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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101745

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101745

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP PIELBERG KOLENC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires respectivement enregistrées le 2 novembre 2021 et le 10 mars 2023, l'association Harmonie et patrimoine demande au tribunal d'annuler l'arrêté inter-préfectoral du 12 juillet 2021 par lequel les préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne ont renouvelé l'autorisation d'exploiter une carrière située sur le territoire des communes de Bonneuil (Indre) et de Saint-Martin-le-Mault (Haute-Vienne) et exploitée par la société Carrières Iribarren.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en l'absence d'avis personnel du commissaire enquêteur ;

- il ne peut être tenu compte des résultats des mesures de vibrations générées par les tirs de mines réalisées entre les mois de janvier 2017 et décembre 2019 par la société pétitionnaire pour la période qui n'a pas respecté la procédure telle qu'exigée au III.5.D.f - Vibrations de l'arrêté n° 2007-1853 et 2007.09.0159 du 24 septembre 2007 dès lors qu'elle n'a pas positionné ses capteurs sur des structures représentatives des vibrations émises ; les capteurs sismiques n'étaient pas scellés ; ils n'ont pas été posés sur des éléments porteurs de la structure des habitations conformément aux dispositions de la circulaire n° 96-52 du 2 juillet 1996 relative à l'application de l'arrêté du 22 septembre 1994 relatif aux exploitations de carrières et aux installations de premier traitement des matériaux de carrières - Annexe II : la méthode de mesure des vibrations.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2022, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par des mémoires en défense enregistrés respectivement le 5 janvier 2023 et le 23 mars 2023, la SAS Carrières Iribarren, représentée par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'association requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable l'association Harmonie et Patrimoine n'ayant pas intérêt à agir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 25 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code du patrimoine ;

- l'arrêté du 22 septembre 1994 relatif aux exploitations de carrières, modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Siquier,

- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté inter-préfectoral du 12 juillet 2021 les préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne ont renouvelé l'autorisation d'exploiter une carrière située sur le territoire des communes de Bonneuil (Indre) et de Saint-Martin-le-Mault (Haute-Vienne) exploitée par la société Carrières Iribarren. L'association Harmonie et patrimoine demande l'annulation de cet arrêté.

2. Il appartient au juge du plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce. Les obligations relatives à la composition du dossier de demande d'autorisation d'une installation classée relèvent des règles de procédure. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant ce dossier ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'autorisation que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative. En outre, eu égard à son office, le juge du plein contentieux des installations classées peut prendre en compte la circonstance, appréciée à la date à laquelle il statue, que de telles irrégularités ont été régularisées, sous réserve qu'elles n'aient pas eu pour effet de nuire à l'information complète de la population.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".

4. Si ces dispositions n'imposent pas au commissaire-enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.

5. En l'espèce, le commissaire enquêteur, qui n'était pas tenu de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête, a, dans ses conclusions, et après avoir listé les éléments sur lesquels il a fondé ensuite son avis, à savoir le déroulé de l'enquête publique et les observations formulées, l'abandon du projet d'extension de la carrière initialement prévue, limitant ainsi la consommation d'espace agricole ainsi que l'abandon du projet d'installation d'un crible scalpeur, des mesures des vibrations systématiquement effectuées et des mesures complémentaires qui devront être faites dans la commune de Saint-Martin-le-Mault à la demande de la municipalité, le respect des valeurs de surpression acoustique, le maintien des dispositifs pour lutter contre les poussières, l'intérêt économique et le nombre d'emplois sur le site, la gestion des eaux et l'absence d'eau de captage dans le périmètre, l'existence d'un plan de gestion des déchets, le dossier remis par le propriétaire du logis seigneurial et du colombier de Saint-Martin-le-Mault et la possibilité d'effectuer des mesures sur place, les mesures prises concernant la faune et la flore, l'absence de modification des paysages, le projet de remise en état et le risque limité de pollution des sols et sous-sols par des écoulements d'hydrocarbure, émis de manière circonstanciée et suffisamment motivée un avis favorable à ce projet. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de l'avis de l'enquêteur public doit être écarté.

6. En second lieu, l'étude d'impact traite dans son point III.A.10.3 des " niveaux de vibrations solidiennes actuelles engendrées par l'activité de la carrière " et présente les résultats des mesures en place sur la carrière. Si l'association requérante soutient que l'étude d'impact ne pouvait se fonder sur les enregistrements effectués sur la période de janvier 2017 à décembre 2019 dès lors que les sismographes n'étaient pas scellés, il résulte de l'instruction que les relevés de tirs lors d'une nouvelle campagne de tirs allant du 1er janvier 2021 au 30 juin 2021, alors que les sismographes étaient effectivement scellés sur des éléments de fondation des bâtiments, ne révèlent pas de dépassement des normes autorisées. Si l'association requérante soutient que les vibrations affectent la solidité des immeubles voisins, elle ne le démontre pas en se bornant à produire les éléments communiqués par les propriétaires de ces immeubles lors de l'enquête publique. Enfin, si le maire de la commune a fait état des vibrations perçues dans sa commune lors de la réunion de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites en formation " carrières " le 14 juin 2021, et que le conseil municipal de la commune a accepté la prolongation de l'exploitation de la carrière tout en demandant d'autres points de mesure acoustiques et sismiques lors des tirs de mine, ces seuls éléments ne permettent pas de prouver ni le dépassement des normes autorisées ni un lien de causalité entre les vibrations et la fragilisation alléguée de certains immeubles.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de l'association Harmonie et patrimoine doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

Sur les frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'association Harmonie et patrimoine en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de l'association Harmonie et patrimoine est rejetée.

Article 2:Les conclusions de la SAS Carrières Iribarren au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à l'association Harmonie et patrimoine, à la SAS Carrières Iribarren et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. A

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