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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101293

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101293

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2021, M. C A, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- il justifie de circonstances exceptionnelles au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2021, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date du litige : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L.423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

2. M. C A, ressortissant guinéen né en 1996 à Boke, est entré irrégulièrement en France le 20 mars 2017 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile le 10 juillet 2017 qui a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 juin 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile le 27 juin 2019. Par un arrêté du 23 juillet 2019, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. La décision a été confirmée par le tribunal administratif de Limoges le 8 octobre 2019 puis par la cour administrative de Bordeaux le 9 juin 2020. Il est célibataire sans enfant. Il n'établit pas entretenir en France des relations d'une particulière intensité ni y avoir transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux. S'il soutient qu'il n'entretient pas de réels liens avec son pays d'origine, il ressort de ses écritures que sa mère y réside toujours. Si M. A fait valoir qu'il est atteint de pathologies graves, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait sollicité un titre de séjour au motif de la maladie et n'apporte en tout état de cause aucun élément probant de nature à en justifier. En outre, s'il ne lui reste plus qu'1/10 d'acuité visuelle, il ressort du certificat médical établi le 20 mars 2019 par le professeur du service ophtalmologie du centre hospitalier de Limoges que M. A est atteint d'une maladie qui ne peut être traitée et des recherches génétiques sont en cours. Ensuite, si le certificat médical du 1er juillet 2021 d'un médecin généraliste démontre qu'il est traité pour une hypertension artérielle non stabilisée et nécessitant une surveillance et qu'il souffre de douleurs rhumatologiques, ces éléments ne sont pas suffisants à démontrer qu'il ne pourrait recevoir les soins que son état de santé nécessite en Guinée. La circonstance tirée de ce qu'il ne pourrait percevoir en Guinée, au demeurant non démontrée, une allocation équivalente à l'allocation aux adultes handicapées qu'il pourrait percevoir en cas de séjour régulier en France dès lors que la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Vienne lui a notifié le 2 mars 2021 la fixation d'un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 % et l'attribution de cette allocation, n'est pas plus de nature à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé, le préfet de la Haute-Vienne n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. En se prévalant, d'une part de sa présence en France depuis plus de quatre ans et, d'autre part de son état de santé dont il a été dit au point 2 du présent jugement qu'il n'était pas établi que le requérant ne pourrait pas bénéficier des soins que son état de santé nécessite dans son pays d'origine et de l'absence de dispositions équivalentes à l'allocation pour adultes handicapée dont il pourrait bénéficier en France, M. A ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne, qui a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle, aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 juin 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Toulouse et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. DELAGE

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef

A. BLANCHON

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