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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101870

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101870

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMONPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 novembre 2021 et le 9 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Monpion, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 portant licenciement en qualité de professeur des écoles stagiaire, ensemble la décision du 20 septembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Limoges a rejeté son recours gracieux contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Limoges de prononcer le renouvellement de sa période de stage ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la rectrice s'est crue, à tort, en situation de compétence liée en n'exerçant pas son pouvoir d'appréciation alors qu'elle n'a commis aucune faute ;

- les décisions du jury et de la rectrice sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciationen ce qu'elles estiment qu'aucune compétence n'était acquise, ce qui est contraire aux avis de l'inspectrice de l'Education nationale et du directeur de l'institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE) de Limoges.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2022, la rectrice de l'académie de Limoges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 ;

- l'arrêté du 12 mai 2010 fixant les modalités d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires ;

- l'arrêté du 1er juillet 2013 relatif au référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les remarques de Me Monpion, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, professeure des écoles stagiaire, demande l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel la rectrice de l'académie de Limoges, après avoir relevé qu'elle ne figurait pas sur la liste proposée par le jury réuni le 6 juillet 2021 pour la délivrance du diplôme professionnel de professeur des écoles, ni sur la liste des professeurs stagiaires proposés, par ce même jury, pour effectuer une seconde année de stage, a prononcé son licenciement à compter du 1er septembre 2021, ensemble la décision du 20 septembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Limoges a rejeté son recours gracieux contre cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 10 du décret du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles : " Les professeurs stagiaires accomplissent un stage d'un an. Au cours de leur stage, les professeurs stagiaires bénéficient d'une formation organisée, dans le cadre des orientations définies par l'Etat, par un établissement d'enseignement supérieur, visant l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier. Cette formation alterne des périodes de mise en situation professionnelle dans une école et des périodes de formation au sein de l'établissement d'enseignement supérieur. Elle est accompagnée d'un tutorat et peut être adaptée pour tenir compte du parcours antérieur des professeurs stagiaires. / Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique () ". L'article 12 de ce décret dispose que : " A l'issue du stage, les professeurs des écoles stagiaires sont titularisés par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie du département dans le ressort duquel le stage est accompli, sur proposition du jury prévu à l'article 10. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat des écoles () ". Aux termes de l'article 13 de ce même décret : " Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés à accomplir une nouvelle année de stage. Ceux qui ne sont pas autorisés à renouveler le stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés, sont soit licenciés, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 12 mai 2010 fixant les modalités d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires, alors en vigueur : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 12 mai 2010 susvisé, après avoir pris connaissance de l'avis de l'IEN désigné à cet effet, établi après consultation du rapport du tuteur auprès duquel le fonctionnaire stagiaire a effectué son stage. L'avis peut également résulter, notamment à la demande du tuteur, d'une inspection ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, lorsqu'il s'agit d'un stagiaire qui effectue une première année de stage, l'avis défavorable doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. / Le jury entend au cours d'un entretien chaque fonctionnaire stagiaire pour lequel il envisage de ne pas proposer la titularisation () ". Enfin, l'article 6 de ce même arrêté dispose : " Le recteur arrête la liste des professeurs des écoles stagiaires déclarés aptes à être titularisés. Il arrête par ailleurs la liste des stagiaires autorisés à accomplir une seconde année de stage et la liste des professeurs stagiaires licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. "

3. Il résulte de ces dispositions que le jury académique se prononce à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation peut être censurée par le juge de l'excès de pouvoir en cas d'erreur manifeste.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le jury, prévu par l'article 10 du décret du 1er août 1990, s'est réuni le 6 juillet 2021 et a estimé que Mme A maîtrisait insuffisamment l'ensemble des quatorze compétences communes à tous les professeurs et personnels d'éducation et l'ensemble des cinq compétences communes à tous les professeurs, définies par l'annexe à l'arrêté du 1er juillet 2013. La requérante invoque l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait cet avis, au vu notamment des rapports rendus sur sa manière de servir au cours de son année de stage. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la tutrice de la requérante concluait son rapport du 17 avril 2021 en relevant que " les bases pédagogiques et didactiques sont encore à travailler. Les activités proposées manquent de sens pour les élèves, la posture est souvent frontale et l'analyse de la démarche est encore trop superficielle. Mme A n'est pas suffisamment à l'écoute des conseils ce qui ne lui permet pas de s'en emparer véritablement et de les mettre en œuvre. ". Dans son rapport en date du 30 mai 2021, l'inspectrice de l'Education nationale, si elle relevait quelques compétences acquises dans les domaines des connaissances réglementaires de son environnement professionnel, de l'utilisation des outils numériques et de la communication, émettait un avis défavorable à la titularisation de Mme A au motif que l'intéressée " a rencontré des difficultés de tenue de classe ainsi que des difficultés de préparation de classe. Elle a bénéficié d'un accompagnement renforcé qui n'a pas réussi à combler l'ensemble des obstacles rencontrés. La posture professionnelle est inadaptée et les contenus pédagogiques insuffisants ". Le directeur de l'INSPE émettait lui aussi un avis défavorable à la titularisation de Mme A, malgré quelques progrès dans sa relation à la classe, en soulignant qu'elle " n'incarne pas la posture d'une enseignante, les principaux enjeux du métier ne sont vraisemblablement pas appropriés et il y a peu de progrès depuis le début de l'année dans ce domaine. Les préparations ne sont pas suffisantes sur le fond, elles ne sont pas assez approfondies et ne permettent pas de mener la classe de manière appropriée (cohérence des séquences, adaptation au niveau de classe). Les activités manquent encore le plus souvent de sens pour les élèves. ". Dans ces conditions, et alors même que des problèmes de coordination avec la tutrice et la cheffe d'établissement au sein duquel était affectée la requérante auraient existés, la délibération du jury académique prise au regard de la cohérence de ces différentes appréciations n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En second lieu, il résulte de la combinaison des dispositions rappelées au point 2 que le recteur de l'académie ne peut autoriser un professeur des écoles stagiaire à accomplir une seconde année de stage que si l'intéressé figure sur la liste, établie par le jury, des professeurs stagiaires proposés pour un renouvellement de stage et qu'à défaut, il doit prononcer son licenciement.

6. Il ressort des pièces du dossier que le jury académique réuni le 6 juillet 2021 n'a proposé ni la titularisation de Mme A ni son inscription pour une seconde année de stage à compter du mois de septembre 2021. Dans ces conditions, la rectrice de l'académie de Limoges était tenue de prononcer le licenciement de l'intéressée. Par suite, le moyen selon lequel cette autorité n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation alors que la requérante n'avait commis aucune faute doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Une copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Limoges.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS La greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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