mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101556 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BIROT - RAVAUT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 septembre 2021, le 25 juillet 2022 et le 11 octobre 2023, Mme G H, veuve D, M. C D et M. B D agissant en leur nom propre et en leur qualité d'ayant droit de M. I D, leur époux et père, décédé le 1er novembre 2019, représentés par Me Mora, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à leur verser une somme globale de 133 125, 33 euros en leur qualité d'ayant-droit de M. I D et en leur nom propre ;
2°) de condamner l'ONIAM aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge de cet établissement une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- suite à un contrôle artériel complet du 13 septembre 2016, une sténose de la carotide interne droite a été diagnostiquée à M. I D ; une revascularisation chirurgicale visant à pallier cette sténose a été réalisée le 4 novembre 2016 ; il a présenté des complications à la suite de cette intervention ; il a conservé une hémiplégie gauche à prédominance brachiale sans fonctionnalité du membre supérieur et des troubles attentionnels et exécutifs et a dû se déplacer à l'aide d'une canne jusqu'à son décès le 1er novembre 2019 ;
- ainsi que l'ont retenu l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux et l'expert désigné par le tribunal, M. I D a été victime d'un accident médical non fautif ouvrant droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale ;
- M. I D a subi différents préjudices en lien avec cet accident :
- Dépenses de santé actuelles : 109, 90 euros,
- Frais divers : 18 917, 44 euros,
- Déficit fonctionnel temporaire : 20 403, 90 euros,
- Souffrances endurées : 6 000 euros,
- Préjudice esthétique temporaire : 6 000 euros,
- Aide par tierce personne temporaire : 12 700, 78 euros,
- Frais de véhicule aménagé : 17 920 euros,
- Déficit fonctionnel permanent : 17 246 euros,
- Préjudice esthétique permanent : 1 250,81 euros,
- Préjudice d'agrément : 3 449, 20 euros,
- Assistance à tierce personne permanente : 6 318 euros,
- Préjudice sexuel : 850 euros.
Mme H et les deux fils de M. I D ont subi les préjudices suivants en tant que victimes par ricochet :
- Préjudice d'accompagnement : 18 000 euros pour Mme H, 14 400 euros pour M. C D, 8 000 euros pour M. B D.
- Frais de déplacement liés à la procédure devant l'expert judiciaire : 235, 35 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er février 2022 et le 4 octobre 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Ravaut, indique ne pas contester le droit à indemnisation des consorts D tout en concluant à la réduction des sommes demandées par ces derniers.
A titre reconventionnel, il demande au tribunal de condamner les consorts D à lui rembourser le trop-perçu à la suite de la provision de 80.000 euros versée en exécution de l'ordonnance du juge de la provision du 28 janvier 2019.
Il soutient que :
- les requérants ne justifient pas avoir accepté la succession de M. I D ;
-les indemnisations sollicitées au titre des postes de préjudices relatifs aux frais divers, au déficit fonctionnel temporaire, aux souffrances endurées, au déficit fonctionnel permanent, au préjudice esthétique permanent et au préjudice d'agrément doivent être ramenées à de plus juste proportions ;
-les indemnisations sollicitées au titre de l'assistance à tierce personne doivent tenir compte des aides accordées au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie dont il appartiendra aux requérants de justifier du montant ; subsidiairement, il conviendra de réduire le montant de l'indemnisation sollicitée.
-il y a lieu de surseoir à statuer sur la demande d'indemnisation au titre de l'assistance permanente à tierce personne dans l'attente de la communication des pièces justificatives ;
-les demandes au titre des dépenses de santé actuelles, aux frais de véhicule adapté, au préjudice esthétique temporaire, au préjudice sexuel devront être rejetées de même que les demandes présentées par les consorts D au titre de leurs préjudices propres dès lors que M. D n'étant pas décédé des suites de l'intervention du 4 novembre 2016, ils ne disposent d'aucun droit à voir indemniser leurs préjudices propres.
Les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par l'ONIAM tendant à obtenir le remboursement du " trop-perçu à la suite de la provision de 80.000 euros versée " en exécution de l'ordonnance n° 1800265 rendue par le juge de la provision le 28 janvier 2019 dès lors qu'en application de l'article R. 1142-53 du code de la santé publique l'ONIAM peut émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de toute créance dont le fondement se trouve dans les dispositions d'une loi, d'un règlement ou d'une décision de justice.
Vu :
- l'ordonnance du 29 janvier 2019 par lequel le juge des référés a accordé une provision à M. I D d'un montant de 80 000 euros ;
- l'ordonnance du 9 juin 2020 par laquelle le président du tribunal administratif de Limoges a prescrit une expertise et désigné comme expert le docteur A ;
- le rapport d'expertise du docteur A, rendu le 2 février 2021 ;
- l'ordonnance en date du 4 février 2021 par laquelle le président du tribunal administratif de Limoges a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur A à la somme de 1 560 euros.
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. I D a été hospitalisé le 25 septembre 2014 à la suite d'un malaise. Après une coronographie, une lésion de la coronaire droite est identifiée. Une intervention chirurgicale a été programmée afin de recanaliser l'artère et de mettre en place cinq stents. M. D a été autorisé à regagner son domicile le 13 octobre 2014. Le 13 septembre 2016, à l'occasion d'un contrôle artériel complet, une sténose au niveau de la carotide interne droite est constatée. Le 4 novembre 2016, une revascularisation chirurgicale est alors réalisée au centre hospitalier de Brive dans le service de chirurgie vasculaire et thoracique. A la suite de cette intervention, M. D est resté paralysé des membres supérieur et inférieur gauches. Une angio-TDM a été alors réalisée en urgence et a permis de révéler un thrombus au niveau du patch avec suspicion d'un flap intimal. Le médecin en charge de M. D l'a opéré immédiatement afin de pratiquer une thrombectomie avec patch et un élargissement de la carotide interne droite. Toutefois, malgré l'intervention réalisée en urgence, M. D a présenté des complications. Il a conservé une hémiplégie gauche à prédominance brachiale sans fonctionnalité du membre supérieur et des troubles attentionnels et exécutifs, l'obligeant notamment à se déplacer à l'aide d'une canne.
2. M. I D a saisi le 9 mars 2017 la commission de conciliation et d'indemnisation du Limousin qui a ordonné une expertise médicale. Dans un avis rendu le 22 juin 2017, la commission a retenu, au vu du rapport d'expertise qui lui a été remis le 22 mai 2017 par le docteur E, que M. D a été victime d'un accident médical non fautif justifiant une indemnisation au titre de la solidarité nationale par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales. Le 20 mai 2019, il a également saisi le tribunal d'une demande d'expertise afin qu'un expert soit désigné aux fins de se prononcer sur la consolidation de son état de santé et de déterminer les préjudices subis du fait de l'intervention chirurgicale survenue le 4 novembre 2016 et de l'hémiplégie gauche qui en résulte. Par une ordonnance du 9 juin 2020, le docteur F A, médecin spécialiste en chirurgie vasculaire a été désigné en tant qu'expert par le tribunal. Il a rendu son rapport d'expertise le 2 février 2021.
3. A la suite du décès de M. I D le 1er novembre 2019 des suites d'une maladie sans lien avec les suites de l'intervention du 4 novembre 2016, Mme G H, son épouse, M. C D et M. B D, ses fils, agissant en tant qu'ayant droit de leur époux et père et en leur nom propre, demandent au tribunal de leur accorder une réparation pour un montant global de 133 125 euros au titre des différents préjudices subis par M. I D et au titre de leurs préjudices propres.
Sur la qualité à agir des consorts D au nom de M. I D :
4. Il résulte de l'instruction que, par acte notarié du 6 juillet 2020, les trois requérants ont accepté purement et simplement la succession de M. I D. Par suite, ils justifient de leur qualité pour solliciter, en tant qu'ayant droit de ce dernier, une indemnisation au titre des préjudices subis par leur mari et père.
Sur le droit à la réparation au titre de la solidarité nationale :
5. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () /Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire./ Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 de ce code : " le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 % ".
6. Il résulte de ces dispositions que l'Oniam doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation le 22 mai 2017, que les complications dont M. D a été victime après l'intervention du 4 novembre 2016 au centre hospitalier de Brive pour la réalisation d'une thrombo endartériectomie avec patch d'élargissement de la carotide interne droite justifiée par la sténose dont il souffrait, sont directement imputables à cette opération. Selon le rapport d'expertise, dont les conclusions ne sont pas contredites, l'opération était justifiée et la prise en charge du patient, estimée satisfaisante par l'expert, a été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science. Par ailleurs, la survenue des complications connues mais rares subies par M. D, caractérisées par un accident vasculaire cérébral et une hémiplégie gauche en raison de la formation d'un thrombus, a été évaluée par cet expert à un risque de moins de 3 %, de sorte que le dommage doit être regardé comme étant anormal. Enfin, l'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique dont M. D est demeuré atteint jusqu'à son décès peut être évalué à un taux plancher de 60 %, soit un pourcentage de gravité supérieur à celui fixé par l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. Il suit de là que les ayants droit de M. I D peuvent se prévaloir d'un droit à indemnisation auprès de l'ONIAM au titre de l'accident médical non fautif subi par leur mari et père, droit à indemnisation d'ailleurs admis par cet établissement dans ses écritures en défense.
Sur les préjudices :
8. La date de consolidation de l'état de santé de M. I D doit être fixée au 22 octobre 2018 ainsi que l'a retenu le docteur A dans son rapport d'expertise du 2 février 2021.
En ce qui concerne les préjudices subis par M. I D :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant aux dépenses de santé :
9. En premier lieu, les requérants sollicitent une somme de 109, 90 euros au titre de dépenses de santé restées la charge de M. D. Au vu des justificatifs produits, il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser cette somme aux requérants.
10. En second lieu, les requérants justifient de coût relatifs à des franchises médicales restées à la charge de M. D sur la période antérieure à la consolidation pour un montant de 219, 10 euros. Au vu des justificatifs produits, il y a lieu de leur allouer cette somme.
Quant aux frais divers :
11. En premier lieu, si les requérants sollicitent une indemnisation au titre des frais de déplacement exposés par Mme H pour rendre visite à son époux hospitalisé entre le 3 novembre 2016 et le 23 mars 2017, cette demande qui porte sur un préjudice propre de Mme H doit être examinée au titre des demandes présentées par les requérants en tant que victimes indirectes.
12. En deuxième lieu, les requérants justifient suffisamment des frais de transports que M. I D a personnellement exposés avec son véhicule, sans prise en charge par la CPAM ou sa mutuelle, pour se rendre à 135 séances de kinésithérapie à J entre le 24 mars 2017 et le 22 octobre 2018, lesquelles séances sont en lien avec l'accident médical non fautif dont il a été victime. Il en est de même pour différents frais relatifs à des déplacements à la pharmacie, pour des consultations médicales et des analyses. En vertu du barème fiscal applicable au véhicule de l'intéressé et de la distance séparant le domicile de M. D J, il y a lieu d'allouer à ses ayants droit la somme demandée soit 1 579, 46 euros.
13. En troisième lieu, il sera alloué une somme de 564, 50 euros aux consorts D au titre des frais de déplacement exposés, d'une part, par M. D pour se rendre à l'expertise du docteur E le 19 mai 2017, puis à la réunion de la CCI à Limoges le 22 juin 2017, d'autre part, au titre des frais de même nature exposés par Mme H pour se rendre à la réunion d'expertise avec le docteur A, médecin expert désigné par le tribunal, pour laquelle elle a été convoquée le 15 décembre 2020.
14. En quatrième lieu, il sera fait une exacte appréciation des frais de reprographie du dossier médical de M. D, dont le docteur A relève le caractère imputable, en allouant à ses ayants droit une somme de 76, 15 euros.
15. En cinquième lieu, les requérants sollicitent une somme de 217 euros au titre des frais de garde-robe lieu exposés par M. D et rendus nécessaires par le fait de son handicap qui l'a obligé à porter uniquement des vêtements munis d'élastiques et des chaussures sans lacets. Le docteur A a retenu ce préjudice en précisant toutefois qu'" on ne peut considérer que la moitié du montant des factures présentées comme imputable, étant entendu que même sans son handicap, Monsieur D aurait continué à renouveler sa garde-robe avec des vêtements normaux pendant cette période ". Dès lors que la demande d'indemnisation porte effectivement sur la prise en charge de la moitié seulement des frais exposés et au vu des factures produites, il y a lieu d'allouer aux consorts D la somme qu'ils sollicitent, soit 217 euros.
16. En sixième lieu, les consorts D sollicitent le remboursement d'une somme de 590 euros au titre de l'acquisition d'un fauteuil releveur. Le docteur A a retenu que ce dispositif est bien imputable à l'accident médical même s'il le qualifie d'appareil de confort. Les consorts D produisent la facture d'achat de ce fauteuil et une attestation de la société ayant vendu celui-ci en date du 4 avril 2022 attestant que ce " fauteuil ne faisait pas l'objet d'une prise en charge ". Dans ces conditions, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cet appareil aurait fait l'objet d'une prise en charge par la caisse d'assurance maladie, une mutuelle ou l'APA, il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser une somme de 590 euros au titre de ces frais.
Quant à l'assistance à tierce personne :
17. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. La circonstance que cette assistance serait assurée par un membre de sa famille est, par elle-même, sans incidence sur le droit de la victime à en être indemnisée. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours.
18. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert judiciaire, qu'il y a lieu de retenir un besoin en assistance temporaire par tierce personne de 2 heures par jour sur la période s'étendant du 23 mars 2017 date de retour au domicile de I D à la date de la consolidation, soit le 22 octobre 2018. L'expert précise que " l'aide humaine au domicile a été assurée par son épouse pour la toilette, s'habiller, se préparer à manger, faire les papiers administratifs soit 2 heures par jour tous les jours ". L'expert indique également que l'intéressé a été privé, en raison des séquelles résultant de l'accident médical, de la possibilité d'entretenir son jardin et faire du bois jusqu'à décembre 2018. Il conviendra ainsi que le fait valoir l'ONIAM qui n'est pas contredit sur ce point, d'ôter de la période allant du 23 mars 2017 au 22 octobre 2018, 8 jours correspondant à des hospitalisations subies par M. D en juin 2017. En outre, il résulte de l'instruction que M. D à perçu l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) à partir du 1er mai 2017, pour un montant de 135, 26 euros, puis de 185, 23 euros par mois entre le 12 octobre 2017 et le 22 octobre 2018. Au vu de ces éléments, sur la base de 569 jours, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche fixé, s'agissant d'une aide non spécialisée, à 13 euros sur l'ensemble de la période écoulée, et calculé sur la base de 412 jours afin de tenir compte des congés payés. Le préjudice résultant de la nécessité pour M. D de recourir à l'assistance d'une tierce personne sur la période considérée peut ainsi être évalué à la somme de 19 130 euros dont 2 990 euros ont été couverts par l'APA. Dès lors, après déduction des sommes versées par le département, le préjudice lié à l'assistance temporaire par tierce personne sera justement indemnisé par l'ONIAM par l'octroi d'une somme de 16 140 euros, à laquelle il conviendra de rajouter 520 euros correspondant aux frais que M. D a dû exposer pour l'entretien de son jardin, soit une somme globale de 16 660 euros.
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
19. Il résulte de l'instruction notamment du rapport d'expertise du docteur A, que M. D a subi un déficit fonctionnel temporaire total imputable du 8 novembre 2016 au 23 mars 2017 ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel imputable de 75% du 24 mars 2017 au 22 octobre 2018, date de consolidation. Il sera fait une juste appréciation du préjudice total subi par l'intéressé, en excluant comme le soutient l'ONIAM le jour de consolidation, au titre de ces deux périodes en lui allouant une somme de 9 000 euros.
Quant aux souffrances endurées :
20. Le docteur A a fixé à 3 sur 7 les souffrances, notamment morales, endurées par M. D en raison de l'accident médical non fautif qu'il a subi. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant aux ayants droit de celui-ci une somme de 4 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
21. L'expert judiciaire tout comme le docteur E dans son rapport d'expertise du 22 mai 2017, ont retenu un préjudice esthétique temporaire en raison d'une altération de l'image corporelle par l'inertie totale du membre supérieur gauche et les troubles de la marche. Le préjudice esthétique temporaire étant, par sa nature même qui porte sur les altérations de l'apparence physique avant la consolidation, distinct du préjudice esthétique permanent, et en l'absence d'évaluation de ce préjudice sur une échelle de 1 à 7 par les experts, il sera réparé à hauteur du taux fixé pour le préjudice esthétique permanent, soit 3, 5 sur 7, soit à hauteur d'une somme de 5 300 euros.
S'agissant des préjudices définitifs :
S'agissant des frais de véhicule adapté :
22. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur A qu'en raison des conséquences de l'accident médical non fautif dont il a été la victime, M. D a eu besoin d'acquérir une voiture à boîte de vitesse automatique. Il résulte de cette même instruction que M. D a fait l'acquisition le 4 octobre 2019 pour un montant de 17 920 euros d'un véhicule de type Peugeot 208 dotée d'une telle boîte de vitesse. Cependant, et alors que les frais d'achat d'un véhicule adapté ne peuvent qu'être indemnisés à hauteur des frais liés au surcoût d'acquisition d'un véhicule adapté aux besoins de M. D ou des frais d'adaptation de son véhicule et non du coût total d'acquisition de ce véhicule, les pièces produites par les requérants ne permettent pas de chiffrer le surcoût lié à la présence d'une boite automatique. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce surcoût en allouant aux intéressés une somme de 2 000 euros au titre de ce chef de préjudice.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
23. Le docteur A ayant fixé le déficit fonctionnel permanent subi par M. D à 60%, il sera fait, compte tenu de l'âge de 73 ans de l'intéressé à la date de consolidation, de son espérance de vie à cette date et de son décès le 1er novembre 2019, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à ses ayants droit une somme de 16 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
24. Le docteur A a fixé à 3, 5 sur 7 ce préjudice au regard de l'altération de l'image corporelle, des troubles de la marche et d'un membre supérieur gauche devenu inerte. Compte tenu de l'âge de 73 ans de l'intéressé à la date de consolidation, de son espérance de vie à cette date et de son décès le 1er novembre 2019, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à ses ayant droit une somme de 800 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
25. Les consorts D font valoir que I D a subi un préjudice d'agrément résultant de l'impossibilité pour lui de pratiquer certaines activités du fait de son handicap, notamment le jardinage, l'entretien extérieur de son domicile ainsi que la chasse. Selon le rapport d'expertise, ce préjudice est important compte tenu des limitations liées au bras gauche de l'intéressé. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, compte tenu de l'âge de 73 ans de l'intéressé à la date de consolidation, de son espérance de vie à cette date et de son décès le 1er novembre 2019 en allouant à ses ayants droit la somme de 1 500 euros.
S'agissant du préjudice sexuel :
26. Il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel de M. D, âgé de 73 ans à la date de consolidation et décédé le 1er novembre 2019 en allouant à ses ayants droit une somme de 500 euros.
S'agissant de l'assistance à tierce personne :
27. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur A, que M. D a eu besoin, au titre de cette assistance, d'une demi-heure de soins infirmiers par jour, de 6 heures d'aide-ménagère par semaine. L'expert souligne également qu'à partir de janvier 2019 jusqu'à son décès, l'état de santé de l'intéressé qui s'est dégradé en raison de la seule évolution du cancer, aurait " empêché Monsieur D de poursuivre cette activité [d'entretien de son jardin et de coupe de bois], et les frais d'entretien du jardin pendant cette période ne sont plus imputables à l'accident médical ". Ainsi que le soutient l'ONIAM, les requérants ne justifient pas que les soins d'infirmiers qui ont été exposés n'auraient pas donné lieu à prise en charge par les organismes de sécurité sociale et/ou complémentaires. S'agissant des frais d'aide-ménagère, il convient comme le soutient de l'ONIAM de déduire les périodes d'hospitalisation subies par M. D le 14 janvier 2019 et du 26 août au 1er novembre 2019, soit 68 jours. Eu égard à ce qui a été dit au point 17, et après déduction de l'APA versée entre le 22 octobre 2018 et le 1er novembre 2019, date du décès de M. D, soit 2 280 euros, il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser aux ayants droit de M. D une somme dont il sera fait une juste appréciation en la fixant à 2 145 euros.
Sur les préjudices propres des consorts D :
28. Les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ne prévoient d'indemnisation au titre de la solidarité nationale que pour les préjudices du patient et, en cas de décès, de ses ayants droit. Ainsi qu'il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur A, que le décès de M. D le 1er novembre 2019 n'est pas survenu en raison des conséquences de l'accident médical non fautif dont il a été victime mais en raison des suites d'un cancer du pancréas. Par suite, le préjudice moral invoqué par les requérants mais aussi celui tenant aux frais de déplacement exposés par Mme H entre le 3 novembre 2016 et le 23 mars 2017, pour rendre visite à son époux hospitalisé, ne peuvent qu'être écartés.
29. Il résulte de tout ce qui précède que l'ONIAM est condamné à verser aux requérants une somme de 61 261, 11 euros en réparation des préjudices subis par M. D, sous déduction de la somme versée en application de l'ordonnance n° 1800265 du 28 janvier 2019 rendue par le juge de la provision.
Sur les conclusions reconventionnelles de l'ONIAM :
30. La somme accordée aux requérants par le présent jugement étant inférieure à la somme de 80 000 euros accordée par le juge de la provision dans l'ordonnance mentionnée au point 29, il y a lieu de faire droit aux conclusions reconventionnelles présentées par l'ONIAM qui est fondé à demander aux demandeurs le remboursement de la somme de 18 739, 89 euros correspondant à la différence entre la somme de 80 000 euros et la somme de 61 261, 11 euros mentionnée au point précédent.
Sur les dépens :
31. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
32. Les frais et honoraires de l'expertise médicale réalisée le 3 février 2021, liquidés et taxés à la somme totale de 1 560 euros par une ordonnance n° 1900857 du 4 février 2021 sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
Sur les frais liés au litige :
33. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Oniam le versement d'une somme globale de 1 800 euros à Mme G H, veuve D, M. C D et M. B D à en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à Mme G H, veuve D, M. C D et M. B D une somme de 61 261, 11 euros en réparation des préjudices subis par M. I D, sous déduction de la somme versée en application de l'ordonnance n° 1800265 du 28 janvier 2019 rendue par le juge de la provision.
Article 2: Mme G H, veuve D, M. C D et M. B D verseront à l'ONIAM une somme de 18 739, 89 euros correspondant à la différence entre la somme de 80 000 euros accordée par le juge de la provision dans son ordonnance du 28 janvier 2019 et la somme de 61 261, 11 euros accordée par le présent jugement.
Article 3 : Les frais de l'expertise judiciaire réalisée par le docteur A, taxés et liquidés à une somme de 1 560 euros par une ordonnance du 4 février 2021, sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
Article 4: Il est mis à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme G H, veuve D, M. C D et M. B D, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026