mardi 16 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101756 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CARAKTERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 novembre 2021 sous le n° 2101756 la société Océalis europ assistance la téléassistance et l'Association française de téléassistance (Afrata), représentées par Me Marchand, demandent au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire, émis le 27 septembre 2021, par lequel le directeur départemental du service départemental d'incendie et de secours de la Corrèze a mis à la charge de la société Océalis europ assistance la téléassistance une somme de 960 euros pour des frais d'intervention ;
2°) de décharger cette société de l'obligation de payer cette somme ;
3°) de mettre à la charge du Sdis une somme de 1 500 euros à verser à la société Océalis europ assistance la téléassistance en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le titre exécutoire méconnait l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique et est privé de base légale en raison de l'absence de caractère exécutoire et opposable des délibérations qui le fonde, notamment de la délibération du 14 février 2020 déterminant les conditions dans lesquelles une participation peut être demandée aux usagers ;
- il n'a pas été signé par une autorité compétente ;
- il comporte une erreur de fait quant à la désignation du débiteur de la créance correspondant à l'intervention du 17 août 2021 qui est Mme A et non Océalis europ assistance la téléassistance, erreur qui entache tant la régularité du titre exécutoire que son bien-fondé ;
- la créance n'est pas fondée dès lors que les frais d'intervention facturés relèvent des missions du Sdis ;
- la méthode de facturation opérée par le Sdis crée une rupture d'égalité devant les charges publiques.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 février 2022 et le 13 décembre 2023, le Sdis de la Corrèze représenté par Me Vendé, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la SAS Océalis europ assistance la téléassistance et de l'association Afrata de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. A titre subsidiaire, il demande au tribunal de limiter la décharge qui pourrait être prononcée à la somme de 320 euros correspondant à la seule intervention du 17 août 2021.
Il fait valoir que :
- la requête, en tant qu'elle est présentée par l'Association française de téléassistance (Afrata), est irrecevable faute pour cette association de justifier d'un intérêt à agir contre le titre exécutoire attaqué, dès lors que celui-ci a une dimension seulement locale, alors que le champ d'action de l'association est national ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un titre exécutoire émis le 27 septembre 2021, le service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de la Corrèze a réclamé à la société Océalis europ assistance la téléassistance une somme de 960 euros, pour des frais d'intervention de levée de doute exposés les 9 août, 17 août et 1er septembre 2021 chez des clients de cette société, dont Mme A. La société Océalis europ assistance la téléassistance ainsi que l'Association française de téléassistance (Afrata) demandent l'annulation de ce titre et la décharge de la somme qu'il a mis à la charge de la première d'entre elles.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ". Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, codifié depuis lors au premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, de même par voie de conséquence que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
4. Il résulte de l'instruction que le bordereau produit a été signé électroniquement par Mme C B, directrice administrative et financière du Sdis de la Corrèze, laquelle avait reçu délégation de signature du président du Sdis par arrêté du 1er juin 2017 pour les actes d'exécution du budget, notamment les bordereaux de titres de recettes. Par suite, le moyen tenant à l'incompétence du signataire du titre de recette contesté doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". Il résulte de ces dispositions qu'une créance ne peut être mise en recouvrement sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels l'administration se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.
6. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire en litige, qui se réfère, d'une part, aux articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et aux articles L. 1617-5, D. 1617-23,
R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du code général des collectivités territoriales, d'autre part, à la délibération du Sdis du 14 décembre 2020 sur lequel il se fonde, comporte la mention " interventions levée de doute le 9, 17 août et 1er septembre 2021 " pour un montant de 960 euros. Dans ces conditions, les bases et les éléments de calcul sur lesquels l'administration s'est fondée pour mettre la somme de 960 euros à la charge de la société Océalis europ assistance la téléassistance ont été indiqués de manière suffisamment précise de sorte que le moyen tenant à la méconnaissance des dispositions citées au point 5 doit être écarté.
7. En troisième lieu, le Sdis justifie que la délibération du 14 décembre 2020 a été transmise au contrôle de légalité le 29 décembre 2020 et affichée le 20 janvier 2021. Il justifie également que la délibération du 14 décembre 2009 a été transmise au préfet le 15 janvier 2010 et affichée le 19 janvier 2010. Il établit ainsi le caractère exécutoire de ces deux délibérations sur lesquelles se fonde le titre en litige. Par suite, le moyen tenant au défaut de base légale de ce titre doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales : " Les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. / Ils concourent, avec les autres services et professionnels concernés, à la protection et à la lutte contre les autres accidents, sinistres et catastrophes, à l'évaluation et à la prévention des risques technologiques ou naturels ainsi qu'aux secours d'urgence. / Dans le cadre de leurs compétences, ils exercent les missions suivantes : / 1° La prévention et l'évaluation des risques de sécurité civile ; / 2° La préparation des mesures de sauvegarde et l'organisation des moyens de secours ; / 3° La protection des personnes, des biens et de l'environnement ; / 4° Les secours d'urgence aux personnes victimes d'accidents, de sinistres ou de catastrophes ainsi que leur évacuation. " Et aux termes de l'article L. 1424-42 du même code : " Le service départemental d'incendie et de secours n'est tenu de procéder qu'aux seules interventions qui se rattachent directement à ses missions de service public définies à l'article L. 1424-2. / S'il a procédé à des interventions ne se rattachant pas directement à l'exercice de ses missions, il peut demander aux personnes bénéficiaires une participation aux frais, dans les conditions déterminées par délibération du conseil d'administration. () ".
9. Il résulte des dispositions combinées citées au point 8 que les services d'incendie et de secours ne doivent supporter la charge que des interventions qui se rattachent directement aux missions de service public définies à l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales, au nombre desquelles figurent les secours d'urgence aux personnes victimes d'accidents, qui ne sauraient être facturées à ces dernières. Les interventions ne relevant pas directement de l'exercice de leurs missions de service public peuvent en revanche donner lieu à une participation aux frais des personnes qui en sont bénéficiaires, dans les conditions déterminées par le conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours.
10. D'une part, les requérantes soutiennent que l'intervention du Sdis ne peut pas être mise à la charge de la société Océalis europ assistance la téléassistance, qui n'en est pas la bénéficiaire directe au sens des dispositions de l'article L. 1424-42 du code général des collectivités territoriales, dès lors que cette intervention n'a pas été réalisée dans son intérêt propre mais dans celui de sa cliente, Mme A, qu'elle n'a agi que comme simple interlocuteur téléphonique entre son abonnée et les personnes habilitées à porter assistance à cette dernière. Toutefois, en l'espèce, c'est bien à l'initiative unique de cette société et non à celle de sa cliente, compte tenu du signalement émis par les seuls outils d'alarme fournis à cette dernière en application du contrat qui les lie, que l'intervention du Sdis, qui s'est révélée inutile, a été déclenchée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette société ne serait pas la bénéficiaire de l'intervention au sens des dispositions précitées de l'article L. 1424-42 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.
11. D'autre part, il résulte de l'instruction que le 17 août 2023 à 13h03, le dispositif personnel d'alarme d'une cliente de la société Océalis europ assistance la téléassistance, spécialisée dans les activités de téléassistance, Mme A, a émis un signal d'alerte auprès de cette société. S'il est justifié que le conseiller de cette société a tenté à deux reprises de joindre sa cliente sans succès, il résulte de l'instruction, et notamment du journal des appels produits, qu'il n'a contacté qu'un seul des proches de Mme A, à une seule reprise, avant d'alerter les secours. Ainsi, et alors que le Sdis soutient sans être contredit que " l'ensemble des " parrains " de Mme A n'a pas été prévenu ", la société Océalis europ assistance la téléassistance n'établit pas avoir accompli les diligences dont elle se prévaut et qui lui incombaient d'effectuer auprès des proches de sa cliente pour éviter une intervention qui s'est avérée inutile du Sdis de la Corrèze, Mme A n'étant pas blessée et ayant été maintenue à son domicile sur décision médicale. Par suite, cette intervention doit être regardée comme ayant été sollicitée par cette société à son profit, et cette société doit être regardée comme bénéficiaire de l'intervention au sens de l'article L. 1424-42 du code général des collectivités territoriales, sans pouvoir utilement se prévaloir d'une quelconque rupture d'égalité devant les charges publiques.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par la société Océalis europ assistance la téléassistance et l'Association française de téléassistance doivent être rejetées.
Sur les frais de justice :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du Sdis de la Corrèze la somme réclamée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions du Sdis présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er: La requête présentée par la société Océalis europ assistance la téléassistance et l'Association française de téléassistance est rejetée.
Article 2:Les conclusions présentées par le Sdis de la Corrèze en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à la société Océalis europ assistance la téléassistance, à l'Association française de téléassistance et au service départemental d'incendie et de secours de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026