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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101461

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101461

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2021, Mme F E épouse B, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé d'admettre sa fille mineure au bénéfice du regroupement familial, ensemble la décision du 30 avril 2021 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne d'admettre sa fille au bénéfice du regroupement familial dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, lequel a renoncé à l'indemnité de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la procédure à l'issue de laquelle la décision est intervenue est irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) et le maire de la commune de Limoges auraient rendu des avis sur sa demande de regroupement familial et que ces avis auraient été signés par une autorité compétente ;

- cette décision est entachée d'erreur de fait sur la moyenne des ressources retenues par le préfet de la Haute-Vienne ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour rejeter la demande en raison de l'insuffisance des ressources ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 55 de la Constitution du 4 octobre 1958, l'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- le pacte international relatif aux droits civiques et politiques ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 19 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Chambellant a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malgache née en 1976, est entrée en France le 26 juillet 2012. Elle a été mise en possession le 12 février 2015 d'une carte de résident valable jusqu'au 11 février 2025. Le 30 juillet 2020, elle a présenté une demande de regroupement familial en faveur de sa fille mineure. Par décision du 8 février 2021, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté cette demande. Elle a formé un recours gracieux, qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 30 avril 2021. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 411-5. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article R. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Le maire dispose d'un délai de deux mois à compter de la réception du dossier pour vérifier si les conditions de ressources et de logement mentionnées à l'article L. 411-5 sont remplies. Il dispose d'un délai de durée égale, s'il a été saisi à cette fin par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police, pour émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° du même article ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que la consultation obligatoire du maire de la commune préalablement à la décision du préfet statuant sur une demande de regroupement familial a pour objet d'éclairer l'autorité administrative compétente, par un avis motivé, sur les conditions de ressources et d'hébergement de l'étranger formulant une telle demande. Elle constitue ainsi une garantie instituée par le législateur et précisée par le pouvoir réglementaire sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'en l'absence d'avis explicitement formulé, cet avis soit réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative.

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de regroupement familial présentée par Mme B au profit de sa fille a donné lieu à un avis défavorable en raison de ressources inférieures au montant minimum requis du 4 août 2020 et signé par Mme D A, adjointe au maire de la commune de Limoges. Si le préfet de la Haute-Vienne fait valoir que Mme D A a reçu délégation de signature du maire de la commune de Limoges, l'arrêté n°202004362 du 10 juillet 2020 régulièrement publié portant délégation de fonctions ne vise que les services des élections, des pièces d'identité et attestations, funéraire et de la commande publique. Par suite, Mme D A ne dispose pas d'une délégation régulière en application des dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales s'agissant des services à la population et de la démocratie de proximité. La requérante est dès lors fondée à soutenir qu'elle a été effectivement privée de la garantie procédurale tenant à ce que l'autorité préfectorale, lorsqu'elle entend rejeter une demande de regroupement familial pour un motif ayant trait au logement du demandeur, recueille préalablement l'avis motivé du maire de la commune de résidence, qui doit être émis au terme de la procédure définie, notamment, par les dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions du 8 février 2021 et du 30 avril 2021 par lesquelles le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille.

6. Eu égard au motif qui la fonde, la présente annulation n'implique pas, en vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet de la Haute-Vienne autorise le regroupement familial sollicité par Mme B, mais seulement qu'il procède à un réexamen de cette demande de regroupement familial dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 200 euros, Me Moreau renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du préfet de la Haute-Vienne du 8 février 2021 ensemble la décision du 30 avril 2021 de rejet de son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer la demande de regroupement familial de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :L'Etat versera à Me Moreau, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette dernière ayant renoncé à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5:Le présent jugement sera notifié à Mme F E épouse B, à Me Moreau et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. C

lg

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