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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101847

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101847

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DEMOSTHENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés le 19 novembre 2021, le 10 mars 2022 et le 9 juin 2022, Mme A C D, représentée par Me Pecaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " en tant que mère d'un enfant français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas démontré que la décision ait été signée par une autorité disposant d'une délégation régulière ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- la décision méconnait les articles 3-1, 9 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme C D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante malgache née en 1985, est entrée sur le territoire métropolitain le 5 janvier 2021 munie d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " délivrée par la préfecture de Mayotte et valable du 30 juillet 2020 au 29 juillet 2021. Le 14 avril 2021, Mme C D a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 3 septembre 2021, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour. Mme C D sollicite l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, M. Jérôme Decours, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision contestée, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 25 mai 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2021-05-25-00002 de la même date à l'effet de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C D s'est mariée en 2009 avec un ressortissant français avec lequel elle a eu un enfant de nationalité française né le 23 septembre 2009 à Mayotte. Leur divorce a été prononcé par un jugement rendu le 1er février 2018 par le tribunal de grande instance de Mamoudzou, lequel a constaté que les parents exerçaient en commun l'autorité parentale, a fixé la résidence habituelle de l'enfant au domicile maternel, et a accordé un droit de visite et d'hébergement au profit du père, librement suivant l'accord des parties et à défaut les 1ère, 3ème et 5ème fin de semaine de chaque mois. Si Mme C D soutient que le père de son enfant réside à Tours et qu'il bénéficie d'un droit de visite et d'hébergement, elle indique également que ce dernier ne lui verse aucune pension alimentaire. En outre, si selon l'attestation de ce dernier, la raison de l'installation de sa fille sur le territoire métropolitain vise à lui permettre de continuer ses études en métropole auprès de ses deux parents, la requérante n'apporte aucune précision sur la contribution de celui-ci à son éducation ou sur les conditions d'exercice de son droit de visite. Par ailleurs, la requérante résidait en France métropolitaine depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée et le préfet de la Haute-Vienne fait valoir, sans être contredit sur ce point, que la sœur de la requérante réside à Mayotte. Dans ces circonstances, en dépit de la scolarisation de sa fille et de la promesse d'embauche dont se prévaut la requérante, la décision n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le préfet de la Haute-Vienne n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Aux termes de l'article 16 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ".

6. La décision litigieuse n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de son enfant. En outre, il résulte de ce qui précède que les éléments du dossier ne permettent pas de considérer que le père de l'enfant, qui dispose d'un droit de visite sans qu'il soit établi qu'il l'exercerait, participerait à son entretien ou à son éducation. Enfin, il ne résulte d'aucun élément du dossier que la fille de la requérante ne pourrait pas poursuivre sa scolarité à Mayotte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 16 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C D est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A C D, à Me Pecaud et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef,

La Greffière,

M. B

No 2101847

if

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