jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101663 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DOUNIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Douniès, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2021 par laquelle le préfet de l'Indre a rejeté son recours gracieux contre la décision du 21 septembre 2021 par laquelle ce dernier avait octroyé le concours de la force publique à Me Poulain, huissier de justice, en vue de son expulsion du logement situé 3 rue des jardins de la ville à La Châtre ;
2°) de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher son expulsion du logement situé 3 rue des jardins de la ville à La Châtre ;
3°) d'enjoindre à la sous-préfète d'Issoudun et de La Châtre de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle se fonde sur un jugement rendu le 11 décembre 2020 par le juge des contentieux et de la protection de Châteauroux frappé d'appel et qui n'est, par suite pas devenu définitif ; l'audience d'appel est fixée au 14 décembre 2021 ;
- le délai de suspension accordé par le juge de l'exécution expire le 4 novembre 2021 ;
- la décision se fonde sur des faits erronés en raison de son état de santé le contraignant à l'isolement ; une intervention chirurgicale est prévue à court terme ; il subit une baisse de revenus dès lors qu'il n'a pu reprendre son travail et alors que suite à l'accord de conciliation entériné devant le juge de l'exécution il doit, outre le versement de l'indemnité d'occupation, le remboursement de la dette locative à hauteur de 400 euros par mois ; aucune solution pérenne de logement ne lui a été faite ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 décembre 2021, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête et demande qu'une amende soit prononcée sur le fondement des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- la requête revêt un caractère abusif.
La clôture de l'instruction a été fixée au 26 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de procédure civile ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Siquier,
- les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Faré représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 11 décembre 2020, le tribunal judiciaire de Châteauroux a prononcé la résiliation du bail en exécution duquel M. B occupait un logement d'habitation situé 3, rue des jardins de la ville à La Châtre, ordonné à ce dernier de quitter les lieux et autorisé son expulsion à défaut de départ volontaire. Sur demande de l'intéressé, le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Châteauroux a suspendu pendant un délai de trois mois la procédure d'expulsion par jugement du 13 juillet 2021. Par une décision du 21 septembre 2021, le préfet de l'Indre a accordé à la propriétaire du logement le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion, à compter du 20 octobre 2021. Par une décision du 12 octobre 2021 la sous-préfète d'Issoudun et de La Châtre a rejeté son recours gracieux. Le requérant demande l'annulation de cette décision.
Sur l'étendue du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte, et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Par suite, en application du principe rappelé au point précédent, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de la décision du 12 octobre 2021 rejetant son recours gracieux doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision du 21 septembre 2021 portant octroi de la force publique pour procéder à son expulsion.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 36-2021-06-08-0003 du 8 juin 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 36-2021-070 de la préfecture de l'Indre le 10 juin 2021, Mme E D, sous-préfète d'Issoudun et de La Châtre, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions, documents et correspondances administratives et comptable " se rapportant notamment à l' " octroi du concours de la force publique pour l'exécution des jugements d'expulsion immobilière ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire.". En application de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
6. Les décisions accordant le concours de la force publique, qui sont des mesures d'exécution d'une décision de justice, ne sont pas au nombre des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni, par voie de conséquence, être soumises au respect de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du même code. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 21 septembre 2021 est inopérant et doit dès lors être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 514 du code de procédure civile : " Les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement. ". Aux termes des dispositions de l'article 514-3 de ce code : " En cas d'appel, le premier président peut être saisi afin d'arrêter l'exécution provisoire de la décision lorsqu'il existe un moyen sérieux d'annulation ou de réformation et que l'exécution risque d'entraîner des conséquences manifestement excessives. / () En cas d'opposition, le juge qui a rendu la décision peut, d'office ou à la demande d'une partie, arrêter l'exécution provisoire de droit lorsqu'elle risque d'entraîner des conséquences manifestement excessives. ".
8. Il résulte de l'ordonnance du 11 octobre 2021 que le premier président de la cour d'appel de Bourges a constaté que M. B n'avait pas contesté l'exécution provisoire dont était assorti le premier jugement afin de suspendre cette exécution le temps de la procédure d'appel, et après avoir examiné la situation du requérant, a rejeté sa demande tendant à ce qu'il prononce l'arrêt de l'exécution provisoire du jugement rendu le 11 décembre 2020 par le juge de l'exécution en ce qui concerne la résiliation du bail et la libération des lieux, avec le cas échéant l'assistance de la force publique. Par suite, l'appel formé contre ce jugement du 11 décembre 2020 n'a pas eu pour effet d'en suspendre l'exécution et le moyen tiré du caractère non exécutoire de ce jugement doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article 503 du code de procédure civile : " Les jugements ne peuvent être exécutés contre ceux auxquels ils sont opposés qu'après leur avoir été notifiés, à moins que l'exécution n'en soit volontaire. () ".
10. En l'espèce, dès lors que le jugement du juge de l'exécution rendu le 13 juillet 2021 a suspendu pour une durée de trois mois, l'exécution du jugement du 11 décembre 2020 par lequel le tribunal judiciaire a résilié le bail de M. B et lui a ordonné de quitter les lieux et que M. B est le bénéficiaire de ce jugement, il ne peut se prévaloir de ce que la notification à son égard, au demeurant non établie, serait intervenue le 4 août 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que la suspension de son expulsion produisait ses effets jusqu'au 4 novembre 2021 manque en droit et en fait.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. () ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ".
12. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique.
13. Si M. B soutient que la décision se fonde sur des faits erronés en raison de son état de santé le contraignant à l'isolement, qu'une intervention chirurgicale est prévue à court terme, il n'établit ces faits par aucune des pièces qu'il produit. S'il justifie d'une baisse de revenus dès lors qu'il n'a pu reprendre son travail, il n'en demeure pas moins que M. B a perçu un salaire total net d'un montant de 18 741,22 euros pour la période allant du mois de janvier à août 2021 sans pour autant justifier du paiement de l'indemnité d'occupation due en raison de son maintien dans les lieux ni du respect de l'accord de conciliation entériné devant le juge de l'exécution l'obligeant au paiement de 400 euros par mois en vue du remboursement de la dette locative. En outre, si M. B fait valoir qu'aucune solution pérenne de logement ne lui a été faite, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit du courrier que lui avait adressé la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP), il n'a pas saisi la commission de médiation du droit au logement opposable (DALO) et il ne soutient, ni même n'allègue qu'il aurait sollicité l'attribution d'un logement dans le parc locatif social ou privé ni procédé par lui-même à une recherche en vue de son relogement. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur les autres conclusions de la requête :
14. Il résulte de l'instruction que le 22 octobre 2021, postérieurement à l'enregistrement de la requête, Me Poulain, huissier de justice appuyé par la force publique dont le concours lui avait été accordé par la décision contestée du 21 septembre 2021, a procédé à l'exécution de la mesure d'expulsion prononcée à l'encontre de M. B qui occupait un logement 3 rue des jardins de la Ville de La Châtre. Par suite, et alors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'ordonner la réintégration dans les lieux d'un locataire expulsé en exécution d'une décision de justice, les conclusions présentées par M. B tendant à sa réintégration dans son logement doivent être rejetées.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris ces conclusions aux fins d'injonction et celles tendant au versement d'une somme d'argent au titre des frais de justice.
Sur l'amende pour recours abusif :
16. Les dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative prévoient que : " le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 3 000 euros. " La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre au juge, les conclusions du préfet de l'Indre tendant à ce que M. B soit condamné à une telle amende ne peuvent être accueillies.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Les conclusions présentées par le préfet de l'Indre sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef
La Greffière
M. C
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026