jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101800 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP PIELBERG KOLENC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, respectivement enregistrés les 12 novembre 2021, 9 décembre 2021, 29 décembre 2022, et 22 mars 2023, la société civile immobilière MAIAR demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté inter-préfectoral du 12 juillet 2021 par lequel les préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne ont renouvelé l'autorisation d'exploiter une carrière située sur le territoire des communes de Bonneuil (Indre) et de Saint-Martin-le-Mault (Haute-Vienne) et exploitée par la société Carrières Iribarren ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préfet coordonnateur, méconnaissant les dispositions des articles 1-3 de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, L. 621-32, L. 632-2 du code du patrimoine et L. 181-1 du code de l'environnement n'a pas recueilli l'accord de l'architecte des Bâtiments de France de la Haute-Vienne alors que le projet de carrière est en partie situé dans le périmètre de protection du colombier de Saint-Martin-le-Mault inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 2010 ; une demande a bien été adressée à l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine de l'Indre, sans faire mention de l'existence d'un monument historique dont le périmètre de protection impacte le projet ; les dispositions du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables ; le périmètre de protection s'étend de plein droit en vertu de l'article L. 621-30 II du code du patrimoine à un rayon de 500 mètres autour du monument historique ; l'arrêté d'inscription à l'inventaire supplémentaire est opposable dès lors qu'il a été notifié à son propriétaire, à la commune et qu'il a été publié au recueil des actes administratifs ; l'étude d'impact met particulièrement en exergue l'enjeu qualifié de majeur de la demande d'autorisation sollicité sur le monument historique ; la saisine de l'architecte des Bâtiments de France est d'ordre public, l'autorité décisionnaire est tenu de recueillir l'avis conforme de ce service, en l'absence d'avis de l'architecte des Bâtiments de France le dossier soumis à enquête publique est entaché d'incomplétude privant ainsi le public d'une garantie ;
- l'étude d'impact est entachée d'une insuffisance dès lors qu'elle affirme de manière erronée que la carrière n'est pas visible depuis l'édifice protégé ; il existe une visibilité et une co-visibilité entre la carrière et le colombier ainsi qu'une visibilité directe dans les deux sens depuis le chemin départemental ; cette insuffisance a privé le public d'une garantie ; les préfets auraient pu prendre une décision différente s'ils avaient eu connaissance de ces éléments ;
- les nuisances résultant des tirs de mines sont avérées alors que le nombre de tirs prévus pour la nouvelle période d'exploitation de trente ans sera augmenté de façon majeure qui passerait d'un à deux voire trois tirs mensuels, soit un nombre total entre 500 et 700 tirs ; l'exploitant a méconnu les dispositions de l'article 11.4 de l'arrêté du 22 septembre 1994 l'obligeant à prendre en compte les effets des vibrations émises dans l'environnement et à assurer la sécurité du public lors des tirs ainsi que de celles de son article 22 qui oblige à ce que l'exploitation soit menée de manière à ne pas être à l'origine de bruit aérien ou de vibration mécanique susceptible de compromettre la santé et la sécurité du voisinage ou de constituer une gêne pour sa tranquillité ; elle a pu constater avec ses associés des chutes de matière dans plusieurs pièces du logis seigneurial et du colombier lors des tirs ; le maire, pourtant favorable à la poursuite de l'exploitation de la carrière, a indiqué lors de la réunion de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers réunie en formation " Carrières " le 14 juin 2021 que depuis six mois environ les vibrations sont plus intenses au niveau du manoir, de l'église et du colombier, il a lui-même perçu des vibrations sismiques lors du tir du 27 avril 2021 alors même que la société exploitante affirme que les relevés des sismographes démontrent que la vitesse enregistrée n'était pas détectable par l'homme et demandé en conséquence des mesures sismiques supplémentaires ; cet aspect vibratoire est un élément essentiel de l'examen du dossier par l'architecte des Bâtiments de France, en l'absence totale de fondation et de scellements des pierres à la terre ; les prescriptions de l'arrêté du 24 septembre 2007 concernant les mesures de tirs de mine n'ont pas été respectées : l'article III.5.D.f Vibrations oblige à ce que les appareils de contrôle soient scellés sur les structures représentatives des vibrations émises en particulier les seuils des habitations ; l'intégralité des mesures portées au dossier d'autorisation et soumises à enquête publique ne respectent pas les obligations règlementaires et sont inopérantes ;
- le projet de remise en état est insuffisant, les trente premiers mètres de la carrière, visibles de l'extérieur du site, formeront dans le paysage une balafre minérale en opposition complète avec l'obligation d'insertion satisfaisante dans le paysage posée par les textes.
Par des mémoires en défense enregistrés respectivement les 27 septembre 2022, 18 janvier 2023 et 23 juin 2023, la SAS Carrières Iribarren, représentée par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI MAIAR en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, la SCI Maiar n'ayant pas intérêt à agir ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés respectivement les 9 décembre 2022, 18 janvier 2023 et 12 mai 2023, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2023.
Par un courrier du 6 juin 2024, les parties ont été informées de ce qu'en application des dispositions de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, le tribunal était susceptible de surseoir à statuer pour permettre la régularisation du vice tenant au défaut de saisine de l'architecte des Bâtiments de France de la Haute-Vienne pour avis.
Par un mémoire enregistré le 11 juin 2024, le préfet de l'Indre a répondu à cette communication.
Par un mémoire enregistré le 12 juin 2024, la SCI Maiar a répondu à cette communication.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code du patrimoine ;
- l'arrêté du 22 septembre 1994 relatif aux exploitations de carrières, modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Siquier,
- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté inter-préfectoral du 12 juillet 2021 les préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne ont renouvelé l'autorisation d'exploiter une carrière située sur le territoire des communes de Bonneuil (Indre) et de Saint-Martin-le-Mault (Haute-Vienne) exploitée par la société Carrières Iribarren. La SCI Maiar demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la société pétitionnaire en défense :
2. Aux termes du I de l'article L. 514-6 du code de l'environnement relatif au contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement : " I.- Les décisions prises en application des articles () L. 512-1 () sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. / () ". Selon le III du même article : " Les tiers qui n'ont acquis ou pris à bail des immeubles ou n'ont élevé des constructions dans le voisinage d'une installation classée que postérieurement à l'affichage ou à la publication de l'acte portant autorisation ou enregistrement de cette installation ou atténuant les prescriptions primitives ne sont pas recevables à déférer ledit arrêté à la juridiction administrative.". Aux termes de l'article R. 514-3-1 du même code : " Les décisions mentionnées aux articles L. 211-6 et
L. 214-10 et au I de l'article L. 514-6 peuvent être déférées à la juridiction administrative : 1° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers que le fonctionnement de l'installation présente pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 dans un délai de quatre mois à compter du premier jour de la publication ou de l'affichage de ces décisions ; (). ".
3. En application de ces dispositions, il appartient au juge administratif d'apprécier si les tiers personnes morales qui contestent une décision prise au titre de la police des installations classées justifient d'un intérêt suffisamment direct leur donnant qualité pour en demander l'annulation, compte tenu des inconvénients et dangers que présente pour elles l'installation classée, appréciés notamment en fonction de ses conditions de fonctionnement, de la situation des personnes qui le fréquentent ainsi que de la configuration des lieux.
4. La société civile immobilière (SCI) Maiar produit à l'appui de sa requête une attestation de propriété d'un ensemble immobilier acquis le 10 août 2003 se situant à proximité immédiate de la carrière objet de la décision attaquée. En outre elle affirme subir des nuisances du fait des tirs de mine auxquels procèdent les exploitants de la carrière dont les vibrations affectent la solidité de ses immeubles et qui souffrent à la fois d'une visibilité directe et d'une co-visibilité sur cette carrière et le maire de la commune a saisi la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers réunie en " formation carrières " le 14 juin 2021 de ces nuisances. Dans ces conditions, la SCI Maiar justifie d'un intérêt à agir et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. Il appartient au juge du plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce. Les obligations relatives à la composition du dossier de demande d'autorisation d'une installation classée relèvent des règles de procédure. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant ce dossier ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'autorisation que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative. En outre, eu égard à son office, le juge du plein contentieux des installations classées peut prendre en compte la circonstance, appréciée à la date à laquelle il statue, que de telles irrégularités ont été régularisées, sous réserve qu'elles n'aient pas eu pour effet de nuire à l'information complète de la population
En ce qui concerne l'absence de saisine de l'architecte des Bâtiments de France de la Haute-Vienne :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / () / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. () / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. () " Aux termes de l'article L. 621-32 du même code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1. ".
7. D'autre part, l'article L. 632-2 du code du patrimoine dispose, dans sa version applicable au litige : " () Le permis de construire, le permis de démolir, le permis d'aménager, l'absence d'opposition à déclaration préalable, l'autorisation environnementale prévue à l'article L. 181-1 du code de l'environnement ou l'autorisation prévue au titre des sites classés en application de l'article L. 341-10 du même code tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. () ". Toutefois, aux termes de l'article L. 181-2 du code de l'environnement dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " I. - L'autorisation environnementale tient lieu, y compris pour l'application des autres législations, des autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments suivants, lorsque le projet d'activités, installations, ouvrages et travaux relevant de l'article L. 181-1 y est soumis ou les nécessite : () 12° Autorisations prévues par les articles L. 5111-6, L. 5112-2 et L. 5114-2 du code de la défense, autorisations requises dans les zones de servitudes instituées en application de l'article L. 5113-1 de ce code et de l'article L. 54 du code des postes et des communications électroniques, autorisations prévues par les articles L. 621-32 et L. 632-1 du code du patrimoine et par l'article L. 6352-1 du code des transports, lorsqu'elles sont nécessaires à l'établissement d'installations de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent. () ".
8. D'une part, il résulte de l'instruction qu'une partie du périmètre de la carrière autorisée par l'arrêté du 12 juillet 2021 se situe à l'intérieur du périmètre des 500 mètres de protection du colombier de Saint-Martin-le-Mault, inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Il résulte également de l'instruction, et notamment de la photographie produite par la société requérante, qu'une partie du terrain d'emprise de la carrière pourrait être visible, lorsque l'on se trouve de l'autre côté de la carrière et que l'on se tient face à ce colombier. Il résulte aussi de l'instruction que cet ensemble immobilier souffre de vibrations provoquées par les tirs d'explosifs déclenchés à fin d'exploitation de la carrière qui pourraient en affecter la solidité. Il s'ensuit qu'en application des dispositions précitées de l'article L. 621-32 du code du patrimoine, il appartenait au préfet coordonnateur, dès lors que ce colombier est implanté en Haute-Vienne de saisir l'architecte des Bâtiments de France de la Haute-Vienne afin que celui-ci rende un avis sur la demande de renouvellement de l'autorisation d'exploiter la carrière en cause au regard de l'existence de ce colombier et de le joindre au dossier d'enquête publique. La circonstance que le préfet ait saisi l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine de l'Indre est sans incidence dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette unité avait qualité pour coordonner les avis des architectes des Bâtiments de France des deux départements concernés. D'autre part, il ne résulte pas des pièces transmises que la demande d'avis qui a été communiquée à l'architecte des Bâtiments de France du département de la Haute-Vienne concerne ce projet d'extension de la carrière d'extraction pour lequel l'autorisation attaquée a été délivrée.
9. Dans ces conditions, le défaut de saisine de l'architecte des Bâtiments de France du département de la Haute-Vienne et l'absence de l'avis dans le dossier d'enquête publique a entaché l'autorisation attaquée d'un vice de procédure qui a privé le public d'une garantie.
En ce qui concerne les insuffisances de l'étude d'impact :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code de l'environnement, dans sa version applicable au litige : " () II.- Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas. / () III.- L'évaluation environnementale est un processus constitué de l'élaboration, par le maître d'ouvrage, d'un rapport d'évaluation des incidences sur l'environnement, dénommé ci-après " étude d'impact ", de la réalisation des consultations prévues à la présente section, ainsi que de l'examen, par l'autorité compétente pour autoriser le projet, de l'ensemble des informations présentées dans l'étude d'impact et reçues dans le cadre des consultations effectuées et du maître d'ouvrage. / ". Selon l'article R. 122-5 du même code, dans sa version applicable au litige : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. () ".
11. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure, et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude, que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
12. Il résulte de l'étude d'impact qu'elle fait état de l'existence du colombier du logis seigneurial de Saint-Martin-le-Mault et qualifie d'enjeu majeur l'intégrité de celui-ci et de son périmètre de protection. Si elle ne mentionne pas la co-visibilité de la carrière avec ce monument historique bénéficiant d'une protection, cette co-visibilité à l'œil nu depuis un point accessible au public n'est pas démontrée par les photographies produites à l'appui de sa requête par la société requérante qui ne précise pas les lieux des prises de vue. Dans ces circonstances, le public a bénéficié d'une information suffisante au regard des objectifs d'une étude d'impact tels que définis par l'article L. 122-1 du code de l'environnement.
13. En l'espèce, l'étude d'impact traite dans son point III.A.10.3 des " niveaux de vibrations solidiennes actuelles engendrées par l'activité de la carrière " et présente les résultats des mesures en place sur la carrière. Si l'association requérante soutient que l'étude d'impact ne pouvait se fonder sur les enregistrements effectués sur la période de janvier 2017 à décembre 2019 dès lors que les sismographes n'étaient pas scellés, il résulte de l'instruction, que les relevés de tirs lors d'une nouvelle campagne de tirs allant du 1er janvier 2021 au 30 juin 2021, alors que les sismographes étaient effectivement scellés sur des éléments de fondation des bâtiments, ne révèlent pas de dépassement des normes autorisées. Si l'association requérante soutient que les vibrations affectent la solidité de immeubles voisins, elle ne le démontre pas en se bornant à produire les éléments communiqués par les propriétaires de ces immeubles lors de l'enquête publique. Enfin, si le maire de la commune a fait état des vibrations perçues dans sa commune lors de la réunion de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites en formation " carrières " le 14 juin 2021, et que le conseil municipal de la commune a accepté la prolongation de l'exploitation de la carrière tout en demandant d'autres points de mesure acoustiques et sismiques lors des tirs de mine, ces seuls éléments ne permettent pas de prouver ni le dépassement des normes autorisées ni un lien de causalité entre les vibrations et la fragilisation alléguée de certains immeubles.
14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré des insuffisances de l'étude d'impact doit être écarté dans toutes ses branches.
15. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation en l'absence de prise en compte de la réalité des vibrations sismiques ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'avis du commissaire enquêteur :
16. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".
17. Si ces dispositions n'imposent pas au commissaire-enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.
18. En l'espèce, le commissaire enquêteur, qui n'était pas tenu de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête, a, dans ses conclusions, et après avoir listé les éléments sur lesquels il a fondé ensuite son avis, à savoir le déroulé de l'enquête publique et les observations formulées, l'abandon du projet d'extension de la carrière initialement prévue, limitant ainsi la consommation d'espace agricole ainsi que de l'abandon du projet d'installation d'un crible scalpeur, des mesures des vibrations systématiquement effectuées et des mesures complémentaires qui devront être faites dans la commune de Saint-Martin-le-Mault à la demande de la municipalité, le respect des valeurs de surpression acoustique, le maintien des dispositifs pour lutter contre les poussières, l'intérêt économique et le nombre d'emplois sur le site, la gestion des eaux et l'absence d'eau de captage dans le périmètre, l'existence d'un plan de gestion des déchets, le dossier remis par le propriétaire du logis seigneurial et du colombier de Saint-Martin-le-Mault et la possibilité d'effectuer des mesures sur place, les mesures prises concernant la faune et la flore, l'absence de modification des paysages, le projet de remise en état et le risque limité de pollution des sols et sous-sols par des écoulements d'hydrocarbure, émis de manière circonstanciée et suffisamment motivée un avis favorable à ce projet. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de l'avis de l'enquêteur public doit être écarté.
En ce qui concerne les mesures de remise en état :
19. L'autorisation inter-préfectorale prévoit dans sa partie 1.8.6.2 " remise en état " du site, consistant en la création de deux plans d'eau (fosse de Saint-Martin-le-Mault et fosse de Bonneuil), et en particulier, pour la partie située sur Saint-Martin-le-Mault, l'aménagement de la ripisylve sur la rive gauche de la Benaize (densification avec des essences locales : tilleuls, frênes ; charmes), le remplacement des haies de thuyas à l'entrée de la carrière par des espèces locales, la création de plusieurs cavités sur les fronts de taille favorables à la nidification du faucon pèlerin, et sur, la partie située sur Bonneuil, le reboisement de la zone dédiée à la plateforme de stockage en partie nord avec des essences locales le talutage des banquettes résiduelles, l'écrêtage de chaque gradin, les déblais produits étant transférés aux pieds des gradins, chaque gradin devant être purgé de façon à assurer sa stabilité dans le temps ainsi que le démantèlement des équipements. Si la SCI Maiar soutient que ces mesures seraient insuffisantes dès lors que les trente premiers mètres de la carrière, visibles de l'extérieur du site, formeront dans le paysage une balafre minérale, elle ne le démontre pas alors que chaque gradin sera remodelé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la remise en état de suite à la fin de l'exploitation doit être rejeté.
20. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté inter-préfectoral du 12 juillet 2021 par lequel les préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne ont renouvelé l'autorisation d'exploiter une carrière située sur le territoire des communes de Bonneuil (Indre) et de Saint-Martin-le-Mault (Haute-Vienne) et exploitée par la société Carrières Iribarren est entaché d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de l'architecte des Bâtiments de France du département de la Haute-Vienne et de l'absence de cet avis dans le dossier d'enquête publique.
Sur la mise en œuvre de l'article L. 181-18 du code de l'environnement :
21. Aux termes de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, dans sa version applicable au litige : " I.- Le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre une autorisation environnementale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés : () 2° Qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. / II.- En cas d'annulation ou de sursis à statuer affectant une partie seulement de l'autorisation environnementale, le juge détermine s'il y a lieu de suspendre l'exécution des parties de l'autorisation non viciées. ".
22. Les dispositions du 2° du I de l'article L. 181-18 du code de l'environnement permettent au juge, lorsqu'il constate un vice qui entache la légalité de l'autorisation environnementale attaquée mais qui peut être régularisé par une décision modificative, de rendre un jugement avant dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. Le juge peut préciser, par son jugement avant dire droit, les modalités de cette régularisation, qui implique l'intervention d'une décision corrigeant le vice dont est entachée la décision attaquée. Un vice de procédure, dont l'existence et la consistance sont appréciées au regard des règles applicables à la date de la décision attaquée, doit en principe être réparé selon les modalités prévues à cette même date. Si ces modalités ne sont pas légalement applicables, notamment du fait de l'illégalité des dispositions qui les définissent, il appartient au juge de rechercher si la régularisation peut être effectuée selon d'autres modalités, qu'il lui revient de définir en prenant en compte les finalités poursuivies par les règles qui les ont instituées et en se référant, le cas échéant, aux dispositions en vigueur à la date à laquelle il statue.
23. Le vice de procédure, relevé au point 9 du présent jugement, qui résulte de ce que l'avis de l'architecte des Bâtiments de France du département de la Haute-Vienne, ainsi que le prévoit l'article L. 181-2 du code de l'environnement, peut être réparé par la saisine de cette autorité pour avis, sur le projet en cause, à titre de régularisation. Dans ces conditions, il y a lieu de faire usage des dispositions du 2° du I de l'article L. 181-18 du code de l'environnement et de surseoir à statuer pour permettre la régularisation de l'autorisation attaquée sur ce point. Il appartiendra aux préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne de procéder à la saisine de l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine de la Haute-Vienne, laquelle rendra un avis dans les conditions définies à l'article L. 181-2 du code de l'environnement, en tenant compte d'éventuels changements significatifs des circonstances de fait survenus.
24. Lorsque ce nouvel avis aura été rendu, ou lorsqu'il sera constaté que l'architecte des Bâtiments de France de la Haute-Vienne n'a pas émis d'observations dans le délai qui lui est imparti par les dispositions applicables du code de l'environnement, ce nouvel avis ou l'information relative à l'absence d'observations émises par l'architecte des Bâtiments de France de la Haute-Vienne sera mis en ligne sur un site internet suffisamment accessible et ayant une notoriété suffisante, tels que les sites internet des préfectures de l'Indre et de la Haute-Vienne, de manière à ce qu'une information suffisante du public soit assurée et que celui-ci ait la possibilité, par des cadres définis et pouvant accepter un nombre suffisant de caractères, de présenter ses observations et propositions. L'accessibilité de cet avis implique également qu'il soit renvoyé à son contenu intégral par un lien hypertexte figurant sur la page d'accueil des sites en cause.
25. Les préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne pourront alors décider de procéder à l'édiction d'un arrêté modificatif régularisant le vice initial lié à l'irrégularité retenue par le tribunal. Les préfets pourront procéder de manière identique en cas d'absence d'observations de l'architecte des Bâtiments de France du département de la Haute-Vienne émises dans le délai requis par les dispositions du code de l'environnement.
26. Dans l'hypothèse où, à l'inverse, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France de la Haute-Vienne serait défavorable ou assorti de prescriptions, une enquête publique complémentaire devra être organisée à titre de régularisation, selon les modalités prévues par les articles L. 123-14 et R. 123-23 du code de l'environnement.
27. Dans l'hypothèse où, comme rappelé au point 24, les préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne devraient organiser une simple procédure de consultation publique du nouvel avis émis par l'architecte des Bâtiments de France du département de la Haute-Vienne avant de décider de prendre un arrêté de régularisation, il sera sursis à statuer sur la présente requête, pendant un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, jusqu'à ce que les préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne, ou la société Iribarren ait transmis au tribunal l'arrêté de régularisation pris à la suite de cette procédure.
28. Dans l'hypothèse où, comme rappelé au point 26, les préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne devraient organiser une nouvelle enquête publique, il sera sursis à statuer sur la présente requête, pendant un délai de dix mois à compter de la notification du présent jugement, jusqu'à ce que les préfets l'Indre ou de la Haute-Vienne, ou la société Iribarren ait transmis au tribunal l'arrêté de régularisation pris à la suite de cette procédure d'enquête publique.
29. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de suspendre l'exécution des parties non viciées de l'arrêté du 12 juillet 2021 des préfets de l'Indre et de la Haute-Vienne jusqu'à l'éventuelle édiction d'une autorisation environnementale modificative.
D E C I D E :
Article 1er:Il est sursis à statuer sur la requête présentée par la SCI Maiar jusqu'à ce que l'Etat ou la société Iribarren ait procédé à la transmission d'un arrêté inter-préfectoral de régularisation édicté conformément aux modalités définies aux points 23 à 28 du présent jugement jusqu'à l'expiration, soit d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement lorsqu'il n'aura été fait usage que de la simple procédure de consultation publique définie au point 27, soit d'un délai de dix mois lorsque l'organisation d'une enquête publique complémentaire sera nécessaire comme indiqué au point 28.
Article 2:Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent arrêt sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à la SCI Maiar, à la SAS Carrières Iribarren et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
M. A
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026