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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101732

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101732

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSOLTNER RAPHAEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 novembre 2021, le 7 janvier 2022 et le 10 juin 2022, Mme C A demande au tribunal d'annuler la décision du 16 septembre 2021 par laquelle la maire de la commune de Saint-Priest-Taurion a refusé de prendre en considération ses observations relatives au classement de ses parcelles CK 52 a et b et CK 53 en zone constructible U ou AU.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la maire n'a pas obtenu de délégation précise du conseil municipal pour représenter la commune en justice et mandater un cabinet d'avocats ;

- l'arrêté n'est pas daté et n'est pas exécutoire en l'absence de mention concernant son affichage ou sa notification, conformément aux dispositions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales ;

- la maire a commis une erreur de droit en n'examinant pas les moyens soulevés à l'appui de sa demande de révision de classement ;

- la maire de la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation concernant le classement de ses parcelles.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 décembre 2021, le 24 mai 2022 et le 5 juin 2024, la commune de Saint-Priest-Taurion, représentée par Me Soltner, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le courrier en litige ne constitue pas un acte faisant grief mais un acte préparatoire insusceptible de recours ;

- aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chambellant,

- les conclusions de M. Slimani, rapporteur public,

- et les observations de Me Maret substituant Me Soltner, avocat de la commune de Saint-Priest-Taurion.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, propriétaire de l'ensemble foncier composé des parcelles cadastrées section CK 52 a et b et 53, situées au lieu-dit " La Haute Gorce " sur la commune de Saint-Priest-Taurion, a présenté, par courrier du 19 juillet 2021, ses observations relatives à la modification du classement de ses parcelles en zone constructible U ou AU dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme engagée par la commune. Par un courrier du 16 septembre 2021, la maire de Saint-Priest-Taurion a indiqué à la requérante que ses observations arrivaient hors délai et que, dans ces conditions, elle n'était pas en mesure d'en tenir compte.

Sur la recevabilité des écritures en défense :

2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né de l'exécution d'un contrat. / La signature des requêtes et mémoires par l'un de ces mandataires vaut constitution et élection de domicile chez lui. " En outre, l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales dispose : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal ; / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le maire doit avoir reçu du conseil municipal une délégation, générale ou spéciale, pour être habilité à agir en justice au nom de la commune.

4. En outre, lorsqu'une partie est une personne morale, il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie. Tel est le cas lorsque cette qualité est contestée sérieusement par l'autre partie ou qu'au premier examen, l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier.

5. Mme A soutient que faute pour la maire de justifier de la publication régulière de l'arrêté pris en application de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales à l'effet de représenter la commune en justice, son mémoire en défense doit être écarté des débats. Il est néanmoins constant que par une délibération du 26 mai 2020, le conseil municipal de Saint-Priest-Taurion a donné délégation au maire aux fins, notamment, de défendre la commune dans les actions intentées contre elle et il ressort des pièces des dossiers que, par un arrêté du 18 novembre 2021, transmis à la préfecture de la Haute-Vienne le même jour, pris en application de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, et affiché en mairie le même jour la maire de la commune a décidé d'agir dans la présente instance et a désigné le cabinet de Me Soltner pour la représenter et défendre ses intérêts à l'instance. Par suite, il y a lieu d'écarter, comme manquant en fait, le moyen de Mme A tendant à ce que les écritures en défense de la commune soient écartées des débats pour défaut de qualité du maire à représenter la commune en justice dans la présente instance.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

6. Un requérant n'est pas recevable à attaquer par la voie du recours pour excès de pouvoir un acte préparatoire. Cette irrecevabilité s'étend aux délibérations à caractère préparatoire des collectivités territoriales et de leurs établissements publics, même à raison des vices propres allégués et il ne peut être fait exception à la règle selon laquelle un acte préparatoire ne saurait donner lieu à un recours pour excès de pouvoir que dans les cas où il en est ainsi disposé par la loi.

7. Par un courrier du 19 juillet 2021, Mme A a présenté, postérieurement à la clôture de l'enquête publique qui s'est déroulée du 14 décembre 2020 au 30 janvier 2021, ses observations relatives au maintien du classement de ses parcelles en zone AU dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme engagée par la commune de Saint-Priest-Taurion par la délibération du 8 avril 2020. Mme A n'est pas recevable à solliciter l'annulation du courrier de la maire de Saint-Priest-Taurion du 16 septembre 2021 par lequel elle a refusé de retenir ses observations faute d'avoir été présentées dans les délais dès lors que ce courrier constitue une lettre d'information qui ne fait pas grief et ne peut être regardé comme une décision de refus de classement de parcelles. Si Mme A s'appuie sur le projet d'aménagement et de développement durables ainsi que sur le rapport de présentation de février 2020 portant sur le projet d'élaboration du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Priest-Taurion afin de présenter ses arguments en faveur du classement de ses parcelles en zone constructible, ces documents présentent là encore le caractère d'un acte préparatoire et ne sont pas susceptibles de recours. Par suite, il y a lieu d'accueillir les fins de non-recevoir opposées en défense et de rejeter les conclusions aux fins d'annulation de ce courrier, qui sont irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Saint-Priest-Taurion présentées sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2:Les conclusions de la commune de Saint-Priest-Taurion présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la commune de Saint-Priest-Taurion et à Me Soltner.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

N. NORMAND

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière

M. B

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