'Indre, que l'arrêté attaqué, dont il est constant qu'il mentionne les voies et délais de recours, a été affiché à la mairie de la commune d'implantation à compter du 10 décembre 2020 pour une durée supérieure à un mois, et publié sur le site internet de la préfecture de l'Indre à compter du 10 décembre 2020 pour une durée de quatre mois. Un constat d'huissier produit par la société pétitionnaire confirme d'ailleurs que l'arrêté était déjà affiché en mairie et publié sur le site de la préfecture le 11 décembre 2020. Dans ces conditions, en se bornant à faire valoir que l'arrêté était absent du site internet de la préfecture de l'Indre le 1er août 2021, soit postérieurement au délai d'affichage de quatre mois prévu par les dispositions citées au point 2, les requérants n'apportent pas d'élément suffisant de nature à mettre en doute le caractère continu de la publication de l'arrêté sur le site internet de la préfecture. Ainsi, la publication et l'affichage de l'arrêté contesté ont eu pour effet de déclencher à l'égard des tiers, à compter du 10 décembre 2020, le délai de recours contentieux ouvert à son encontre, initialement de quatre mois, prévu à l'article R. 514-3-1 précité du code de l'environnement.
5. En second lieu, il résulte de la lettre des dispositions précitées de l'article R. 514-3-1 du code de l'environnement et en particulier de son dernier alinéa, que ce texte a fixé des règles particulières applicables aux recours dirigés contre les décisions mentionnées aux articles
L. 211-6 et L. 214-10 et au I de l'article L. 514-6, en prévoyant qu'un recours gracieux, à condition qu'il soit formé dans le délai de deux mois suivant les mesures de publicité précitées, " prolonge de deux mois " le délai de recours de quatre mois applicable aux tiers. Par suite, le recours gracieux formé par les requérants, reçu le 3 février 2021, a eu pour objet de porter de quatre à six mois le délai de recours contentieux qui courrait à l'encontre de l'arrêté attaqué à compter du 10 décembre 2020. Si les requérants font valoir qu'une telle lecture de ces dispositions méconnaît les garanties afférentes à un recours effectif découlant de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ainsi que des stipulations de l'article 6, paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ils n'apportent aucune précision à l'appui de ce moyen, alors qu'il résulte de l'instruction qu'ils ont été en mesure de former, dans le délai de deux mois suivant la publication et l'affichage de l'arrêté, un recours gracieux, reçu le 3 février 2021, et qu'ils disposaient alors jusqu'au 11 juin 2021 pour présenter une requête contre cet arrêté. Enfin, et alors que les dispositions particulières de l'article R. 514-3-1 ne font aucune obligation au préfet d'accusé réception du recours gracieux dont il est seulement prévu que son exercice prolonge de deux mois le recours contentieux ayant commencé à courir, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'à défaut d'accusé de réception faisant suite à leur recours gracieux, le délai de recours courant à l'encontre de l'arrêté attaqué leur serait inopposable. Au demeurant, les dispositions combinées des articles L. 110-1 et L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration sont sans incidence sur les règles applicables aux recours administratifs, gracieux ou hiérarchiques, formés par des tiers à l'encontre d'autorisations individuelles créant des droits au profit de leurs bénéficiaires. Il en résulte que l'absence d'accusé de réception du recours gracieux reçu le 3 février 2021 n'a pas fait obstacle à l'opposabilité du délai de recours contentieux de quatre mois, prolongé de deux mois, courant à l'encontre de l'arrêté attaqué et de la décision implicitée née du silence gardé par le préfet sur le recours gracieux reçu le 3 février 2021, qui expirait le 11 juin 2021. La société Bioénergie 123 et le préfet de l'Indre sont fondés à soutenir que la requête formée par les requérants le 1er août 2021 à l'encontre de l'arrêté du 8 décembre 2020 et de la décision implicite rejetant leur recours gracieux est tardive et doit par suite être rejetée dans son ensemble.
Sur les frais liés au litige :
6. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Bioénergie 123, qui n'est pas la partie perdante, la somme d'argent sollicitée par les requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme d'argent sollicitée par la société Bioénergies 123 sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. K et autres est rejetée.
Article 2:Les conclusions présentées par la société Bioénergies 123 sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. AZ K, désigné en tant que représentant unique, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société Bioénergies 123. Une copie en sera adressée au préfet de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. AC
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. AC
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026