jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101291 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LAGIER CHARLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 août 2021, le 8 décembre 2021 et le 7 avril 2022, l'association Indre nature, représentée par Me Mongis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2021 n° 36-2021-06-30-00002 par lequel le préfet de l'Indre a fixé les modalités de la période complémentaire de la chasse sous terre au blaireau dans le département de l'Indre pour la campagne 2021-2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat ou de la préfecture de l'Indre une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs de l'Indre une somme de 2 500 euros à verser à l'association Indre nature en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article R. 421-29 du code de l'environnement dès lors que la commune de Concremiers n'était pas comprise dans le périmètre d'intervention sur lequel s'était prononcée la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, ce qui est de nature à exercer une influence sur le sens de la décision attaquée cette extension ayant été présentée comme une demande de la commission ; elle a privé l'association d'une garantie puisqu'elle n'a pas pu exprimer son opinion devant la commission sur l'intégration de la commune concernée ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 421-30 du code de l'environnement et de l'article R. 133-5 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de convocation régulière de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, du fait de la surreprésentation des chasseurs et de l'absence de toute représentation de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement et de deux représentants des forestiers, personnes susceptibles d'apporter un point de vue à tout le moins critique sur la question de la chasse au blaireau par déterrage, nuisant ainsi aux intérêts qu'elle défend ; la cheffe du service d'appui aux territoires ruraux ne disposait d'aucune délégation de signature ou de compétence du préfet pour pouvoir convoquer et présider la commission ;
- l'arrêté est illégal en raison de l'illégalité de l'avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage sur lequel il se fonde dès lors que les dispositions du II de l'article R. 421-30 du code de l'environnement sont illégales ; elles sont contraires à la volonté du législateur d'assurer un équilibre " agro-sylvo-cynégétique " développé aux articles L. 420-1 et L. 425-4 du code de l'environnement ; elles sont contraires aux principes constitutionnels d'égalité et d'impartialité ;
- l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement en raison de l'insuffisance des informations relatives au contexte et aux objectifs des prescriptions envisagées contenues dans la note de présentation accompagnant le projet de décision durant la phase de consultation du public concernant la pertinence d'une période d'ouverture complémentaire, l'étendue territoriale de chasse complémentaire ;
- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 420-1 du code de l'environnement concernant la pertinence d'une période complémentaire et la territorialisation de cette période complémentaire de chasse ;
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation tenant à l'estimation de la population de blaireaux dans le département de l'Indre, à la réalité des dégâts, à leur imputabilité aux blaireaux aux conditions climatiques ayant justifié l'ouverture de la période complémentaire de vénerie sous terre alors que les blaireautins sont encore allaités ;
- l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir en raison de la mise à l'écart du principe de " l'équilibre agro-sylvo-cynégétique ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2021, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par des mémoires en intervention volontaire en défense enregistrés le 4 novembre 2021, le 27 avril 2022 et le 9 février 2024, la fédération départementale des chasseurs de l'Indre, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- son intervention est recevable ;
- la requête est irrecevable ;
- elle reprend les moyens soulevés en défense et ajoute en outre que :
' le blaireau est une espèce qui se porte bien au niveau européen ; il s'agit d'une espèce dont l'exploitation est possible dès lors qu'elle est inscrite dans l'annexe III de la Convention de Berne et qui dispose du statut de gibier en France ; elle n'appartient pas à la liste des espèces menacées ;
' dans l'Indre la présence du blaireau est identifiée de longue date ; la collecte de données - tableaux de chasse, bilan des prélèvements de chasse sous terre et leur répartition géographique, les captures accidentelles pas piégeage, la collecte d'informations sur les collisions permettent d'établir une cartographie de la présence territoriale de l'espèce ; l'instauration d'une période complémentaire de chasse n'a pas d'impact significatif sur l'état des populations dans le département ; la fédération collecte depuis de nombreuses années les dégâts occasionnés par les blaireaux ;
' l'association n'apporte aucun élément factuel sur la situation du blaireau dans l'Indre ni sur la menace que pourrait représenter pour l'espèce l'exercice du déterrage du blaireau.
La clôture de l'instruction a été fixée au 26 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de Mme Siquier,
- et les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs de l'Indre :
1. La fédération départementale des chasseurs de l'Indre, dont les missions générales sont définies à l'article L. 421-5 du code de l'environnement et eu égard à son objet statutaire et à la nature du litige, a intérêt au maintien de la décision attaquée. Il s'ensuit que son intervention à la présente instance est admise.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la fédération départementale des chasseurs de l'Indre :
2. Aux termes de son article L. 142-1 du code de l'environnement : " Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci. () ".
3. D'une part, l'association Indre nature a procédé le 6 mai 2019 à la modification de son objet, publiée au Journal officiel des associations et fondations d'entreprise le 27 juillet 2019 sous le n° 572. L'association a ainsi pour objet, notamment la protection et la gestion (faune et flore) et des milieux naturels. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de disposer de son agrément au titre de la protection de l'environnement, l'association a intérêt à agir pour obtenir l'annulation de la décision attaquée.
4. D'autre part, une association est régulièrement engagée par l'organe tenant de ses statuts le pouvoir de la représenter en justice, sauf stipulation de ces statuts réservant expressément à un autre organe la capacité de décider de former une action devant le juge administratif. Il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant et notamment lorsque cette qualité est contestée sérieusement par l'autre partie ou qu'au premier examen, l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie. A ce titre, si le juge doit s'assurer de la réalité de l'habilitation du représentant de l'association qui l'a saisi, lorsque celle-ci est requise par les statuts, il ne lui appartient pas, en revanche, de vérifier la régularité des conditions dans lesquelles une telle habilitation a été adoptée.
5. En l'espèce, par délibération du 1er juillet 2021, le conseil d'administration de l'association Indre nature a donné mandat à son président en exercice ou à toute personne qu'il pourrait désigner, pour présenter un recours auprès du tribunal administratif de Limoges contre l'arrêté préfectoral du 30 juin 2021 fixant les modalités de la période complémentaire de chasse sous terre du blaireau dans le département de l'Indre pour la campagne 2021-2022. Dans ces conditions, le président de l'association disposait de la capacité à agir.
6. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense tirée de l'irrecevabilité de la requête doivent être écartées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
7. Aux termes de l'article L. 424-10 du code de l'environnement : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les œufs, de ramasser les œufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. () ". Aux termes de l'article R. 424-5 de ce code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai. ". Il résulte ainsi des dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 424-5 du code de l'environnement que, si elles permettent au préfet d'autoriser une période de chasse complémentaire par vénerie sous terre du blaireau à compter du 15 mai, elles n'ont pas pour effet d'autoriser la destruction de petits blaireaux ou de nuire au maintien de l'espèce dans un état de conservation favorable, le préfet étant notamment tenu, pour autoriser cette période de chasse complémentaire, de s'assurer, en considération des avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et des circonstances locales, qu'une telle prolongation n'est pas de nature à porter atteinte au bon état de la population des blaireaux ni à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux.
8. D'une part, pour justifier l'instauration de périodes complémentaires de vénerie sous terre du blaireau, le préfet de l'Indre s'est fondé, au regard des motifs de l'arrêté en litige, sur l'observation d'une présence significative de l'espèce sur un ensemble de 49 communes du département et sur les risques de dégâts agricoles et d'atteinte à la sécurité publique occasionnés par cette espèce. Toutefois, le simple relevé quantitatif réalisé à l'occasion des chasses à tir, de la vènerie sous terre, la cartographie des collisions routières au demeurant non quantifiées et des opérations administratives de chasses particulières n'apportent que peu d'éléments d'information sur la densité de la population de blaireaux dans le département de l'Indre et ne permettent notamment pas d'établir une évolution de ces populations. En outre, le préfet n'apporte aucun élément de nature à établir que les dégâts et les atteintes à la sécurité publique par les blaireaux seraient d'une telle ampleur qu'ils imposeraient une période complémentaire de chasse, alors même que la fédération départementale des chasseurs, dans son document " le blaireau dans l'Indre " daté d'avril 2020 indique que ces dégâts peuvent être facilement confondus avec ceux imputables aux sangliers. Le tableau de recensement des dommages de ce rapport, au demeurant non daté, ne précise pas la période de recensement et n'est accompagné d'aucun constat de ces dommages alors que la méthodologie de recensement n'est pas plus précisée. Enfin, le préfet de l'Indre en motivant son arrêté par les dégâts aux cultures et aux ouvrages publics ne soutient ni n'allègue que le prélèvement supplémentaire de blaireaux lors d'une période complémentaire serait rendu nécessaire pour atteindre ces objectifs. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait être regardé comme justifiant de la nécessité d'instituer deux périodes complémentaires de vénerie sous terre du blaireau.
9. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de l'état des connaissances sur les populations de blaireaux en France rédigé par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage en 2019, que les blaireautins naissent durant les mois de mi-janvier à mi-mars. La période de sevrage des jeunes s'étale entre mi-avril et mi-juin. Cependant, les jeunes restent encore dépendants de leur mère qu'ils peuvent accompagner pendant plusieurs mois. De plus, il ressort de l'étude réalisée par la fédération départementale des chasseurs de l'Indre précitée, que l'essentiel des prises (de 85 à 90 %) est réalisé durant la période complémentaire de chasse et qu'à cette occasion, 33 à 43 % d'entre elles sont constituées de jeunes blaireautins âgés de moins d'un an alors même que cette étude souligne la faible prolificité de l'espèce. Dans ces conditions, et alors notamment que l'arrêté attaqué n'est assorti d'aucune prescription évitant une destruction excessive d'individus telle que la fixation d'un nombre maximal d'animaux juvéniles susceptibles d'être abattus, le préfet de l'Indre a entaché son arrêté sur ce point d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 30 juin 2021 du préfet de l'Indre fixant les modalités de la période complémentaire de la chasse sous terre du blaireau dans le département de l'Indre pour la campagne 2021-2022 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à l'association Indre nature au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la fédération départementale des chasseurs de l'Indre.
D E C I D E :
Article 1er: L'intervention de la fédération départementale des chasseurs de l'Indre est admise.
Article 2:L'arrêté du préfet de l'Indre du 30 juin 2021 fixant les modalités de la période complémentaire de la chasse sous terre du blaireau dans le département de l'Indre pour la campagne 2021-2022 est annulé.
Article 3 : L'Etat versera à l'association Indre Nature la somme de 1 800 (mille huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Indre nature, à la fédération départementale des chasseurs de l'Indre et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie en sera adressée au préfet de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière d'audience,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef,
A.BLANCHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026