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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101411

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101411

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGOMOT-PINARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021, M. C B, représenté par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juillet 2021 par laquelle le préfet de l'Indre a rejeté sa demande de carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Indre, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident de dix ans dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Il soutient que :

- les ordonnances pénales du tribunal de grande instance de Créteil pour conduite sans permis le 25 janvier 2017 et le 4 septembre 2017, qui ont donné lieu à des amendes réglées, ne suffisent pas à démontrer qu'il ne remplit pas la condition d'intégration républicaine prévue à l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ; les faits ne correspondent pas à une conduite sans permis mais plutôt sans permis français, son permis tunisien n'étant plus valide après une année sur le sol français ; il est contradictoire que la préfecture de l'Indre ait apporté une suite favorable à sa demande de regroupement familial présentée le 28 avril 2020 ; son père et ses deux sœurs ont acquis la nationalité française ; il remplit l'ensemble des conditions posées par l'article 3 de l'accord franco-tunisien.

Par une ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 5 octobre 2022 à 17h00.

Un mémoire en défense produit par le préfet de l'Indre a été enregistré le 3 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né en 1984, est entré en France à l'âge de 19 ans. Il s'est vu délivrer des titres de séjour portant la mention " étudiant " durant les années 2003 à 2008, puis a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 2 septembre 2009. Il a ensuite bénéficié de plusieurs titres de séjour portant la mention " salarié " entre les mois de février 2018 et février 2020, puis une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié ", du 26 février 2020 au 25 février 2024. Par une décision du 2 octobre 2020, le préfet de l'Indre a fait droit à la demande de regroupement familial que M. B avait présenté au bénéfice de son épouse et de ses deux fils nés en 2018 et 2020 à Châteauroux. Par une décision du 9 juillet 2021 dont M. B sollicite l'annulation, le préfet de l'Indre a rejeté sa demande de carte de résident en raison de son défaut d'intégration républicaine.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié ". / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles

L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser la délivrance de la carte de résident sollicitée, le préfet de l'Indre s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que M. B avait été condamné à deux reprises par le tribunal de grande instance de Créteil au paiement d'une amende pour conduite d'un véhicule sans être titulaire d'un permis de conduire, respectivement intervenus aux mois de janvier et septembre 2017 et d'autre part, sur la circonstance que le requérant était " connu du fichier des traitements des antécédents judiciaires pour exécution d'un travail dissimulé (faits commis du 1er janvier 2012 au 15 avril 2013) ". M. B admet les faits successivement intervenus aux mois de janvier et septembre 2017, et établit avoir payé les amendes qui lui ont été infligées. Eu égard à leur nature et à leur ancienneté à la date de la décision attaquée, ainsi qu'à la circonstance qu'ils ont été commis sur une période relativement brève, et qu'aucune autre infraction ne lui a été reprochée depuis lors, ces condamnations ne permettent pas, à elles seules, de remettre en cause l'intégration républicaine dans la société française de M. B. En outre, et dès lors que le préfet de l'Indre n'a produit aucune précision concernant les faits qualifiés de travail dissimulé, intervenus entre le 1er janvier 2012 et le 15 avril 2013, pour lesquels le requérant serait " connu du fichier des traitement des antécédents judiciaires ", ces faits, au demeurant anciens, ne caractérisent pas davantage un défaut d'intégration républicaine. Il s'ensuit que le préfet de l'Indre a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer la carte de résident qu'il sollicite.

4. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 juillet 2021 par laquelle le préfet de l'Indre a refusé de lui délivrer une carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Il y a lieu, au vu des motifs justifiant l'annulation prononcée, d'enjoindre au préfet de l'Indre de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les dépens :

6. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

7. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait exposé des dépens au sens des dispositions précitées. Ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 juillet 2021 par laquelle le préfet de l'Indre a refusé de délivrer à M. B une carte de résident est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Indre de réexaminer la demande de carte de résident de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3: Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Gomot-Pinard et au préfet de l'Indre.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère.

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière d'audience,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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