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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101519

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101519

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantDESFARGES PIERRE-HENRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 septembre 2021 et le 5 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juillet 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (Caf) de la Haute-Vienne a rejeté son recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de la décision du 4 mars 2021 mettant à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 1 974,23 euros correspondant à la période d'août 2020 à février 2021 inclus ;

2°) de prononcer la décharge des sommes précitées ;

3°) de mettre à la charge de la Caf de la Haute-Vienne une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision litigieuse est entachée de deux vices de procédure : elle a été prise sans que l'avis de la commission de recours amiable ne soit sollicité et obtenu et elle méconnaît le principe du contradictoire puisqu'elle n'a pas pu utilement faire valoir ses observations étant donné que la Caf ne lui a pas communiqué le rapport établi par l'agent contrôleur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de précision des bases de calcul retenues par la Caf ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 842-3, L. 842-4, R. 844-1 et R. 845-2 du code de la sécurité sociale ;

- étant de bonne foi, elle est de nature à bénéficier du droit à l'erreur ;

- elle se trouve dans une situation précaire à l'heure actuelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, la Caf de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions de la requérante relatives à la demande de remise gracieuse de sa dette sont irrecevables en l'absence de recours administratif préalable en ce sens ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. D a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 4 mars 2021, la Caf de la Haute-Vienne a notifié à Mme B un indu de prime d'activité d'un montant de 1 974,23 euros correspondant à la période d'août 2020 à février 2021 inclus. Par un recours administratif préalable du 21 avril 2021, adressé à la commission de recours amiable de la Caf de la Haute-Vienne, Mme B a contesté le bien-fondé de cet indu et sollicité une remise de cette dette. La Caf a rejeté son recours par une décision du 26 juillet 2021. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision et la décharge des sommes litigieuses.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

2. En premier lieu, si Mme B soutient que la décision du 26 juillet 2021 est entachée d'un vice de procédure en ce que la Caf de la Haute-Vienne n'a pas saisi la commission de recours amiable pour avis, il résulte toutefois de l'instruction que cette commission a bien été saisie dès lors que la décision contestée elle-même mentionne qu'elle s'est réunie le 6 juillet 2021. Par suite, le moyen sera écarté.

3. En deuxième lieu, Mme B soutient que la Caf de la Haute-Vienne n'a pas respecté le principe d'une procédure contradictoire puisqu'elle n'a pas pu utilement faire valoir ses observations dès lors qu'elle n'a pas reçu communication du rapport établi par l'agent contrôleur. Toutefois, comme le fait valoir à juste titre la Caf de la Haute-Vienne en défense, la situation de Mme B n'a pas fait l'objet d'un contrôle mais d'une simple vérification à la suite des éléments qu'elle avait transmis. Par suite, le moyen sera écarté comme étant inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; / 3° imposent des sujétions ; / () ".

5. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime d'activité est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de ces dispositions. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision du 26 juillet 2021 est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne lui permet pas de comprendre la base du calcul retenu par la Caf. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre :/ 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / Les bonifications mentionnées au 1° sont établies pour chaque travailleur, membre du foyer, compte tenu de ses revenus professionnels. / Le montant forfaitaire, la fraction des revenus professionnels des membres du foyer, les modalités de calcul et le montant maximal des bonifications sont fixés par décret. () ". Enfin, l'article R. 842-3 de ce code précise que : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; et / 3° Des enfants et personnes à charge () ".

7. D'autre part, l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale dispose : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Et l'article L. 845-3 de ce même code dispose : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. (). ".

8. L'indu de prime d'activité en litige, d'un montant de 1 974,23 euros, mis à la charge de Mme B, résulte de l'absence de déclaration de l'activité de Mme B de travailleur indépendant en tant que profession libérale depuis le 1er février 2019. Si, pour contester cet indu, l'intéressée se prévaut de sa bonne foi et de l'erreur commise par les services de la Caf de la Haute-Vienne, elle ne remet toutefois pas utilement en cause le bien-fondé de l'indu litigieux.

9. En dernier lieu, si Mme B invoque un droit à l'erreur, elle ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la récupération d'un indu ne constitue pas une sanction pécuniaire mais vise uniquement au remboursement d'une somme versée à tort.

En ce qui concerne la demande de remise gracieuse :

10. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. " et aux termes du septième alinéa de cet article : " La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité ou ne faisant que partiellement droit à cette demande, il appartient au juge administratif, d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

12. Mme B soutient qu'en raison de sa bonne foi et de la précarité de sa situation, elle aurait dû se voir octroyer une remise gracieuse de sa dette. Toutefois, alors qu'il résulte de l'instruction que Mme B perçoit à la fois des revenus salariés et des revenus non salariés, l'intéressée ne verse au dossier aucun document de nature à justifier du montant de ses charges mensuelles. Dans ces conditions, la requérante qui ne justifie pas qu'elle se trouverait dans une situation de précarité telle qu'il serait impossible pour elle de procéder au remboursement du solde de cette dette, n'est pas fondée à demander que lui soit accordée une remise.

13. La présente décision ne fait pas obstacle à ce que Mme B demande au directeur de la Caf de la Haute-Vienne d'échelonner sa dette de façon à réduire le montant de ses échéances mensuelles de remboursement et à préserver l'équilibre de son budget.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-revoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 juillet 2021 confirmant l'indu de prime d'activité et refusant de lui accorder une remise gracieuse de sa dette. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre des solidarités et des familles. Une copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

N. D

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au ministre des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. C

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