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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101770

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101770

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOIVIN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés le 8 novembre 2021 et le 24 juillet 2023, la société Suez RV Alvéol, représentée par la SCP Boivin et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande d'adaptation des prescriptions de l'article 2 de l'arrêté préfectoral complémentaire DL-BPEUP n° 2020-062 du 6 juillet 2020 complétant et modifiant les prescriptions de l'arrêté préfectoral du 26 juillet 2016 prescrivant des dispositions complémentaires à la société Suez RV Alvéol pour l'exploitation de l'installation de stockage de déchets non dangereux dite " ALVEOL " située sur le territoire des communes de Bellac et Peyrat-de-Bellac ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que les dispositions de l'alinéa 4 de l'article R. 181-45 du code de l'environnement prévoit que l'exploitant dispose du droit, au cours de la vie de son installation, de demander une adaptation des dispositions d'un arrêté préfectoral complémentaire applicable à son activité ; la situation est différente de celle qui existait au moment de l'adoption de l'arrêté préfectoral complémentaire du 6 juillet 2020 dès lors qu'il était exposé que le seuil de 1 MW fixé par la rubrique 2910-B-1 pour le régime de l'enregistrement ne serait pas dépassé, que le Vapotherm a depuis été installé et mis en œuvre et est désormais pleinement en fonction, qu'à cette occasion il a été constaté que la puissance thermique nominale de cette installation était susceptible de dépasser le seuil de 1 MW ; elle était contrainte par les délais pour répondre à l'appel d'offre du Syded ; l'installation Vapotherm faisait partie de la réponse à l'appel d'offre tout en répondant à la contrainte fixée à l'article 1 de l'arrêté préfectoral complémentaire du 25 juillet 2019 conditionnant l'autorisation de prolongation de la durée d'exploitation à la mise en place et à la mise en fonctionnement effective avant le 1er juillet 2020 d'une nouvelle installation de traitement des lixiviats dans le but de réduire voire supprimer les rejets dans le milieu naturel ; elle ne pouvait pas se permettre de repousser la mise en fonctionnement de l'installation à une clarification préalable du statut de l'installation Vapotherm, et ce alors que cette installation ne paraissait pas devoir dépasser le seuil de 1 MW de l'enregistrement et être ainsi soumise à l'arrêté ministériel du 3 août 2018 ;

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- la décision, en classant l'installation Vapotherm en tant qu'installation de combustion, est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait :

' le préfet a méconnu le principe d'interprétation stricte et limitative de la nomenclature ; les fiches juridiques sur lesquelles se fondent le préfet ne sont pas opposables, elles constituent au mieux de simples indications, elles posent une condition nouvelle non prévue à la rubrique 2910-B-1 dès lors qu'elles indiquent que le " biogaz issu d'installations de stockage de déchets non dangereux, si la chaleur produite est valorisée " dépend de la rubrique 2910-B-1 de la nomenclature ICPE alors que cette rubrique ne comprend aucune valorisation de la chaleur produite ;

' seules sont concernées par la rubrique 2910 de la nomenclature des ICPE les installations de combustion ; l'article 3 de la directive (UE) 2015/2193 du 25 novembre 2015 relative à la limitation des émissions de certains polluants dans l'atmosphère en provenance des installations de combustion moyennes définit comme constituant une installation de combustion " tout dispositif technique dans lequel des produits combustibles sont oxydés en vue d'utiliser la chaleur ainsi produite " ; le " Vapotherm permet une injection au sein de la torchère des eaux osmosées issues du traitement des lixiviats ". Ces eaux osmosées ne constituent pas un combustible et s'évaporent au contact des flammes de la torchère ;

' sur le site Alveol, seule l'installation de traitement du biogaz est susceptible de constituer une installation de combustion ; seule la torchère permet la combustion du biogaz et elle ne peut fonctionner sans le Vapotherm ; les deux installations sont distinctes et n'ont pas le même objet ; l'installation Vapotherm est règlementée par les dispositions de l'article L. 511-2 du code de l'environnement et le principe de connexité avec l'installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) classée à la rubrique 2760-2 de la nomenclature ICPE conformément aux dispositions de l'arrêté ministériel du 15 février 2016 relatif aux installations de stockage de déchets non dangereux et de la circulaire du 10 décembre 2003 relatives aux installations classées (ICPE) ; les fiches " combustions " de novembre 2019 rappellent que le biogaz issu d'ISDND est " actuellement non classé en 2019, réglementé par connexité à l'ICPE classe en 2760 " ; il existe un lien fonctionnel entre l'ISDND, l'article 12 de cet arrêté ministériel du 15 février 2016 relatif aux installations de stockage de déchets non dangereux imposant la collecte et la valorisation ou la combustion du biogaz ; cette connexité est reprise par l'article 25 de l'arrêté préfectoral du 26 juillet 2016 prescrivant des dispositions complémentaires au Syded pour l'exploitation de son ISDND située sur le territoire des communes de Bellac et Peyrat-de-Bellac ; la circulaire du 10 décembre 2023, publiée au bulletin officiel de la transition écologique et de la cohésion des territoires, de la transition énergétique et de la mer, opposable aux tiers, conserve toute son importance à l'inverse des fiches techniques qui n'ont aucune antériorité et légitimité et qui par ailleurs renvoient à cette circulaire ;

' le dépassement du seuil de 1 MW d'une installation d'une ICPE classée à la rubrique 2910 de la nomenclature contraindrait à enregistrer cette installation en tant qu'installation de combustion ; la continuité de l'exploitation de l'ISDND de déchets non dangereux va entrainer une augmentation continue de la production de biogaz liée à la dégradabilité des déchets et le consommateur de biogaz ne doit pas être limité dans son fonctionnement ; le fait de devoir brider l'installation au-dessous du seuil de 1 MW aura pour conséquence la multiplication des nuisances olfactives impactant l'ensemble des parties prenantes autour du site ;

- il y a lieu de ne pas soumettre l'installation Vapotherm à des prescriptions infondées et disproportionnées qui relèveraient d'une application abusive de la rubrique 2910 alors même qu'en tant qu'installation présente sur le site, et même si elle ne relève d'aucune rubrique des ICPE, elle est appelée à être règlementée et contrôlée par le préfet en tant qu'installation faisant partie d'une ISDND ;

- le préfet qui n'a pas pris en compte les effets positifs de l'installation Vapotherm sur l'environnement a méconnu les dispositions de l'article R. 181-54 du code de l'environnement et de l'article 1er de l'arrêté du 2 mai 2013 reprenant les critères de la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil du 24 novembre 2010 relative aux émissions industrielles ; l'installation Vapotherm est un mode d'exploitation faisant partie des meilleures techniques disponibles ; le préfet empêche la gestion équilibrée de la ressource en eau du ruisseau du Vignaud dans lequel les perméats sont rejetés ;

- la nouvelle installation ne présente pas de risque et de danger supplémentaire ; son installation repose sur des considérations environnementales ; le Vapotherm ne génère pas d'émission de gaz à effet de serre supplémentaire ; les paramètres de fonctionnement font l'objet d'un suivi quotidien, celui des lixiviats d'un suivi mensuel ; les modules de valorisation du biogaz sont conçus de manière à permettre l'évaporation forcée des effluents traités de manière à limiter les nuisances telles que les risques d'explosivité, les rejets atmosphériques, les odeurs, le bruit, les impacts paysagers, et en tenant compte de l'occupation des terrains avoisinants ; l'évaporation des lixiviats traités dans les modules de valorisation du biogaz ne présente aucun risque d'explosivité supplémentaire et une puissance du Vapotherm supérieure à 1 MW n'augmenterait pas ces risques.

Par des mémoires en défense enregistrés respectivement le 18 octobre 2022 et le 17 octobre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle tend à l'annulation d'une décision purement confirmative ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le décret n° 2018-704 du 3 août 2018 modifiant la nomenclature des installations classées et certaines dispositions du code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Siquier,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Mestrius, représentant la société Suez RV Alveol et de M. A, représentant le préfet de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Haute-Vienne a autorisé par arrêté du 15 mars 2006, complété le 26 juillet 2016, 17 mai 2018 et 25 juillet 2019, l'installation Alveol à Bellac et Peyrat-de-Bellac consistant en l'exploitation d'une l'installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) et son exploitation par le Syndicat départemental pour l'élimination des déchets (Syded) de la Haute-Vienne. Le préfet a ensuite, par arrêté du 24 décembre 2019, autorisé le changement d'exploitant au profit de la société Suez RV Alveol. Le 11 février 2020, cette société a adressé au préfet un porter à connaissance déclarant un dispositif appelé Vapotherm et le passage de son exploitation en mode bioréacteur. La société Suez RV Alveol indique sa mise en service au 1er juillet 2020 sur I'ISDND et le 6 juillet 2020 le préfet de la Haute-Vienne a pris un nouvel arrêté complétant et modifiant les prescriptions de l'arrêté d'exploitation de ce site. Par courrier du 18 juin 2021 la société requérante a demandé au préfet l'adaptation de l'article 2 de cet arrêté du 6 juillet 2020 en procédant au retrait de la référence à la rubrique 2910 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Par la décision attaquée du 3 septembre 2021, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande.

Sur le cadre juridique :

2. Aux termes de l'article L. 181-1 du code de l'environnement, dans sa version applicable au litige : " L'autorisation environnementale, dont le régime est organisé par les dispositions du présent livre ainsi que par les autres dispositions législatives dans les conditions fixées par le présent titre, est applicable aux activités, installations, ouvrages et travaux suivants, lorsqu'ils ne présentent pas un caractère temporaire : / 2° Installations classées pour la protection de l'environnement mentionnées à l'article L. 512-1. / () L'autorisation environnementale inclut les équipements, installations et activités figurant dans le projet du pétitionnaire que leur connexité rend nécessaires à ces activités, installations, ouvrages et travaux ou dont la proximité est de nature à en modifier notablement les dangers ou inconvénients ". Aux termes des dispositions de l'article L. 181-3 de ce code, dans sa version applicable au litige " I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas. (). " et de son article L. 181-4, dans sa version applicable au litige : " Les projets soumis à autorisation environnementale en application de l'article L. 181-1 restent soumis, sous réserve des dispositions du présent titre : 1° Aux dispositions du titre Ier du livre II pour les projets relevant du 1° de l'article L. 181-1 ou du titre Ier du livre V pour ceux relevant du 2° du même article ; 2° Aux législations spécifiques aux autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments dont l'autorisation environnementale tient lieu lorsqu'ils sont exigés et qui sont énumérés par l'article L. 181-2, ainsi que, le cas échéant, aux autres dispositions législatives et réglementaires particulières qui les régissent. ".

3. Aux termes de l'article L. 181-14 du code de l'environnement : " Toute modification substantielle des activités, installations, ouvrages ou travaux qui relèvent de l'autorisation environnementale est soumise à la délivrance d'une nouvelle autorisation, qu'elle intervienne avant la réalisation du projet ou lors de sa mise en œuvre ou de son exploitation. / En dehors des modifications substantielles, toute modification notable intervenant dans les mêmes circonstances est portée à la connaissance de l'autorité administrative compétente pour délivrer l'autorisation environnementale dans les conditions définies par le décret prévu à l'article L. 181-32. / L'autorité administrative compétente peut imposer toute prescription complémentaire nécessaire au respect des dispositions des articles L. 181-3 et L. 181-4 à l'occasion de ces modifications, mais aussi à tout moment s'il apparaît que le respect de ces dispositions n'est pas assuré par l'exécution des prescription préalablement édictées. " et de l'article R. 181-46 du même code, dans sa version applicable au litige : " I. Est regardée comme substantielle, au sens de l'article L. 181-14, la modification apportée à des activités, installations, ouvrages et travaux soumis à autorisation environnementale qui :1° En constitue une extension devant faire l'objet d'une nouvelle évaluation environnementale en application du II de l'article R. 122-2 ; 2° Ou atteint des seuils quantitatifs et des critères fixés par arrêté du ministre chargé de l'environnement ; 3° Ou est de nature à entraîner des dangers et inconvénients significatifs pour les intérêts mentionnés à l'article L. 181-3. / La délivrance d'une nouvelle autorisation environnementale est soumise aux mêmes formalités que l'autorisation initiale. /II. Toute autre modification notable apportée aux activités, installations, ouvrages et travaux autorisés, à leurs modalités d'exploitation ou de mise en œuvre ainsi qu'aux autres équipements, installations et activités mentionnés au dernier alinéa de l'article L. 181-1 inclus dans l'autorisation doit être portée à la connaissance du préfet, avant sa réalisation, par le bénéficiaire de l'autorisation avec tous les éléments d'appréciation. / S'il y a lieu, le préfet, après avoir procédé à celles des consultations prévues par les articles R. 181-18, R. 181-19, R. 181-21 à R. 181-32 et R. 181-33-1 que la nature et l'ampleur de la modification rendent nécessaires, fixe des prescriptions complémentaires ou adapte l'autorisation environnementale dans les formes prévues à l'article R. 181-45. () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 181-54 du même code : " Le présent article s'applique aux projets relevant du 2° de l'article L. 181-1. / Les prescriptions mentionnées aux articles R. 181-43 et R. 181-45 ainsi qu'au présent article tiennent compte notamment, d'une part, de l'efficacité des meilleures techniques disponibles et de leur économie, et, d'autre part, de la qualité, de la vocation et de l'utilisation des milieux environnants ainsi que de la gestion équilibrée de la ressource en eau. (). ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article R. 512-46-2 du code de l'environnement : " Lorsque l'installation, par sa proximité ou sa connexité avec une installation soumise à autorisation ayant le même exploitant, est de nature à en modifier les dangers ou inconvénients, la demande adressée au préfet est conforme aux exigences de l'article R. 181-46 et est instruite dans les conditions prévues par cet article. ".

4. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ".

Sur l'office du juge :

5. Il appartient au juge des installations classées pour la protection de l'environnement d'apprécier le respect des règles relatives à la forme et la procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation, et d'appliquer les règles de fond applicables au projet en cause en vigueur à la date à laquelle il se prononce, sous réserve du respect des règles d'urbanisme, qui s'apprécie au regard des circonstances de fait et de droit applicables à la date de l'autorisation. Lorsqu'il relève que l'autorisation environnementale contestée devant lui méconnaît une règle de fond applicable à la date à laquelle il se prononce, il peut, dans le cadre de son office de plein contentieux, lorsque les conditions sont remplies, modifier ou compléter l'autorisation environnementale délivrée afin de remédier à l'illégalité constatée, ou faire application des dispositions de l'article L. 181-18 du code de l'environnement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. En premier lieu, M. Jérôme Decours, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision contestée, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 6 août 2020, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2020-079 de la même date, " à l'effet, dans le département de la Haute-Vienne : de signer tous arrêtés, conventions, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État à l'exception des arrêtés de conflit ; () ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé de l'ensemble des éléments de droit et de faits sur lesquels elle se fonde, en particulier la nomenclature des ICPE, la transposition en droit interne de la directive (UE) 2015/2193 du 25 novembre 2015 relative à la limitation des émissions de certains polluants dans l'atmosphère en provenance des installations de combustion moyennes par le décret du 3 août 2018 modifiant la nomenclature des ICPE et certaines dispositions du code de l'environnement ainsi que les arrêtés ministériels du 3 août 2018 relatifs aux installations de combustion, et sur le fait que l'installation Vapotherm constitue une installation de combustion, soumise aux règles de la rubrique 2910 de la nomenclature des ICPE, qui, au-delà d'une puissance de 1 MW sera soumise au régime de l'enregistrement sur un site soumis globalement à autorisation au titre des rubriques 2760 et 3540. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation en droit et en fait ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, d'une part, si en vertu des dispositions de l'article L. 181-1 du code de l'environnement dont les dispositions sont rappelées au point 2 du présent jugement, l'autorisation environnementale inclut les équipements, installations et activités figurant dans le projet du pétitionnaire que leur connexité rend nécessaires à ces activités, installations, ouvrages et travaux ou dont la proximité est de nature à en modifier notablement les dangers ou inconvénients, ces dispositions ne sauraient avoir pour effet d'inclure dans la rubrique de la nomenclature des ICPE de l'installation principale l'ensemble des installations connexes.

9. D'autre part, la société requérante ne peut se prévaloir des stipulations de la directive (UE) 2015/2193 du Parlement européen et du Conseil du 25 novembre 2015 relative à la limitation des émissions de certains polluants dans l'atmosphère en provenance des installations de combustion moyennes dès lors que cette directive a été transposée en droit interne par le décret n° 2018-704 du 3 août 2018 modifiant la nomenclature des ICPE et certaines dispositions du code de l'environnement et les cinq arrêtés ministériels du même jour.

10. De troisième part, il résulte de l'instruction que l'installation Vapotherm en cause permet, selon les dires de la société requérante, la vaporisation des eaux osmosées issues du traitement des lixiviats sur la torchère en utilisant l'énergie thermique générée par la destruction du biogaz par combustion. Cette installation constitue de fait une installation de combustion et relève par suite, contrairement à ce que soutient la société Suez RV Alveol, de la rubrique 2910-B de la nomenclature des ICPE pour la protection de l'environnement en vertu des dispositions de l'annexe 4 de l'article R. 511-9 du code de l'environnement, dans sa version applicable au litige. La société requérante ne saurait d'avantage se prévaloir des dispositions de la circulaire du 10 décembre 2003 relative aux ICPE dès lors qu'elle avait pour but de préciser les règles de classement et les prescriptions applicables aux installations de combustion utilisant du biogaz alors en vigueur et que le décret n° 2018-704 du 3 août 2018 ainsi que les cinq arrêtés du même jour sont venus, postérieurement à cette circulaire et antérieurement à la décision attaquée, modifier la nomenclature des ICPE ainsi que certaines dispositions du code de l'environnement et prescrire les règles générales et particulières applicables aux ICPE pour la protection de l'environnement soumises à déclaration au titre de la rubrique 2910. Dans ces conditions, au vu de ces éléments, et alors que l'arrêté se fonde sur ces éléments, le Vapotherm appartient bien à la rubrique 2910 des ICPE et la circonstance que le préfet se soit fondé sur la valorisation de la chaleur produite est sans incidence sur ce classement.

11. De dernière part, l'intérêt que représenterait cette solution technique pour préserver l'environnement au sens des dispositions de l'article R. 181-54 du code de l'environnement, et de l'article 1er de l'arrêté du 2 mai 2013 reprenant les critères de la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil du 24 novembre 2010 relative aux émissions industrielles, de même que le dépassement du seuil de 1 MW de la puissance de celle-ci sont sans incidence sur le classement de l'installation à la rubrique 2910 des ICPE.

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le classement de l'installation Vapotherm à la rubrique 2910 de la nomenclature des ICPE serait entaché d'erreur de droit et d'erreur de fait doit être écarté dans toutes ses branches.

13. En dernier lieu, Il résulte de la combinaison des articles L. 181-1, L. 181-14,

R. 181-46 et R. 512-46-2 du code de l'environnement dont les dispositions sont rappelées aux points 2 et 3 du présent jugement, qu'une installation soumise à enregistrement présentant des liens de connexité avec une autre installation soumise à autorisation doit être intégrée dans le régime de l'autorisation environnementale unique au sens de l'article L. 181-1 dès lors que toutes les installations en cause sont exploitées par le même exploitant. Lorsqu'un exploitant présente une demande d'enregistrement d'une installation classée présentant une connexité ou une proximité avec une installation déjà existante soumise à autorisation qu'il exploite lui-même, il lui appartient de déposer une demande de modifications notables de cette autorisation sur le fondement de l'article R. 181-46 du code de l'environnement.

14. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le Vapotherm constitue une installation connexe à l'installation de stockage et de méthanisation de déchets non dangereux, soumise à autorisation. Dans la décision attaquée, le préfet a, conformément aux dispositions précitées, constaté que l'installation Vapotherm relevait de la rubrique 2910 de la nomenclature des ICPE, relevant du régime de l'enregistrement si sa puissance thermique était comprise entre 1 MW et 20 MW de puissance thermique. Par suite, il a, en application des dispositions de l'article R. 181-46, invité la société Suez RV Alveol, si elle envisageait de porter la puissance thermique de l'installation Vapotherm à une valeur supérieure à 1 MW, à porter à sa connaissance les modifications qu'elle serait amenée à apporter afin de pouvoir en apprécier les dangers et les inconvénients. Le préfet de la Haute-Vienne a ainsi fait une juste application des dispositions du code de l'environnement précitées relatives aux installations connexes. En outre, la société requérante se borne à soutenir que l'installation Vapotherm ne représente aucun danger et il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait porté à connaissance du préfet un projet de modifications de l'installation Vapotherm qui aurait pour effet un dépassement du seuil de 1 MW de puissance thermique fixé par l'article 2 de l'arrêté complémentaire du 6 juillet 2020 devenu définitif en l'absence de toute contestation de ce dernier. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne pouvait, sans entacher sa décision d'erreur de droit ni d'erreur de fait, imposer à la société requérante de ne pas dépasser le seuil de 1 MW de puissance thermique et lui refuser par suite la modification demandée.

15. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la société Suez RV Alveol est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à la société Suez RV Alveol et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. B

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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