jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101674 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LIERE-JUNJAUD-LEFRANC-BERQUEZ-DEMONT ET ANC. VILLATTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, respectivement enregistrées les 21 octobre 2021 et 7 décembre 2021, et un mémoire, enregistré le 28 novembre 2022 qui n'a pas été communiqué, M. C F, représenté par Me Lefranc, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 25 août 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de l'Indre a autorisé son licenciement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- les faits du 8 avril 2021 qui fondent la décision attaquée ne peuvent faire l'objet d'une seconde sanction alors qu'ils ont déjà été sanctionnés, son employeur lui ayant déjà demandé de s'en expliquer lors d'un entretien du 9 avril 2021 après l'y avoir convoqué et les explications ayant été consignées par écrit dans un document intitulé " feuille de suivi " ;
- les faits du 8 avril 2021 ne sont pas justifiés ; le témoignage de M. D, directement impliqué dans l'altercation n'est pas probant, pas plus que celui de M. A qui, en qualité de responsable d'atelier, occupe un emploi d'encadrement proche de la direction et n'a pas assisté à l'altercation et ne faisait même pas état d'insulte dans la " feuille de suivi " du 9 avril 2021 ;
- il n'a pas tenu les propos qu'on lui impute lors de la réunion du comité social le 14 avril 2021 ; il n'a pas abusé de ses prérogatives ou manqué à ses obligations à l'occasion de l'exercice de son mandat syndical et de représentant du personnel ; l'élue titulaire CFDT a dénoncé le compte rendu de cette réunion qui ne reflétait pas la réalité et la totalité des propos tenus lors de cette réunion à tel point qu'elle a refusé d'être présente à la réunion du 23 avril 2021 ; il doit être tenu compte du contexte particulier où les menaces et les injures sont régulières et tolérées et alors que son employeur avait déjà tenté d'obtenir l'autorisation de le licencier pour des faits similaires ; les agissements de son employeur ont lourdement affecté son état de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2021, la société Lavox-BLN, représentée par Me Chenu, conclut au rejet de la requête et de mettre à la charge de M. F la somme de 2 000 euros à verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 12 juillet 2022, n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Siquier,
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Mayoux représentant la société Lavox-BLN.
Considérant ce qui suit :
1. M. F a été recruté par la société Lavox-BLN le 2 décembre 2016 en contrat à durée déterminée puis en contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2017 en qualité d'agent de production polyvalent. Il a été désigné en qualité de représentant de section syndicale par le syndicat des services CFDT de l'Indre le 12 novembre 2018. Depuis le 10 décembre 2019, il est membre suppléant du comité social et économique. Son employeur a saisi le 22 juin 2021 la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation et de l'emploi (Direccte) de la Nouvelle-Aquitaine d'une demande tendant à la délivrance d'une autorisation de licenciement. Il lui reproche d'avoir le 8 avril 2021 agressé un salarié de l'entreprise et avoir tenu à son encontre des insultes, et, le 14 avril 2021 lors d'une réunion du comité social et économique (CSE) avoir réitéré de propos grossiers et insultants pour ses collègues du CSE et pour les représentants de la direction.
Sur l'impossibilité de sanctionner deux fois une faute :
2. M. F soutient qu'il ne peut être sanctionné deux fois pour les mêmes faits qui lui sont reprochés du 8 avril 2021. Cependant, il ressort de la " feuille de suivi " que le supérieur hiérarchique du requérant a entendu ce dernier ainsi que son chef d'équipe sur les propos et l'attitude de M. F pour conclure " que les faits seront remontés pour prise de décision ". Par suite, contrairement à ce que soutient M. F, ce document, qui n'est pas contresigné mais cosigné par ses supérieurs hiérarchiques, ne constitue pas une sanction disciplinaire mais seulement un acte préparatoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'interdiction de sanctionner deux fois une même faute manque en fait et doit être écarté.
Sur la matérialité des faits reprochés :
3. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail.
4. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 1235-1 du code du travail que, lorsqu'un doute subsiste au terme de l'instruction diligentée par le juge de l'excès de pouvoir sur l'exactitude matérielle des faits à la base des griefs formulés par l'employeur contre le salarié protégé, ce doute profite au salarié.
5. En premier lieu, s'agissant des propos insultants du 8 avril 2021 à l'encontre de son chef d'équipe imputés à M. F, l'inspectrice du travail a constaté la matérialité des faits. En revanche, elle a écarté les actes de violence reprochés par son employeur. Il résulte à cet égard de la décision attaquée que le requérant a reconnu lors de l'enquête contradictoire avoir tenu des propos injurieux à connotation sexuelle à l'encontre de son chef d'atelier. L'employeur produit également une attestation du responsable d'atelier, supérieur hiérarchique du requérant, faisant état de manière circonstanciée de propos injurieux tenus à l'encontre de M. D, chef d'équipe, et une attestation de ce dernier selon laquelle il s'était " senti agressé dans ses propos et dans sa gestuelle ". Dans ces conditions, et dès lors que le requérant qui conteste devant le tribunal la matérialité des faits, n'apporte aucun élément de nature à prouver qu'il n'aurait pas tenu de tels propos, les faits reprochés à M. F tenant en des propos insultants en date du 8 avril 2021 sont établis. Il n'en va en revanche pas ainsi des actes de violence incriminés qui ne sont pas suffisamment circonstanciés.
6. En second lieu, s'agissant des propos grossiers et insultants pour ses collègues du comité social et économique (CSE) et pour les représentants de la direction de l'entreprise lors de la réunion du 14 avril 2021 et de leur réitération, l'inspectrice du travail a estimé que la matérialité des faits était établie. Il résulte, à cet égard, de l'instruction que le procès-verbal de la réunion du 14 avril 2021 faisant état de l'attitude de M. F a été adopté à l'unanimité des membres présents. Le message électronique adressé par une représentante syndicale de la CFDT à l'inspectrice du travail indiquant notamment que " la majorité de la retranscription des propos tenus par nos élus CFDT sont déformés ou formulés dans votre sens c'est pour cette raison que les élus CFDT ne seront pas présents à la réunion CES extraordinaire du 23 avril " n'est pas, à lui seul, de nature à établir que M. F n'aurait pas tenus les propos précités. Dans ces conditions, et dès lors que le requérant n'apporte aucun élément de nature à prouver qu'il n'aurait pas tenu de tels propos, la matérialité des faits reprochés à M. F tenant en des propos insultants lors de la réunion du CSE du 14 avril 2021 est établie.
Sur la gravité des faits reprochés :
7. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un acte ou un comportement du salarié survenu en dehors de l'exécution de son contrat de travail, notamment dans le cadre de l'exercice de ses fonctions représentatives, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits en cause sont établis et de nature, compte tenu de leur répercussion sur le fonctionnement de l'entreprise, à rendre impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, eu égard à la nature de ses fonctions et à l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé.
8. Il résulte de ce qui précède que M. F a proféré à deux reprises des propos injurieux, respectivement à l'encontre de son chef d'équipe, lors de l'exécution de son contrat de travail, puis du personnel encadrant de l'entreprise et de membres du CSE dans l'exercice de son mandat de représentant. Le premier grief n'est pas entaché d'une gravité suffisante justifiant à lui seul le licenciement. S'agissant du second grief, eu égard au climat tendu qui régnait dans l'entreprise, notamment en ce qui concerne la mise en œuvre du protocole de réduction du temps de travail et la gestion du temps de travail des salariés à mi-temps thérapeutique et du conflit ouvert entre représentants syndicaux et du personnel affiliés au syndicat CDFT et au syndicat CFTC, les propos de M. F qui s'analysent en des insultes grossières ne sont pas constitutifs de fautes qui, compte tenu de leur répercussion sur le fonctionnement de l'entreprise, sont de nature à rendre impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, eu égard à la nature de ses fonctions et à l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé. Par suite, l'inspectrice du travail a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en autorisant le licenciement de M. F sur la base du cumul des deux fautes précitées.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 25 août 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé le licenciement de M. F, doit être annulée.
Sur les frais d'instance :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. () ".
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. F, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Lavox-BLN demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par M. F et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 25 août 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé le licenciement de M. F est annulée.
Article 2:L'Etat versera à M. F la somme de 1 800 (mille huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3:Les conclusions présentées par la société Lavox-BLN en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. C F, au ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la société Lavox-BLN. Une copie en sera adressée pour information au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. GUICHON
La République mande et ordonne
au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en chef,
La Greffière,
M. GUICHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026