lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101664 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SADEK SALIHA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 octobre 2021, le 17 mars 2022 et le 4 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Sadek, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a interdit de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Les arrêtés pris dans leur ensemble :
- ont été signés par une autorité incompétente, à défaut de délégation de signature suffisamment précise et de la preuve de l'absence ou d'empêchement du préfet ;
- sont dépourvus de motivation ;
L'arrêté portant refus de séjour :
- est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine obligatoire de la commission du titre de séjour ;
- a méconnu les stipulations des paragraphes 1, 5 et 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors que sa durée de séjour en France est significative et qu'il appartient à l'administration d'énumérer précisément les périodes pour lesquelles font défaut les preuves de sa présence en France ; qu'il ne dispose plus d'attaches dans son pays d'origine alors qu'il est divorcé et que ses enfants encore vivants sont grands ; qu'il souffre d'une malformation cardiaque génétique pour laquelle il ne pourra bénéficier d'un suivi de qualité dans son pays d'origine où l'un médicament préconisé pour son traitement n'est pas disponible ;
- a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
L'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégal par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel il se fonde ;
- est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas été notifié en présence d'un interprète ; les délais et voies de recours ne lui sont pas opposables dès lors qu'ils n'ont pas été traduits en arabe ;
- est disproportionné au regard des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 6 § 5 et 7 de l'accord franco-algérien.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 février 2022 et le 31 mars 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né en 1956, est entré en France le 19 novembre 2011 selon ses déclarations. Le 17 juin 2016, il a été autorisé à séjourner pour une durée de dix mois en raison de son état de santé. Par la suite, il a sollicité à trois reprises le renouvellement puis la délivrance d'une carte de résident algérien au titre de sa maladie. Par trois arrêtés des 17 juillet 2017, 21 janvier 2019 et 29 septembre 2020, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 13 avril 2021, M. C a de nouveau sollicité son admission au séjour au titre de ses dix années de présence. Par deux arrêtés du 23 juin 2021 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour et a porté l'interdiction de retour sur le territoire français à une durée de deux ans.
Sur l'étendue du litige :
2. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Toutefois, par un jugement en date du 18 octobre 2021, le tribunal administratif de Limoges a rejeté son recours contre cet arrêté au motif qu'il avait été introduit plus de quinze jours après sa notification le 16 juillet 2021 et renvoyé en formation collégiale les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2021 portant refus de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 25 mai 2021, publié le 28 mai 2021 au recueil des actes administratifs n° 87-2021-063 de la préfecture de la Haute-Vienne, le préfet de ce département a donné délégation à M. Decours, secrétaire général, à l'effet de signer, les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient le requérant, une telle délégation n'est ni trop générale ni trop imprécise et n'est pas conditionnée à une absence ou un empêchement du préfet. En conséquence, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de son arrêté, le préfet de la Haute-Vienne a visé les stipulations de l'article 6 §1 de l'accord franco-algérien ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à la situation de M. C. Il a également précisé les raisons pour lesquelles il a considéré que celui-ci ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur la situation familiale de l'intéressé, l'exigence de motivation n'impliquant pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de sa situation. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, l'arrêté attaqué est, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment motivé.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans / () ".
6. M. C allègue être entré en France en 2011 sous couvert d'un visa court séjour, valable du 17 octobre 2011 au 13 avril 2012, sans en apporter la preuve et s'y maintenir depuis lors. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des pages de son passeport tamponnées de ses entrées et sorties que M. C a quitté le territoire français à plusieurs reprises en 2012, 2013, 2015, 2016 et 2017 ce qu'il ne contredit pas puisqu'il précise dans sa requête avoir effectué des allers-retours en Algérie. Au demeurant, les documents versés au dossier, au titre de ses années passées en France, sont peu nombreux notamment pour les cinq premières années et peu diversifiés en ce qu'il s'agit principalement de relevés d'analyses ou d'ordonnances, ne suffisant pas à établir que M. C résidait habituellement et de manière continue en France au titre de la période dont il se prévaut. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".
8. Si le requérant fait grief au préfet de n'avoir pas examiné sa demande sur le fondement des paragraphes 5 et 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de sa demande de titre de séjour du 31 mars 2021 que celle-ci aurait eu un autre fondement que les stipulations de l'article 6 § 1 de ce même accord. Le préfet n'étant pas tenu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des stipulations d'un accord bilatéral d'examiner d'office si le demandeur peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre stipulation de cet accord, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C, divorcé et sans enfant à charge, allègue de ses 10 ans de présence en France sans que cette durée ne puisse être prise en compte, ainsi qu'il a été dit précédemment. Il se maintient depuis de façon irrégulière en dépit de trois mesures d'éloignement prises par le préfet de la Haute-Vienne le 17 juillet 2017, le 21 janvier 2019 et le 29 septembre 2020, confirmées par la cour administrative d'appel de Bordeaux pour les deux premières et le tribunal administratif de Limoges pour la dernière. S'il se prévaut d'un ancrage profond sur le territoire français, y avoir tissé des liens riches et précieux et su s'y créer de " belles amitiés ", il n'en justifie pas et ne produit aucun élément au soutien de ses affirmations de nature à établir une quelconque insertion sociale, affective ou professionnelle sur place. S'il soutient qu'il souffre d'une malformation cardiaque génétique qui serait la cause du décès de quatre de ses huit enfants et pour laquelle il ne peut bénéficier d'un suivi de qualité dans son pays d'origine où un médicament préconisé pour son traitement n'est pas disponible, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé à trois reprises et pour la dernière fois le 14 août 2020 sur sa pathologie et a considéré que son état de santé nécessitait certes une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il pouvait y bénéficier d'un traitement approprié. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que M. C dispose toujours d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident quatre de ses enfants, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien.
11. En dernier lieu, aux termes des dispositions l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".
12. Il résulte de ces dispositions que, s'agissant des ressortissants algériens, le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas de ceux qui remplissent effectivement les conditions permettant de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour, auxquels il envisage de refuser le certificat de résidence algérien sollicité, et non de celui de tous les ressortissants algériens qui se prévalent de ces stipulations.
13. Dès lors que M. C ne remplit pas les conditions pour bénéficier du titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Vienne n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision contestée, de sorte que le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
D. ARTUS
La greffière d'audience,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026