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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101740

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101740

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantGILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 novembre 2021, 10 novembre et 30 novembre 2022, la commune de Verneuil-sur-Vienne, représentée par Me Gillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2021 par lequel le ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités lui a notifié pour l'année 2021 son attribution individuelle au titre des composantes de la dotation globale de fonctionnement (DGF) en application de l'article L. 1613-5-1 du code général des collectivités territoriales, ensemble la décision du 7 septembre 2021 du préfet de la Haute-Vienne rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune requérante soutient que :

- ces décisions sont illégales dès lors que, pour déterminer la dotation de solidarité rurale qui est l'une des composantes de la DGF, le ministre et le préfet se sont crus à tort liés par le classement en unité urbaine de la commune réalisé par l'institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), classement qui n'a au demeurant aucune valeur juridique ;

- en retenant que " la continuité du bâti était désormais assuré ", la préfète de la Haute- Vienne a commis une erreur d'appréciation ;

- le mémoire en défense produit par le préfet est entaché d'inexactitudes, la commune n'appartenait pas à la communauté de communes du Val de Vienne entre 2010 et 2020 mais à Limoges Métropole et, ce, dès 2011.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la commune ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 9 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha, rapporteur,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Gillet pour la commune requérante et de M. A pour le préfet de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 31 mai 2021, le ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités a notifié pour l'année 2021 à la commune de Verneuil-sur-Vienne son attribution individuelle au titre des composantes de la dotation globale de fonctionnement (DGF) en application de l'article L. 1613-5-1 du code général des collectivités territoriales. Par un courrier du 15 juillet 2021, le maire de cette commune a saisi le préfet de la Haute-Vienne d'un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté par lequel il lui a demandé de réexaminer son attribution au titre de l'année 2021 de son montant de dotation de solidarité rurale, laquelle est une composante de la DGF. La commune de Verneuil-sur-Vienne demande l'annulation de cet arrêté du 31 mai 2021 et de la décision du 7 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté ce recours gracieux.

2. Aux termes de l'article L. 2334-20 du code général des collectivités territoriales : " La dotation de solidarité rurale est attribuée aux communes de moins de 10 000 habitants et à certains chefs-lieux d'arrondissement de moins de 20 000 habitants pour tenir compte, d'une part, des charges qu'ils supportent pour contribuer au maintien de la vie sociale en milieu rural, d'autre part, de l'insuffisance de leurs ressources fiscales. / Cette dotation comporte trois fractions. () " . Aux termes de l'article L. 2334-21 du même code : " La première fraction de la dotation de solidarité rurale est attribuée aux communes dont la population représente au moins 15 % de la population du canton et aux communes chefs-lieux de canton. / Ne peuvent être éligibles les communes : / 1° Situées dans une agglomération : / a) Représentant au moins 10 % de la population du département ou comptant plus de 250 000 habitants ; / b) Comptant une commune soit de plus de 100 000 habitants, soit chef-lieu de département () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article R. 2334-7 du même code, dans sa rédaction modifiée par le décret du 7 mai 2012 relatif aux dotations de l'Etat aux collectivités territoriales et à la péréquation des ressources fiscales : " Pour l'application de l'article L. 2334-21, "agglomération" s'entend au sens d'"unité urbaine", dont la liste est publiée par l'Institut national de la statistique et des études économiques () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, pour déterminer si une commune est éligible à la première fraction de la dotation de solidarité rurale, de vérifier que celle-ci n'est pas située dans une agglomération répondant aux critères mentionnés à l'article L. 2334-21 du code général des collectivités territoriales. L'article R. 2334-7 du même code invite à cette fin le préfet à se référer à la notion d " unité urbaine " et à prendre en considération les listes des unités urbaines publiées par l'INSEE. Toutefois cette disposition ne saurait avoir pour effet de lier le préfet dans l'appréciation à laquelle il se livre à cet égard, du seul fait du rattachement par l'INSEE d'une commune à une unité urbaine, dès lors que ce rattachement, en l'absence de publication d'un acte administratif authentifiant la liste des unités urbaines et leur composition, est dépourvu de portée juridique et, pour ce motif, insusceptible d'être discuté devant le juge de l'excès de pouvoir.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de la décision du 7 septembre 2021, que pour décider de la suppression de la 1ère fraction de la dotation de solidarité rurale dite " bourg centre ", le ministre et le préfet ont retenu que la commune de Verneuil-sur-Vienne n'était plus considérée comme " une unité urbaine à part entière exerçant des charges de centralité mais qu'elle est à présent rattachée à l'agglomération de Limoges à la suite du nouveau zonage établi par l'INSEE en 2020 (), que la continuité du bâti est assurée et que la population de la commune vivant dans la tâche urbaine dépasse 50% de celle de la commune () ". Au vu de cette rédaction, laquelle reprend les critères de bâti et de population permettant de définir la notion d'unité urbaine au sens donné à ce terme par l'INSEE, en faisant notamment état de la part de la population de la commune vivant dans la tache urbaine, le ministre et le préfet de la Haute-Vienne ne peuvent être regardés comme s'étant uniquement fondés sur le constat d'un rattachement par l'INSEE de cette commune à une unité urbaine ainsi que le soutient la commune. Par suite, le moyen tiré de ce que ces autorités n'auraient pas exercé leur pouvoir d'appréciation et se seraient crues liées par le classement opéré par l'INSEE en 2020 doit être écarté de même, à supposer qu'il soit soulevé de façon autonome, que celui tenant au fait que ces autorités se seraient exclusivement fondées sur un document sans portée juridique.

5. D'autre part, en se bornant à indiquer " qu'une simple visite de la commune de Verneuil sur Vienne permet de démentir les conclusions de l'INSEE selon laquelle la " continuité du bâti est assuré ", la commune requérante ne remet pas sérieusement en cause l'appréciation portée par le ministre et le préfet des critères de bâti et de population mentionnés au point 4, alors au demeurant qu'il n'est pas contesté que la majorité de la population de la commune vit dans la zone bâtie continue.

6. Enfin, la circonstance que, dans le cadre de ses écritures en défense, le préfet a soutenu à tort que la commune appartenait à la communauté de communes du Val de Vienne entre 2010 et 2020 alors qu'elle a intégré Limoges Métropole dès 2011, est sans incidence sur la légalité des décisions contestées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la commune de Verneuil-sur-Vienne doit être rejetée y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Verneuil-sur-Vienne est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Verneuil-sur-Vienne, au préfet de la Haute-Vienne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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