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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101699

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101699

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 800 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissant les dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences de cette décision sur sa situation privée et familiale dès lors que la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chambellant a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigérienne, née en 1981, est entrée irrégulièrement en France le 15 février 2020, selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 8 décembre 2020, un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 2 juillet 2021, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande. Elle a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été explicitement rejeté par une décision du 22 octobre 2021. Mme B demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Selon l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

3. En l'espèce, il est constant que Mme B est la mère d'un enfant français né le 28 mars 2020 de sa relation avec M. D, ressortissant français. Mme B soutient que le père de son fils contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de celui-ci depuis sa naissance. Toutefois, elle ne justifie pas, en se bornant à produire le justificatif d'un versement bancaire en date du 1er septembre 2021 à son profit sans que puisse être établi son émetteur, des factures d'achat d'un magasin de puériculture de mars 2020, mai 2020, juin 2020 et juillet 2020 sur lesquelles la mention du nom de M. D est soit manuscrite, soit dactylographiée, des factures d'achat au sein de pharmacies au cours de l'année 2021 ainsi que deux attestations, l'une de la requérante et la seconde de M. D sans qu'apparaisse la signature de celui-ci, de la réalité de cette contribution. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit au séjour de Mme B s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme B réside sur le territoire français depuis sa naissance où il a vocation à y demeurer et où réside en tout état de cause son père dont il n'est pas allégué que la reconnaissance de paternité serait remise en cause. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français à Mme B, le préfet de la Haute-Vienne a méconnu l'intérêt supérieur de son enfant et a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, méconnaissant ce-faisant les dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 2 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision.

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d'une carte de séjour temporaire à Mme B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, sous réserve de changement de circonstances de fait ou de droit. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, Me Marty, son avocate, peut donc se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur ce fondement, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au profit de Me Marty, qui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 2 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français à Mme B est annulée.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Marty, qui renonce à percevoir la part contributive payée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Marty et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. C

lg

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