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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101303

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101303

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 2
Avocat requérantMARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 août 2021 et 14 juin 2023, M. A D, représenté par Me Maret, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Corrèze, après avis de la commission de recours amiable, a mis fin au bénéfice de l'aide personnalisée au logement ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Corrèze de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Corrèze une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit, les conditions lui permettant de bénéficier de l'aide personnalisée au logement étant réunies.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Par une décision du 29 juin 2023, le président du tribunal a désigné Mme E en qualité de rapporteure publique sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. C,

- Les observations de Me Maret, représentant M. D.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issus de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active ou à l'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

2. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les moyens tirés de l'incompétence du signataire et de l'absence de motivation, sont inopérants et doivent, par suite, être écartés.

3. Aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " I.- Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : () 2° Les personnes de nationalité étrangère remplissant les conditions prévues par les deux premiers alinéas de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale : " Bénéficient de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre les ressortissants des Etats membres de la Communauté européenne, des autres Etats parties à l'accord sur l'Espace économique européen et de la Confédération suisse qui remplissent les conditions exigées pour résider régulièrement en France, la résidence étant appréciée dans les conditions fixées pour l'application de l'article L. 512-1. (). ". Aux termes de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français (). " Aux termes de l'article L.233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ".

4. Ainsi qu'il a été dit précédemment, pour pouvoir bénéficier de l'aide personnalisée au logement, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne, des autres Etats parties à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse doivent remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour. Au-delà de trois mois, un tel droit au séjour est notamment ouvert au ressortissant qui exerce une activité professionnelle en France et, au-delà de cinq ans de résidence légale et ininterrompue, il est acquis à titre permanent. Enfin, le droit au séjour supérieur à trois mois au titre de l'exercice d'une activité professionnelle est maintenu, pendant six mois, au ressortissant qui se trouve en chômage involontaire dûment constaté à la fin d'un contrat de travail à durée déterminée inférieure à un an et, sans limitation de durée, au ressortissant qui se trouve dans une telle situation après avoir été employé pendant plus d'un an et s'est fait enregistrer en qualité de demandeur d'emploi auprès du service de l'emploi compétent.

5. La caisse d'allocations familiales de la Corrèze a mis fin au bénéfice de l'aide personnalisée au logement à compter du mois d'août 2020, au motif que M. D, d'une part, ne remplissait plus les conditions du droit au séjour, dès lors qu'il ne justifiait pas d'une résidence stable et continue en France depuis 2014, et d'autre part, n'exerçait pas d'activité professionnelle en France ni ne disposait de ressources suffisantes au sens des dispositions de l'article L. 233-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a effectué une demande de revenu de solidarité active au mois d'août 2020.

6. En se bornant à contester la réalité de sa situation administrative au regard de son domicile, le requérant ne soutient ni n'établit qu'il disposait des ressources suffisantes au sens de l'article L. 233-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur la période en litige.

7. D'autre part, pour contester la décision attaquée, le requérant soutient que compte tenu de sa résidence en France de manière ininterrompue depuis 2014, il a acquis un droit au séjour permanent. Il résulte de l'instruction que si la caisse d'allocations familiales de la Corrèze se prévaut de l'adresse indiquée sur les bulletins de salaires relative à un domicile en Suisse pour établir l'absence de résidence en France du requérant, l'attestation de la personne domiciliée à ladite adresse, qui n'est autre que la mère du requérant, indique qu'il s'agit d'une adresse purement administrative. En outre, il résulte également de l'instruction, et notamment des diverses attestations produites, que le requérant a été hébergé depuis le 1er janvier 2014 de manière stable et continue sur le territoire français. Toutefois, le requérant ne justifie pas, en l'absence d'un droit au séjour au regard de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la légalité de sa situation durant les cinq années en litige.

8. Dans ces conditions, M. D, quand bien même il justifierait d'une résidence stable et continue d'une durée de cinq ans, n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la caisse d'allocations familiales a estimé qu'il ne bénéficiait pas d'un droit au séjour pour la période allant de 2014 à 2020 et qu'il n'avait pas droit au bénéfice de l'aide personnalisée au logement. Par suite, les moyens tirés d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Il résulte de ce qui précède que doivent également être rejetées les conclusions tendant au versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. D est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la caisse d'allocations familiales de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

N. C

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. B

mf

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