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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101641

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101641

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantARTAUD - BELFIORE - CASTILLON - GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2021, M. B C, représenté par Me Grenoble-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 13 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer, ainsi que les décisions de retrait de points fondées sur des infractions commises les 25 septembre 2016, 18 mars 2016, 3 septembre 2017, 3 mars 2018, 30 mai 2019, 1er mai 2020, 22 mai 2020 et le 20 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire rétabli en sa validité et doté d'un capital de points reconstitué, dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est recevable à exciper de l'illégalité des décisions de retrait de points ;

- il n'a pas reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- l'invalidation de son permis de conduire est illégale en raison de l'illégalité des retraits de points sur lesquels elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a fait l'objet d'un retrait de six points pour une infraction constatée le 18 mars 2016, d'un retrait d'un point pour une infraction constatée le 25 septembre 2016, d'un retrait de trois points pour une infraction constatée le 3 septembre 2017, d'un retrait d'un point pour une infraction constatée le 3 mars 2018, de retraits de deux points pour deux infractions constatées le 30 mai 2019 et le 1er mai 2020 et d'un retrait de trois points pour une infraction constatée le 20 octobre 2020. Par une décision du 13 août 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de l'intéressé à la suite du retrait de la totalité des points qui lui étaient affectés. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision du 13 août 2021 ainsi que l'annulation des huit décisions du ministre de l'intérieur portant retrait de points de son permis de conduire et ayant conduit à l'invalidation de son permis de conduire.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral produit en défense que les points retirés en raison des infractions commise les 25 septembre 2016 et 3 mars 2018 ont été restitués respectivement les 24 avril 2017 et 18 septembre 2018. Ces retraits de points doivent, ainsi, être regardés comme ayant été rapportés avant l'enregistrement de la requête et les conclusions les concernant sont dès lors dépourvues d'objet et, par voie de conséquence, irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulations des décisions de retrait de points des infractions des 18 mars 2016, 3 septembre 2017, 30 mai 2019, 1er mai 2020, 22 mai 2020 et le 20 octobre 2020 :

3. La délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une condamnation pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

En ce qui concerne la légalité des retraits de points consécutifs aux infractions constatées les 18 mars 2016 et 3 septembre 2017 et 30 mai 2019 :

4. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit la copie des procès-verbaux électroniques établis lors de la constatation des infractions du 18 mars 2016 et 3 septembre 2017. Ces procès-verbaux, signés par le requérant ou indiquant " refus de signer ", mentionnent les retraits de deux, trois et six points du permis de conduire et les autres informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le ministre apporte la preuve, qui lui incombe, que les informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 ont bien été délivrées au requérant lors de la constatation de cette infraction. Il suit de là que le retrait de trois points opéré est intervenu selon une procédure régulière.

En ce qui concerne la légalité du retrait de points consécutif à l'infraction constatée le 30 mai 2019 :

5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder, n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante si ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

6. Il résulte de l'instruction que le procès-verbal électronique de l'infraction commise le 30 mai 2019, produit par le ministre de l'intérieur, n'est signé que du seul agent de la force publique et n'indique pas les informations prescrites par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte également de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral, que M. C s'est acquitté d'une amende forfaitaire relative à une infraction de même nature constatée le 3 mars 2018, ainsi qu'en atteste les mentions " AF amende forfaitaire ". Le requérant, qui ne conteste pas ce paiement et ne soutient pas avoir reçu un avis inexact ou incomplet, doit être regardé comme ayant bénéficié, à ces occasions, de l'information relative au traitement informatisé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité des retraits de points consécutifs des infractions constatées les 1er mai et 20 octobre 2020 :

7. Le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". Enfin, en vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

8. Lorsqu'une infraction entraînant un retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions citées ci-dessus, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

9. D'une part, il résulte de l'instruction que M. C a, lors du procès-verbal relatif à l'infraction constatée le 20 octobre 2020, apposé sa signature sur la page écran mentionnée au point précédent. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur apporte la preuve qu'il a reçu les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. D'autre part, le ministre produit le procès-verbal électronique dressé à la suite de l'infraction du 1er mai 2020, qui comporte l'ensemble des informations exigées par la loi et est revêtu de la mention " refus de signer " qui suffit ainsi à établir, s'agissant d'une infraction postérieure au 15 avril 2015, que le requérant a été destinataire, à l'occasion de cette verbalisation, de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

En ce qui concerne la légalité du retrait de points consécutif à l'infraction constatée le 22 mai 2020 :

11. Il résulte de l'instruction que l'infraction constatée le 22 mai 2020 a été constatée par radar automatique. S'il ressort du relevé d'information intégral que cette infraction a donné lieu, en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à établir que le requérant aurait reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par ailleurs, la circonstance qu'il aurait bénéficié des informations requises par les dispositions précitées du code de la route à l'occasion d'infractions antérieures de même nature commises le 25 septembre 2016 et le 3 mars 2018 ne suffit pas davantage à établir qu'il aurait été informé, s'agissant des infractions en cause, de leur existence même et de leur nature. Dès lors, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre a retiré deux points du capital de son permis de conduire à la suite des infractions des 24 juillet 2007 et 21 mars 2008 sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision de retrait d'un point opéré à la suite de l'infractions du 22 mai 2020 et par voie de conséquence, de la décision 48SI du 13 août 2022 du ministre de l'intérieur l'informant de la perte de validité de son permis de conduire, dès lors que son capital de points n'était pas nul à la date de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement implique nécessairement que, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, d'une part, le point retiré à la suite de l'infraction du 22 mai 2020 soit restitué sur le permis de conduire de M. C, d'autre part, le ministre de l'intérieur restitue à M. C son titre de conduite doté du point illégalement retiré, dans le respect du plafond légal et des points légalement retirés, sous réserve d'éventuelles évolutions des circonstances de fait qui seraient entre-temps intervenues.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La décision de retrait d'un point opéré à la suite de l'infraction du 22 mai 2020 ainsi que la décision 48SI du 13 août 2022 du ministre de l'intérieur informant M. C de la perte de validité de son permis de conduire sont annulées.

Article 2:Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, de restituer à M. C le point retiré à la suite de l'infraction du 22 mai 2020, ainsi que son titre de conduite doté du point illégalement retiré, dans le respect du plafond légal et des points légalement retirés, sous réserve d'éventuelles évolutions des circonstances de fait.

Article 3: Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le président,

P. A

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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