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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101337

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101337

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLAGORCE & ASSOCIES - L&MC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 août 2021, le 23 mai 2022, le 7 juin 2022, le 27 septembre 2022 et le 24 novembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Locvelo, représentée par Me Lagorce-Billiaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :

1°) de désigner un expert habilité à auditer le déroulé et les conditions de la procédure d'appel d'offres ;

2°) d'annuler la décision du 22 juin 2021 par laquelle la Communauté urbaine Limoges Métropole l'a informée du rejet de son offre ;

3°) d'annuler le contrat conclu le 25 juin 2021 avec la société Accen Informatique ou, à défaut, d'en prononcer la résiliation ;

4°) de condamner la Communauté urbaine Limoges Métropole à lui verser une somme de 36 587 euros HT au titre de son manque à gagner et de ses frais de présentation d'offre et une somme de 10 000 euros au titre de son préjudice moral ;

5°) de mettre à la charge de la Communauté urbaine Limoges Métropole une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son offre est régulière et l'acheteur public disposait de toutes les informations nécessaires à l'analyse de son offre au regard des critères de sélection ;

- le paramétrage des fichiers Excel mis à disposition des candidats par l'acheteur public à titre de bordereau des prix unitaires et de détail quantitatif estimatif, devant être complété par les candidats, ne lui a pas permis de remettre une offre faisant apparaître l'ensemble de ses prix ;

- en imposant aux candidats de proposer dans leurs offres la fourniture d'une licence de logiciel, la Communauté urbaine Limoges Métropole a fixé une exigence technique susceptible d'exclure certains candidats de façon discriminatoire ;

- la description du besoin dans les documents de la consultation a créé une confusion quant aux attentes de la Communauté urbaine Limoges Métropole ;

- les documents du marché public ne respectent pas les prescriptions du règlement général sur la protection des données personnelles créant une situation de concurrence déloyale au détriment des candidats ayant développé des mesures de sécurité en matière de données personnelles ;

- elle avait des chances sérieuses d'emporter le contrat puisqu'elle était l'attributaire du marché précédent et doit être indemnisée de son manque à gagner, des frais de présentation de son offre et de son préjudice moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 février 2022, le 22 juin 2022 et le 27 octobre 2022, la Communauté urbaine Limoges Métropole, représentée par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Locvelo une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante ne produit pas le contrat dont elle sollicite l'annulation et ne justifie d'aucune demande indemnitaire préalable ;

- les moyens invoqués par la société Locvelo ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :

- le rapport de M. Gillet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis publié le 5 mars 2021, la Communauté urbaine Limoges Métropole a lancé une consultation sous la forme d'une procédure adaptée en vue de la conclusion d'un accord-cadre ayant pour objet l'acquisition et la maintenance d'une solution logicielle de gestion pour la maison du V'LIM. La société Locvelo s'est portée candidate mais, par un courrier du 22 juin 2021, elle a été informée du rejet de son offre au motif qu'elle était irrégulière au sens de l'article L. 2152-2 du code de la commande publique et de l'attribution du marché à la société Accen Informatique le 25 juin 2021. Par la présente requête, la société Locvelo doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de ce contrat et l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son éviction irrégulière.

Sur la recevabilité de la requête :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. La légalité des décisions de rejet d'une candidature ou d'une offre, du choix du cocontractant, de la délibération autorisant la conclusion du contrat et de la décision de le signer, ne peut être contestée qu'à l'occasion du recours ainsi défini.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué () ". Ces dispositions sont applicables au recours intenté par un tiers pour contester la validité d'un contrat administratif et imposent au demandeur de produire le contrat qu'il conteste ou de justifier de l'impossibilité d'en obtenir communication par la personne publique.

4. En l'occurrence, la société Locvelo n'a pas produit l'acte d'engagement signé par la Communauté urbaine Limoges Métropole et ne justifie pas avoir procédé aux diligences nécessaires pour obtenir et produire une copie de cet acte. Par suite, la Communauté urbaine Limoges Métropole est fondée à soutenir que les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

5. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, incluant nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre, lesquels n'ont donc pas à faire l'objet, sauf stipulation contraire du contrat, d'une indemnisation spécifique. En revanche, le candidat ne peut prétendre à une indemnisation de ce manque à gagner si la personne publique renonce à conclure le contrat pour un motif d'intérêt général.

6. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tendant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

7. En l'absence, au jour du présent jugement, de toute justification de l'existence d'une décision de la Communauté urbaine Limoges Métropole rejetant une demande présentée par la société Locvelo tendant au versement d'une somme totale de 46 587 euros au titre de ses différents préjudices, les conclusions de la requérante ayant pour objet la condamnation de la communauté urbaine à ce versement doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Communauté urbaine Limoges Métropole, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la société Locvelo réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées par la Communauté urbaine Limoges Métropole sur ce même fondement en mettant à la charge de la société Locvelo une somme de 1 200 euros à lui verser.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Locvelo est rejetée.

Article 2 : La société Locvelo versera à la Communauté urbaine Limoges Métropole une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Locvelo et à la Communauté urbaine Limoges Métropole.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Gillet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

K. GILLET

Le président,

D. ARTUS Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef,

La Greffière,

M. A

jb

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