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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101861

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101861

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 22 novembre 2021, 28 juin, 25 juillet, 2 septembre et 21 décembre 2022, M. G H, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le président de la région Nouvelle-Aquitaine a fixé la date de la consolidation des lésions résultant de l'accident de service survenu le 6 mars 2015 à la date du 1er juin 2021 et le taux d'incapacité permanente partielle en découlant à 11% ;

2°) de mettre à la charge de la région Nouvelle-Aquitaine une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature au bénéfice de Mme F ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le président de la région s'est cru à tort lié par l'avis de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été informé de son droit à obtenir la communication de la partie médicale de son dossier ; il n'a pas non plus été informé de la possibilité de faire réaliser une contre-expertise à ses frais ;

- le taux d'incapacité retenu pour fixer l'allocation temporaire d'invalidité est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, le président de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Des pièces ont été communiquées par M. H le 4 janvier 2023 qui ont été enregistrées sans être communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n°2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha, rapporteur,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Faré, pour M. H.

Considérant ce qui suit :

1. M. G H, adjoint technique territorial principal de 2ème classe, est affecté au lycée Pierre Caraminot à Egletons en qualité d'agent d'entretien. Il a été victime le 6 mars 2015 d'un accident pendant son service en effectuant le ramassage des poubelles, à la suite duquel une ténosynovectomie a été réalisée le 10 juin 2016. Cet accident a été reconnu comme imputable au service. Par un arrêté du 22 septembre 2021 pris après un avis de la commission de réforme rendu le 16 septembre, le président de la région Nouvelle-Aquitaine, d'une part, a fixé la date de consolidation de l'accident de service survenu le 6 mars 2015 au 1er juin 2021, d'autre part, a fixé l'incapacité partielle permanente (IPP) à un taux de 7% pour raideur du médius gauche non dominant et de 4% pour ténosynovite du même rayon. M. H, demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle a fixé un taux d'IPP insuffisant.

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme C F, cheffe de service gestion de la maladie et des accidents de travail - maladies professionnelles, laquelle bénéficiait d'une délégation de signature du président du conseil régional à l'effet de signer " les actes relatifs aux accidents de travail et aux maladies professionnelles " en application d'un arrêté du président du conseil régional du 5 août 2021. Par suite, le moyen tenant à l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige, lequel a trait aux suites de l'accident de service survenu le 6 mars 2015, à défaut d'existence d'une délégation de signature au profit de son signataire, doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision du 22 septembre 2021 par laquelle, le président de la région Nouvelle-Aquitaine a fixé son taux global d'IPP à 11% ne présente pas le caractère d'une décision défavorable soumise à obligation de motivation au sens des dispositions citées au point 3. Dès lors, la décision litigieuse n'avait pas, en tout état de cause, à être motivée.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision, laquelle se réfère à l'accident de service subi par M. H le 6 mars 2015, à l'avis de la commission de réforme du 16 septembre 2021 mais aussi aux conclusions de l'expertise médicale réalisée par le docteur E de I le 1er juin 2021, que le président de la région Nouvelle-Aquitaine n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation et se serait cru lié par l'avis de cette commission. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. / Les avis sont émis à la majorité des membres présents. / Lorsqu'un médecin spécialiste participe à la délibération conjointement avec les deux praticiens de médecine générale, l'un de ces deux derniers s'abstient en cas de vote (). Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme. () Le secrétariat de la commission de réforme informe le fonctionnaire : - de la date à laquelle la commission de réforme examinera son dossier ; - de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de se faire entendre par la commission de réforme, de même que de faire entendre le médecin et la personne de son choix. () ". Le dossier mentionné par les dispositions précitées de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 doit contenir le rapport du médecin agréé qui a examiné le fonctionnaire. Si ces dispositions n'exigent pas que l'administration procède de sa propre initiative à la communication des pièces médicales du dossier d'un fonctionnaire avant la réunion de la commission de réforme, elles impliquent que ce dernier ait été informé de la possibilité d'obtenir la consultation de ces pièces.

7. En outre, l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, dispose : " Les informations à caractère médical sont communiquées à l'intéressé, selon son choix, directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'il désigne à cet effet, dans le respect des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la convocation devant la commission de réforme adressée au requérant le 9 juin 2021 lui rappelait, entre autres droits, celui de prendre connaissance de son dossier. En outre, il ressort des termes de ce courrier qui ne sont pas contredits par le demandeur que le rapport d'expertise du docteur E de I du 1er juin 2021 était joint à cette convocation de sorte que l'intéressé en a eu connaissance avant la tenue de la commission de réforme qui s'est réunie pour examiner son cas le 16 septembre 2021. Par suite, M. H n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaitrait l'article 19 du décret du 14 mars 1986 précité ni les dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique.

9. En cinquième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe général que l'autorité administrative aurait été tenue d'informer M. H de la faculté de solliciter une contre-expertise à ses frais. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant :/ a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 % ; () ". En vertu de l'article 5 dudit décret : " Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite.() " et aux termes de l'article 6 du même décret : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé. / Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination. ".

11. Pour fixer un taux global d'IPP de 11%, la région Nouvelle-Aquitaine, sur la base notamment du rapport d'expertise du docteur E de I du 1er juin 2021, a retenu, d'une part, un taux de 7% pour raideur du medius gauche non dominant, d'autre part, un taux de 4% pour " douleurs causalgiques par ténosynovite du même rayon ".

12. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'accident qu'il a subi en 2015 et de l'intervention consistant en une ténosynovectomie pratiquée en juin 2016, M. H a conservé des douleurs de type neuropathique, une déformation du 3ème doigt de la main gauche en col de cygne, une raideur du doigt et une perte de force musculaire. Une IRM réalisée le 3 janvier 2020 a mis en évidence une ténosynovite des fléchisseurs du 3ème rayon. Une échographie réalisée le 7 juillet 2021 a relevé que " la plaque palmaire de l'articulation interphalangienne proximale [est] en place ", " l'absence d'épanchement ", " l'absence d'anomalie visualisée au niveau des tendons fléchisseurs ", l'existence " d'un diastasis entre le tendon fléchisseur et la phalange P2, traduisant une rupture de poulies à ce niveau ". Si le requérant se prévaut du rapport d'expertise du docteur A, médecin rhumatologue, du 21 janvier 2019, cet expert a relevé comme le docteur E de I des séquelles douloureuses avec hyposthésie et " enraidissement du 3ème rayon de la main gauche côté non dominant ". En outre si ce rapport propose un taux d'IPP de 15%, ce taux, fixé avant la date de consolidation arrêté par le docteur E de I au 1er juin 2021 et la réalisation de différents examens d'imagerie, n'est pas suffisant pour remettre en cause le taux de 11% arrêté par ce dernier médecin expert. Si l'intéressé se prévaut également du rapport d'expertise du docteur D B du 20 octobre 2021, lequel médecin généraliste conclut à " un blocage des interphalangiennes proximales et distales avec une impossibilité d'utiliser son médius, des douleurs importantes au niveau de ce doigt avec retentissement sur l'utilisation de la main, qui peuvent faire envisager un taux d'IPP entre 12 et 15% selon le barème accident du travail ", ce rapport, alors que le taux d'IPP a été fixé à 11% par le docteur E de I, n'est pas suffisant pour remettre en cause les conclusions rendues par ce dernier expert le 1er juin 2021 et le taux d'IPP qu'il a proposé. Au vu de ce qui précède, en fixant à 11% le taux d'IPP global découlant de l'accident de service du 6 mars 2015, selon la clé de répartition mentionnée au point 11, le président de la région Nouvelle-Aquitaine n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. H est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. G H et au président de la région Nouvelle-Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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